HERITAGE RECORD

Trône de Diamant du temple Zhenjue

Sous l'ère Yongle, un pandita venu des contrées occidentales apporta en tribut cinq bouddhas d'or et un modèle de trône de Vajrasana ; l'empereur Chengzu fonda un monastère nommé Zhenjue. La neuvième année de Chenghua, on éleva selon le modèle de l'Inde centrale une plate-forme de pierre haute de cinq zhang, percée d'escaliers en colimaçon montant à gauche et à droite dans les parois, surmontée de cinq pagodes hautes chacune de deux zhang ; dès les Ming, les lettrés chantaient leur ascension.

Périodes
Ming
Régions
Pékin
LOCATION
District de Haidian, Pékin
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Trône de Diamant du temple Zhenjue - zhenjuesi wutasi old 01
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Introduction

Si cette pagode est appelée « pagodes du temple Wuta » (les Cinq Pagodes), il faut en chercher l’origine dans un modèle venu des contrées occidentales sous l’ère Yongle. Le Dijing Jingwu Lüe rapporte que, sous l’empereur Chengzu, un pandita d’Occident offrit en tribut cinq bouddhas d’or et présenta un jeu de plans pour un trône de Vajrasana ; il fut fait Grand Précepteur du royaume, reçut un sceau d’or, et l’empereur ordonna de bâtir un monastère pour l’y loger, sous le nom de Zhenjue. Le « Vajrasana » (Trône de Diamant) est une forme indienne ancienne de stupa : sur une plate-forme carrée s’élèvent cinq petites pagodes, commémorant les lieux saints liés au parinirvana du Bouddha ; le prototype le plus célèbre en Inde même est le grand temple de la Mahabodhi à Bodh-Gayā. La neuvième année de Chenghua, la cour décréta que l’édifice serait bâti selon ce modèle, et l’empereur Xianzong, dans son Mémoire impérial sur le trône de Vajrasana, le dit clairement : « bâti en pierre, le socle haut de plusieurs zhang, surmonté de cinq bouddhas et formant ainsi cinq pagodes, dont les mesures et les règles ne diffèrent en rien de celles du trône de l’Inde centrale ». Le Dijing Jingwu Lüe complète ce témoignage : on dressa une plate-forme de pierre haute de cinq zhang, les degrés cachés dans les parois, montant en spirale à gauche et à droite, le sommet aplani en terrasse, sur laquelle s’alignent cinq pagodes, chacune haute de deux zhang. C’est ainsi que cette formule d’« une plate-forme, cinq bouddhas » prit racine à l’ouest de la capitale, et la postérité, frappée par ce qu’elle voyait, prit l’habitude de l’appeler « temple Wuta » (temple des Cinq Pagodes).

Le Dijing Jingwu Lüe note encore que le corps des pagodes est gravé d’images, de caractères, de joyaux et de fleurs sanscrits ; la pagode centrale porte deux empreintes de pieds, les autres en creux et seulement esquissées, tandis que cette unique empreinte centrale, en relief, montre les volutes des chakras se rejoignant. À l’intérieur du socle s’ouvrent des couloirs obscurs : à gauche et à droite, on y monte en colimaçon jusqu’à la terrasse sommitale, face aux cinq petites pagodes. Le poète des Ming Huang Shengzeng, dans son Ascension du trône de Vajrasana, l’a chanté en ces termes : « Le trône d’or se dresse, irrégulier et signal ; l’on dit qu’il déploie le modèle de l’Inde centrale. Les cinq régions surgissent dans le vide du ciel ; à travers mille kalpas, la Roue impériale les soutient. »

Sous les Qing, l’édifice fit l’objet de réfections successives. Le Qinding Rixia Jiuwen Kao note qu’en la vingt-sixième année de Qianlong la salle principale fut restaurée ; l’empereur calligraphia une enseigne portant « Xinzhu Langying » (« la perle du cœur, claire et brillante ») et rédigea le Mémoire sur la restauration du temple Zhengjue, dressé à l’est de la pagode. Le texte avoue ouvertement que les travaux furent entrepris « pour offrir des vœux de longue vie à la sainte mère impériale », et qu’à l’occasion du septantième anniversaire impérial on « tira de nouveau de l’or du trésor pour exalter et orner ». À l’époque où l’on compila les Annales de la préfecture de Shuntian sous Guangxu, la stèle impériale de Chenghua des Ming et l’inscription de Yao Kui avaient déjà disparu, et seule subsistait à l’est de la pagode la stèle de Qianlong.

Documents historiques

Dijing Jingwu Lüe

成祖文皇帝时,西番板的达来贡金佛五躯、金刚宝座规式,诏封大国师,赐金印,建寺居之。寺赐名真觉。成化九年,诏寺准中印度式,建宝座,累石台五丈,藏级干壁,左右蜗旋而上,顶平为台,列塔五,各二丈。塔刻梵像、梵字,梵宝梵华。中塔刻两足迹,他迹陷下,廓摹耳。此隆起纹螺,若相抵蹲,是繇趾着迹涌,步着莲生,灯灯焰就,月满露升,法界藏身,斯不诬焉。按西域记:五塔因缘:拘尸那揭罗国娑罗林精舍有塔,是金刚神躄地处;次侧一塔,是停棺七日处;次侧一塔,是阿泥楼陀上天告母,母降哭佛处;次一塔,是佛涅盘般那处;次侧一塔,是佛为大迦叶波现双足处。又按僧祇律亦五塔因缘云:塔有舍利者,支提无舍利者。凡人起塔,于佛生处、得道处、转法轮处、佛泥洹处,菩萨像、辟支像、佛像、佛脚迹处,得安华盖供养,上者供养佛塔,下者供养支提也。

Sous l’empereur Chengzu Wenhuangdi, un pandita venu des contrées occidentales offrit en tribut cinq bouddhas d’or et le plan d’un trône de Vajrasana ; un édit lui conféra le titre de Grand Précepteur du royaume, lui octroya un sceau d’or, et l’on bâtit un monastère pour l’y loger. Le temple reçut le nom de Zhenjue. La neuvième année de Chenghua, un édit ordonna de construire au temple, sur le modèle de l’Inde centrale, un trône de Vajrasana : on dressa une plate-forme de pierre haute de cinq zhang, les degrés cachés dans les parois, montant en spirale à gauche et à droite ; le sommet aplani en terrasse, on y aligna cinq pagodes, chacune haute de deux zhang. Les pagodes sont gravées d’images, de caractères, de joyaux et de fleurs sanscrits. La pagode centrale porte deux empreintes de pieds ; les autres empreintes sont en creux, seulement esquissées en contour. Celle-ci, en relief, montre les volutes des chakras comme se rejoignant ; c’est dire que là où le pied a marqué la trace, la trace jaillit, et là où le pas s’est posé, le lotus surgit, lampe par lampe la flamme s’élève, la lune emplie répand sa rosée — le Dharmadhātu y dissimule son corps, en quoi ce n’est point mensonge. Selon le Xiyu Ji, l’origine des cinq pagodes : au royaume de Kushinagara, dans le monastère de la forêt de Sāla, se trouve une pagode au lieu où la divinité Vajra tomba à terre ; à côté, une autre marque l’endroit où le cercueil fut posé sept jours ; une autre encore l’endroit où Aniruddha monta au ciel pour avertir la mère du Bouddha, qui en descendit pour pleurer le Bouddha ; une autre l’endroit du parinirvāṇa ; une dernière l’endroit où le Bouddha manifesta ses deux empreintes à Mahākāśyapa. Le Mahāsāṅghika-vinaya donne aussi l’origine des cinq pagodes : la pagode contient des reliques, le caitya n’en contient pas. Lorsqu’un homme érige une pagode aux lieux de la naissance, de l’illumination, de la mise en mouvement de la Roue du Dharma et du parinirvāṇa du Bouddha, ou pour les images des bodhisattvas, des pratyekabuddhas, des bouddhas, ou pour les empreintes des pieds du Bouddha, il peut y placer un dais et y faire offrande ; les plus hauts honneurs vont aux pagodes des bouddhas, les moindres aux caityas.

寺因缘者,寺因山水缘贤圣熏修也。塔前有成化御制碑曰:寺址上沃而广,泉流而清。寺外石桥望去绕绕长堤。高柳夏绕翠云,秋晚春初,绕金色界。仁和张瀚晚春集真觉寺○郭外春犹在,花边坐落晖。柳深莺细细,桑密𬸊飞飞。一水金光动,千林红紫微。徘徊香满地,约马缓将归。金坛王樵登真觉寺浮图○古寺不知年,松竹无近趣。老僧摘春芽,龙钟坐高树。客影碌碌然,步步追春天。石阁三层上,金刚五座连。御家赐出西番样,白日摇光动仙掌。故见双趺隐法身。随人结想如来像。临武曾朝节。真觉寺○塔黄山翠色,交入客清樽。晓日登峰树,秋光匝水村。法轮空界出,人语半天喧。高柳堤无尽,终朝立寺门。○两足尊遗教,五枝耸太虚。因缘人竟外,悲仰佛天初。金铎喧番像,香花护宝书。

Quant au lien du monastère, le monastère se rattache aux monts et eaux, et par eux à l’imprégnation spirituelle des sages et des saints. Devant la pagode se trouvait une stèle impériale de Chenghua, qui disait : le site du temple est fertile et vaste, ses sources coulent claires. Hors les murs, le pont de pierre s’étire au loin le long d’une longue digue. Les hauts saules ceignent en été des nuages d’émeraude ; à la fin de l’automne et au début du printemps, ils ceignent un monde de couleur d’or. Zhang Han de Renhe, Assemblée au temple Zhenjue à la fin du printemps : Hors les remparts le printemps demeure ; au bord des fleurs s’attarde la clarté oblique du couchant. Saules épais où le loriot fait son chant ténu, mûriers denses où volent les jiā. Une eau remue son éclat doré, mille forêts s’irisent de rouge et de pourpre. À pas lents, le parfum emplit la terre ; promesse de cheval, je rentre lentement. Wang Qiao de Jintan, Ascension du stūpa du temple Zhenjue : Du vieux temple on ignore l’âge ; pins et bambous n’ont nul agrément récent. Le vieux moine cueille les pousses de printemps ; perclus, il s’assoit sur un arbre élevé. Mon ombre de voyageur va et vient ; pas à pas je poursuis le printemps. Au troisième étage du pavillon de pierre, les cinq sièges de Vajra s’enchaînent. La maison impériale a octroyé le modèle des contrées occidentales ; en plein jour, sa lumière vacillante anime les paumes des immortels. Aussi voit-on les deux empreintes voiler le corps de Dharma ; selon chacun, l’image du Tathāgata se forme dans la pensée. Zeng Chaojie de Linwu, Temple Zhenjue : La pagode et la verdure du mont Jaune se rejoignent dans la coupe pure du voyageur. Au soleil de l’aube je gravis les arbres du sommet ; la lumière d’automne ceint le village des eaux. La Roue du Dharma surgit du vide ; la rumeur humaine bruit à mi-ciel. Hauts saules sur la digue sans fin, tout le jour je me tiens à la porte du temple. — Enseignement laissé par le Vénéré aux deux pieds, les cinq branches s’élèvent dans la vacuité suprême. Les liens karmiques échappent finalement à l’homme ; avec compassion je lève les yeux vers le ciel premier du Bouddha. Les clochettes d’or résonnent autour des images barbares ; encens et fleurs gardent les livres précieux.

绕旋余览眺,星月柳边疏。

En tournant autour je m’attarde à contempler ; étoiles et lune se font rares au bord des saules.

安陆何宇度真觉寺塔○五塔森森立,秋原望不迷。彤云双阙迥,绿树万行齐。堤远传蜩急,天空去雁低。长安此净域,山水满城西。

He Yudu d’Anlu, Pagode du temple Zhenjue : Les cinq pagodes se dressent serrées ; dans la plaine d’automne, le regard ne s’égare point. Nuées rouges, le double pavillon s’éloigne ; arbres verts, dix mille rangs se nivellent. De la digue lointaine parvient le cri pressé des cigales ; au ciel vide passent bas les oies sauvages. C’est ici, en Chang’an, le pur domaine ; monts et eaux emplissent l’ouest de la ville.

亳州朱宗吉真觉寺○隔水寻幽地,春光处处逢。一灯悬古殿,双树出疏钟。塔灿层台迥,林阴曲迳重。望来殊不尽,多半暮云容。

Zhu Zongji de Bozhou, Temple Zhenjue : À travers l’eau je cherche un lieu retiré ; partout je rencontre l’éclat du printemps. Une lampe pend dans la salle ancienne ; deux arbres laissent passer la cloche espacée. La pagode brille, ses terrasses superposées lointaines ; l’ombre des bois, le sentier sinueux. Le regard porté ne s’épuise nullement ; pour moitié, ce sont des visages de nuées vespérales.

固始余廷吉游真觉寺○古刹僧俱寂,閒房花木秾。湖云风过竹,萝月影移松。万铎天然籁,三回定后钟。将灯旋五塔,林鸟向人冲。顺天释性柔礼真觉寺塔○稽首五梵塔,具五大因缘。因缘中印土,五徵妙光旋。板的达西来,愿力弘人天。

Yu Tingji de Gushi, Promenade au temple Zhenjue : Le vieux temple, les moines tous silencieux ; chambre paisible où fleurs et arbres foisonnent. Nuages du lac, le vent traverse les bambous ; lune voilée, son ombre déplace les pins. Dix mille clochettes, musique naturelle ; trois retours, cloche après samādhi. Une lampe à la main, je fais le tour des cinq pagodes ; les oiseaux des bois fondent sur l’homme. Le moine Xingrou de Shuntian, Hommage à la pagode du temple Zhenjue : Je m’incline devant les cinq pagodes brahmaniques, qui réunissent les cinq grands liens karmiques. Liens noués en Inde centrale, cinq signes où tourne la lumière merveilleuse. Le pandita venu d’Occident, par la force de son vœu, étend [le Dharma] sur les hommes et les dieux.

建彼世界法,于此世界边。

Il établit la Loi de ce monde-là, ici, au bord de notre monde.

梵宝及梵华,梵字半满全。中现双佛足踵趾轮相圆,如大地涌出,如半空中悬。

Joyaux et fleurs sanscrits, caractères sanscrits semi et pleins. Au centre apparaissent les deux empreintes du Bouddha, talons, orteils et roues parfaitement ronds, comme jaillissant de la terre, comme suspendus à mi-ciel.

如亲诣佛国,依恋我佛然。

Comme si je me rendais en personne au royaume du Bouddha, attaché de cœur à mon Bouddha.

我皇缔造心,同我佛心传。我拜我心净西山。

Le cœur qui édifia, chez mon empereur, est le même cœur du Bouddha transmis. Je me prosterne, et mon cœur purifié [contemple] les Monts de l’Ouest.

*Dijing Jingwu Lüe* (Esquisse des sites et choses de la capitale impériale), vol. 5, Ming, Liu Tong et Yu Yizheng, ère Chongzhen

Qinding Rixia Jiuwen Kao

等谨按:大正觉寺即朱彝尊原书所谓真觉寺也。明永乐间重建金刚塔成于成化九年,凡五浮图,俗因称五塔寺。乾隆二十六年重修正殿,额曰心珠朗莹,联曰:般若演慈源,妙通筏喻;菩提宏觉路,长炳灯传。皆皇上御书。塔东恭勒御制重修正觉寺碑文,谨编载卷内。

Vos serviteurs notent respectueusement : le temple Da Zhengjue est ce que l’ouvrage original de Zhu Yizun nomme temple Zhenjue. Sous l’ère Yongle des Ming, on rebâtit la pagode de Vajrasana ; les travaux s’achevèrent la neuvième année de Chenghua, soit cinq stūpas en tout, ce qui fit donner par l’usage à l’ensemble le nom de « temple Wuta » (temple des Cinq Pagodes). La vingt-sixième année de Qianlong on restaura la salle principale ; l’enseigne porte « Xinzhu Langying » (« la perle du cœur, claire et brillante »), avec ce couplet : « La prajñā déploie la source de la bonté, et pénètre merveilleusement la parabole du radeau ; la bodhi élargit la voie de l’éveil, et longtemps brille la transmission des lampes. » Toutes ces inscriptions sont de la main impériale. À l’est de la pagode est respectueusement gravé le texte impérial de la stèle de restauration du temple Zhengjue, ici consigné au présent volume.

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, Qing, Yu Minzhong et al. par décret impérial

Mémoire impérial de Qianlong sur la restauration du temple Zhengjue

御制重修正觉寺碑文。

Texte impérial de la stèle pour la restauration du temple Zhengjue.

自万寿寺迤东不二里而近,有招提五塔离立,众因以寺所有名之,实旧志所称大正觉寺者也。朕敬为圣慈祝厘,岁辛未,既命将作庀材营缮。逮今辛巳,星纪载周,恭遇七旬大庆,复出帑金,是崇是饰。所司以落成告,且砻石请文。考梵典释佛义曰觉,又曰佛,像标身,经标口,塔标意。故说根尘者,以意为之因缘;谭觉性者,亦以意为之提摄。世传阿育王建塔八万四千,震旦仅得十之一。若兹寺经始明永乐间,西竺国师板的达用一台五佛,准印土金刚宝座成式,俾大千情与无情,咸知印可。其于开宗也甚著,而于资福也甚闳。然观大慈氏如如不动,意于何有,彼芸芸者觅意了不可得,则相率而求之相轮窣堵,自凡僧初果以至辟支菩萨,六重七重云尔。是何异和南合十,执丈六以求像,执华严海藏以求口者哉?反是以观,震旦所标,固不必意西竺之意,而以无意利益群生者,虽放之遍满恒河沙数无尽意法界无二无别可也。乃者楶梠交疏,增辉初地,华鉴宝铎,具足庄严,将诹辰侍辇过之,畴不归依回向晋无疆之祝乎?嗣是每逢庆典,其鸠工夙事,长与六甲循环,极无量八百鼻功德永弗替。

À moins de deux li à l’est du temple Wanshou se dressent isolément cinq pagodes d’un āśrama ; on les a nommées d’après l’édifice qui les abrite, et c’est en réalité ce que les anciens annuaires appellent le temple Da Zhengjue. Pieusement, j’offrais des vœux de longue vie à la sainte mère impériale ; l’année xinwei [1751], je commandai aux ateliers de préparer les matériaux et d’entreprendre les travaux. Aujourd’hui, en l’année xinsi [1761], un cycle astral s’est révolu ; à l’occasion respectueuse du septantième anniversaire impérial, je tirai de nouveau de l’or du trésor pour exalter et orner. Les services chargés du chantier annoncèrent l’achèvement et, polissant la pierre, demandèrent un texte. Les écritures sanscrites expliquent ainsi le sens du Bouddha : « éveil » ; on dit aussi « bouddha ». L’image marque le corps, le sūtra marque la parole, la pagode marque la pensée. Ainsi, parler des facultés et de leurs objets, c’est faire de la pensée la cause ; discourir sur la nature de l’éveil, c’est encore faire de la pensée le ressort. La tradition veut qu’Aśoka ait élevé quatre-vingt-quatre mille pagodes, dont la Chine n’a reçu qu’un dixième. Quant à ce monastère, il fut commencé sous l’ère Yongle des Ming par le précepteur de l’Inde occidentale, le pandita : « une plate-forme, cinq bouddhas », sur le modèle achevé du trône de Vajrasana du pays d’Inde, afin que dans le grand chiliocosme, êtres sensibles et insensibles connaissent tous le sceau d’approbation. Pour l’ouverture de la doctrine, c’est très signalé ; pour l’octroi de la félicité, très vaste. Et pourtant, à voir le Grand Compatissant immobile dans son ainsité, où serait la pensée ? Ces foules cherchent la pensée et ne peuvent la saisir, et s’en remettent collectivement aux roues, flèches et stūpas ; depuis le simple moine au premier fruit jusqu’aux pratyekabuddhas et bodhisattvas, sur six étages, sur sept étages, dit-on. En quoi est-ce différent de joindre les mains en namaḥ, en prenant les seize pieds pour chercher l’image, ou les océans de l’Avataṃsaka pour chercher la parole ? Inversement, ce que la Chine signale n’a pas besoin de se conformer à la pensée de l’Inde occidentale ; et celui qui, sans pensée, bénéficie aux êtres, fût-il étendu jusqu’à emplir les sables du Gange, dans le Dharmadhātu sans-fin de la pensée inépuisable, n’en est ni autre ni distinct. À présent, charpentes et corniches sont à nouveau dégagées, ajoutant leur éclat à la première terre ; miroirs ornés et clochettes précieuses, parure pleinement accomplie. Au jour favorable, escortant le char impérial, je passerai par là ; qui ne se rangerait pour offrir un vœu sans limite et le dédier au transfert des mérites ? Désormais, à chaque fête, l’on rassemblera artisans et préparatifs en temps voulu, qui se renouvelleront longtemps en alternance avec les six cycles, et les huit cents inépuisables mérites du nez ne cesseront jamais.

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, citant le *Mémoire impérial sur la restauration du temple Zhengjue* de l'empereur Qianlong, Qing

Anciennes traditions du Rixia Jiuwen Kao

原大真觉寺,在极乐寺西,内有金刚座,上置五小座,藏如来金身。永乐间,西域中印土僧所献,规制前此未有也。

À l’origine, le grand temple Zhenjue se trouvait à l’ouest du temple Jile ; à l’intérieur s’élevait un trône de Vajrasana, surmonté de cinq petits trônes, abritant le corps d’or du Tathāgata. Sous l’ère Yongle, un moine d’Inde centrale des contrées occidentales l’avait offert ; jamais auparavant on n’en avait vu pareil système.

原直觉寺,浮图高五六丈许,而上为塔五,方陟其顶,山林城市之胜收焉。

À l’origine, au temple Zhijue, le stūpa avait quelque cinq ou six zhang de haut, surmonté de cinq pagodes ; à peine atteignait-on le sommet que l’on embrassait à loisir monts, forêts, villages et villes.

原真觉寺,原名正觉寺,乃蒙古人所建。寺后一塔甚高,名金刚宝座。从暗窦中左右入,蜗旋以跻于颠,为平台。台上涌小塔五座,内藏如来金身金刚。座之左偏又一浮屠,传是宪宗皇帝生葬衣冠处。前临桥,桥临大道,夹道长杨,绿阴如幕,清流映带,尤可取也。

À l’origine, le temple Zhenjue, primitivement nommé temple Zhengjue, fut bâti par les Mongols. Derrière le temple se dresse, fort haute, une pagode appelée trône de Vajrasana. On y entre par des ouvertures obscures à droite et à gauche, et l’on monte en colimaçon jusqu’au sommet, qui forme une plate-forme. Sur cette plate-forme jaillissent cinq petites pagodes, abritant à l’intérieur le corps d’or du Tathāgata sur trône de Vajra. À gauche du trône s’élève encore un stūpa ; la tradition dit que c’est le lieu où l’on inhuma de son vivant les habits et le couvre-chef de l’empereur Xianzong. Devant s’ouvre un pont, le pont donne sur la grande route, et la route est bordée de longs peupliers dont l’ombre verte fait dais, tandis qu’un courant limpide en relève le charme — site particulièrement digne d’estime.

原成祖文皇帝时,西番班迪达来贡金佛五躯、金刚宝座规式,诏封大国师,赐金印,建寺居之,寺赐名真觉。成化九年,诏寺准中印度式建宝座,累石台五丈,藏级于壁,左右蜗旋而上,顶平为台,列塔五,各二丈。塔刻梵字、梵宝、梵华,中塔刻两足迹,他迹陷下廓摹耳,此隆起,纹螺若相抵蹲。塔前有成化御制碑。

À l’origine, sous l’empereur Chengzu Wenhuangdi, un pandita venu des contrées occidentales offrit en tribut cinq bouddhas d’or et le plan d’un trône de Vajrasana ; un édit lui conféra le titre de Grand Précepteur du royaume, lui octroya un sceau d’or, et l’on bâtit un monastère pour l’y loger, sous le nom de Zhenjue. La neuvième année de Chenghua, un édit ordonna de construire au temple, sur le modèle de l’Inde centrale, un trône de Vajrasana : on dressa une plate-forme de pierre haute de cinq zhang, les degrés cachés dans les parois, montant en spirale à gauche et à droite ; le sommet aplani en terrasse, on y aligna cinq pagodes, chacune haute de deux zhang. Les pagodes sont gravées de caractères, joyaux et fleurs sanscrits ; la pagode centrale porte deux empreintes de pieds, les autres en creux et seulement esquissées en contour, celle-ci en relief, les volutes des chakras comme se rejoignant. Devant la pagode se trouvait une stèle impériale de Chenghua.

等谨按:成化御制碑今无存。

Vos serviteurs notent respectueusement : la stèle impériale de Chenghua n’existe plus aujourd’hui.

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, Qing, Yu Minzhong et al. par décret impérial

Mémoire impérial de l’empereur Xianzong des Ming sur le trône de Vajrasana du temple Zhenjue

原明宪宗御制真觉寺金刚宝座记略:

Extrait original du mémoire impérial de l’empereur Xianzong des Ming sur le trône de Vajrasana du temple Zhenjue :

永乐初年,有西域梵僧曰班迪达大国师,贡金身诸佛之像、金刚宝座之式。由是择地西关外,建立真觉寺,创治金身宝座,弗克易就,于兹有年。朕念善果未完,必欲新之,命工督修殿宇,创金刚宝座,以石为之,基高数丈,上有五佛,方为五塔,其丈尺规矩与中印土之宝座无以异也。成化癸巳十一月告成立石。

Aux premières années de Yongle, il y eut un moine brahmanique des contrées occidentales, le grand précepteur du royaume nommé pandita, qui offrit en tribut des images des bouddhas au corps d’or et le modèle du trône de Vajrasana. On choisit alors un terrain hors des passes de l’Ouest, on bâtit le temple Zhenjue, on entreprit d’élever les corps d’or et le trône précieux ; les travaux n’aboutirent pas sans peine, et de longues années s’écoulèrent. Songeant que le fruit pieux n’était pas achevé, je voulus absolument le renouveler ; je commandai aux artisans de surveiller la restauration des salles et d’entreprendre le trône de Vajrasana : bâti en pierre, le socle haut de plusieurs zhang, surmonté de cinq bouddhas et formant ainsi cinq pagodes, dont les mesures et les règles ne diffèrent en rien de celles du trône de l’Inde centrale. Au onzième mois de l’année guisi de Chenghua [1473], l’édifice fut achevé et la stèle dressée.

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, citant le *Mémoire impérial sur le trône de Vajrasana du temple Zhenjue* de l'empereur Xianzong des Ming

Poème de Zhu Heng sur les cinq pagodes du temple Zhenjue

原朱衡真觉寺五塔诗:

Poème original de Zhu Heng sur les cinq pagodes du temple Zhenjue :

胜地尘埃少,中天洞壑孤。云櫺敧缥缈,风磴入虚无。槛外三天界,尊前五岳图。何当探慧镜,一为照迷途。

Lieu d’élection où la poussière est rare ; au mi-ciel, la caverne isolée. Les châssis nuageux penchent dans le vague ; les degrés battus du vent s’enfoncent dans le néant. Hors la balustrade, les trois mondes des cieux ; devant le Vénéré, la carte des Cinq Pics. Quand donc sonderai-je le miroir de sagesse, pour qu’il éclaire, ne serait-ce qu’une fois, la voie égarée ?

镇山集。

Zhenshan Ji (Recueil de Zhenshan).

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, citant le *Poème sur les cinq pagodes du temple Zhenjue* de Zhu Heng

Poème de He Dong sur l’ascension du stūpa du temple Zhenjue

原何栋登真觉寺浮图诗:

Poème original de He Dong sur l’ascension du stūpa du temple Zhenjue :

凌空垂宝塔,被露出铜盘。影照青莲色,光寒白露团。霞标窥日近,风洞雪云寒。静坐观空界,天花绕石坛。

Dominant le vide, la pagode précieuse pend ; couverte de rosée, sort le plateau de bronze. Son reflet colore le bleu du lotus ; sa lumière, froide, condense la blanche rosée. La cime de l’aurore guette le soleil tout proche ; la grotte du vent abrite la neige et les nuages glacés. Assis paisiblement, je contemple le monde de la vacuité ; les fleurs célestes ceignent l’autel de pierre.

太华集。

Taihua Ji (Recueil de Taihua).

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, citant le *Poème sur l'ascension du stūpa du temple Zhenjue* de He Dong

Xijin Riji

原真觉寺塔规制特奇。寺有姚夔碑记,称永乐中,国师五明班迪达召见于武英殿,帝与语,悦之,为造寺石台,则成化九年所建也。析津日记。

À l’origine, le système de la pagode du temple Zhenjue est particulièrement singulier. Le temple possédait une stèle inscrite par Yao Kui, qui dit que sous l’ère Yongle, le précepteur du royaume Wuming Pandita fut reçu en audience à la salle Wuying ; l’empereur s’entretint avec lui, en fut charmé, et fit construire pour lui le socle de pierre du temple, lequel fut édifié la neuvième année de Chenghua. Xijin Riji.

臣等谨按:姚夔碑今无存。

Vos serviteurs notent respectueusement : la stèle de Yao Kui n’existe plus aujourd’hui.

*Qinding Rixia Jiuwen Kao* (Examen impérial des anciennes traditions sur la capitale), vol. 77, citant le *Xijin Riji* (Journal de Xijin)

Annales de la préfecture de Shuntian, ère Guangxu

明永乐年间,为西番班迪达建也,在乐善园西三里许。寺初名真觉,有浮图五,俗又称五塔寺。寺大殿五楹,后为金刚宝塔,塔后殿五楹,塔院之东为行殿。塔前旧立明成化御制碑,像金刚宝座之式,由是择地西关外建立真觉寺,创冶金身宝尺,规矩中印土之宝座,无以异也。成化癸已十二月告成,立石,及姚夔碑记俱无存。今塔东恭立乾隆二十六年御制重修寺碑。

Sous l’ère Yongle des Ming, [le temple] fut bâti pour le pandita venu des contrées occidentales, à environ trois li à l’ouest du parc Leshan. Il s’appelait d’abord temple Zhenjue ; il y avait cinq stūpas, et l’usage l’a aussi nommé temple Wuta. La grande salle du temple comptait cinq travées ; derrière s’élevait la pagode précieuse du trône de Vajrasana ; derrière la pagode, une autre salle de cinq travées ; à l’est de l’enceinte de la pagode se trouvait la salle de pèlerinage. Devant la pagode était jadis dressée la stèle impériale de Chenghua des Ming, qui figurait le modèle du trône de Vajrasana : on choisit un terrain hors des passes de l’Ouest, on bâtit le temple Zhenjue, on entreprit d’élever les corps d’or et le trône précieux, dont les règles et mesures ne diffèrent en rien du trône de l’Inde centrale. Au douzième mois de l’année guisi de Chenghua, l’édifice fut achevé et la stèle dressée ; aujourd’hui la stèle de Chenghua et l’inscription de Yao Kui n’existent plus. À présent, à l’est de la pagode est respectueusement dressée la stèle impériale de la vingt-sixième année de Qianlong pour la restauration du temple.

*Shuntian Fu Zhi* (Annales de la préfecture de Shuntian), vol. 19, Parcs, monastères et belvédères, Qing, Miao Quansun comp., ère Guangxu

Wuyue Shanren Ji

登金刚宝座一首。

Pour l’ascension du trône de Vajrasana, un poème.

金座参差表,言开中印图。五区空界出,千劫帝轮扶。籁入层铃度,云含众象敷。凤城归路晚,偏系客心孤。

Le trône d’or se dresse, irrégulier et signal ; l’on dit qu’il déploie le modèle de l’Inde centrale. Les cinq régions surgissent dans le vide du ciel ; à travers mille kalpas, la Roue impériale les soutient. Le souffle entre dans les clochettes étagées et y passe ; les nuages contiennent toutes les figures déployées. Sur la voie du retour à la cité du Phénix, le soir vient ; il attache singulièrement le cœur solitaire du voyageur.

*Wuyue Shanren Ji* (Recueil de l'ermite des Cinq Pics), vol. 11, Ming, Huang Shengzeng

Photographies historiques

1924-1927

Le premier recueil de l’album photographique de Sidney D. Gamble contient une ancienne photographie du temple Wuta de Pékin : trois faces de la pagode sont visibles, et autour du socle persistent encore arbres et herbes folles.

Première moitié du XXe siècle

Tokiwa Daijō et Sekino Tadashi, dans le douzième volume de Shina Bunka Shiseki (Vestiges culturels de Chine), reproduisent la façade de la pagode Da Zhengjue du temple Da Zhengjue (temple Wuta), des détails de l’antichambre de la pagode centrale sur la plate-forme, du portail d’entrée, ainsi qu’un autre détail de cette antichambre.