HERITAGE RECORD

Monastère de Drepung

Le monastère de Drepung se dresse sur le versant sud du mont Gephel Utse, à l’ouest de Lhassa. Fondé en 1416 par Jamyang Chöjé Tashi Palden, il conserve une villa rebaptisée Ganden Podrang en 1518 et devenue en 1642 un siège administratif du gouvernement local tibétain. L’ensemble s’organise autour de la salle Tsokchen, du Ganden Podrang et de quatre collèges ; l’article réunit des sources Qing et républicaines et des photographies de 1920 à 1936.

Périodes
Dynastie Ming
Régions
Tibet
LOCATION
Lhassa, région autonome du Tibet
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Monastère de Drepung - zhebangsi old 01
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Introduction

En 1416, sur l’ordre de son maître, Jamyang Chöjé Tashi Palden, disciple de Tsongkhapa, commença la construction du monastère de Drepung sur le versant sud du mont Gephel Utse, à l’ouest de Lhassa. Namkha Sangpo, dirigeant local de Ne’u, finança les travaux. En trois ans, plus de deux mille moines vinrent écouter les enseignements. Sept maîtres enseignèrent séparément et donnèrent naissance à sept collèges.

En 1518, le souverain Phagmodrupa Ngawang Tashi Drakpa donna au deuxième dalaï-lama, Gendun Gyatso, une villa située dans le monastère. Elle s’appelait Dokhang Ngönmo, la « maison de pierre bleue ». Gendun Gyatso la rebaptisa Ganden Podrang. Du deuxième au cinquième dalaï-lama, elle leur servit de résidence à Drepung.

En 1642, le Ganden Podrang reçut une nouvelle fonction. Le cinquième dalaï-lama y installa les bureaux du gouvernement local tibétain, et le nouveau gouvernement prit lui aussi le nom de cette résidence. La reconstruction du palais du Potala commença en 1645 et son Palais blanc fut achevé à la fin de 1649. Le cinquième dalaï-lama y transféra plus tard sa résidence, puis les bureaux du gouvernement suivirent. Le Ganden Podrang resta à Drepung. Une institution distincte administrait les affaires générales du monastère, tandis que chaque collège possédait ses propres salles, moines et responsables.

Sous le règne de Yongzheng, Drepung ouvrait sur la route principale et s’adossait à la montagne. À l’intérieur des murs de terre se trouvaient deux grands bâtiments religieux, des pavillons aux toits dorés et des salles d’étude des écritures ; près de dix mille moines vivaient dans des chambres de pierre près des salles principales. Lors de l’assemblée du trentième jour du sixième mois, une grande image du Bouddha était suspendue, un oracle protecteur entrait en transe et des Tibétains en habits de fête regardaient chants, acrobaties à la perche et lutte.

L’ensemble conservé couvre environ 250 000 mètres carrés. Les sept collèges d’origine ont été réunis dans les quatre actuels, disposés autour de la salle Tsokchen avec plus de cinquante cours résidentielles organisées selon la région d’origine des moines. La salle possède 183 colonnes et peut accueillir plus de sept mille moines pour la prière et la récitation ; le Ganden Podrang se trouve toujours parmi eux.

Documents historiques

Chronique du Tibet

别蚌寺。拉撒西去二十里,依山布立,层楼数重,周环数匝。内金殿三座,有达赖喇嘛避暑花园一所,每年亦至此讲经一次。寺内乃汉人、蒙古、西番杨土司、鲁土司、布尔康布木等处之人住居,习学藏经。有达赖喇嘛拣派掌黄教之呼图克图,北萨楞布气居此。下山里许,有垂仲殿,乃护法喇嘛所居。此处垂仲无妻室,亦降神附体,判断祸福。其他垂仲到处有之,有有妻者,有无妻者,不能枚举。

Le monastère de Biebeng se trouve à vingt li à l’ouest de Lhassa. Adossé à la montagne, il comprend plusieurs niveaux de bâtiments et plusieurs enceintes. À l’intérieur se trouvent trois salles dorées et un jardin d’été destiné au dalaï-lama, qui vient aussi une fois par an y enseigner les écritures. Des gens des territoires han, de Mongolie, du Tibet occidental, des chefferies Yang et Lu, de Burkangbum et d’autres lieux vivent au monastère et étudient le canon tibétain. Beisalengbuqi, un khutuktu choisi par le dalaï-lama pour diriger l’Enseignement jaune, y réside. À environ un li en contrebas se trouve la salle de l’oracle Chuichong, demeure d’un lama protecteur. Le Chuichong de ce lieu n’a pas d’épouse ; une divinité descend aussi en lui pour juger bonheur et malheur. Il existe partout d’autres Chuichong, certains mariés, d’autres non, trop nombreux pour être énumérés.

《西藏志》 (Chronique du Tibet), vol. 1, « Temples : monastère de Biebeng », rédigé par Yunli, dynastie Qing

Gazette du Sichuan de l’ère Yongzheng

别蚌寺,在藏西十五里。筑土为城,前临大道,后依山岩,建大寺二座,起盖金顶楼阁、佛像、经堂。住坐堪布大喇嘛一名阐讲,黄教掌事僧官二名,管理喇嘛,约近万众,俱于大寺旁石室居住。

Le monastère de Biebeng se trouve à quinze li vers l’ouest au Tibet. Une levée de terre forme son enceinte ; la grande route passe devant et des montagnes rocheuses s’élèvent derrière. Deux grands temples furent construits, ainsi que des pavillons aux toits dorés, des images du Bouddha et des salles des écritures. Un lama-abbé principal y enseigne ; deux fonctionnaires monastiques de l’Enseignement jaune administrent les lamas. Leur nombre approche dix mille, tous logés dans des chambres de pierre près du grand monastère.

《雍正四川通志》 (Gazette du Sichuan de l’ère Yongzheng), « Temples : monastère de Biebeng »

Gazette générale de l’Ü-Tsang de l’ère Jiaqing

布嗽蚌寺,俗名别蚌寺。拉撒西二十里,前临大道,后依山岩。宗喀巴之弟子札木阳、曲结札什巴尔丹,在聂乌地方居住之时,梦神人语:此地宜修寺院,赐予五千徒众,并现出无量水泉数处。觉而告其师,宗喀巴,乃令修寺。其时即有聂乌富民那木喀桑布,出资布施,修建庙宇。又旺固尔山起出海螺,赐与弟子札木阳曲吉札石巴勒丹,殿宇,修像甚盛。其修郭莽洛赛岭。结巴、沙谷尔、独瓦、得洋、阿克巴等七处札仓,乃蒙古、西番各土司布尔卡木布等处。凡初出世之呼毕勒罕,及远近大小喇嘛,初学经者,多聚处于此。地有园亭一座,为达赖喇嘛避暑处。去寺里许,有吹忠殿,乃无妻室者,与他处异。

Le monastère de Busoubeng est couramment appelé monastère de Biebeng. Il se trouve à vingt li à l’ouest de Lhassa, la grande route devant lui et des montagnes rocheuses derrière. Alors que Zhamuyang Qujie Zhaxi Ba’erdan, disciple de Tsongkhapa, résidait à Niewu, un être divin lui dit en rêve : « Ce lieu convient à la construction d’un monastère », lui accorda cinq mille disciples et fit jaillir d’innombrables sources. À son réveil, il en informa son maître Tsongkhapa, qui ordonna la construction du monastère. Namukasangbu, riche habitant de Niewu, fournit alors les fonds nécessaires. Une conque surgit également du mont Wangguer et fut remise au disciple Zhamuyang Quji Zhaxi Ba’erdan. Les salles et les statues furent réalisées avec magnificence. Sept collèges monastiques — dont Guomang, Luosailing, Jieba, Shaguer, Duwa, Deyang et Akeba — accueillirent des gens venus de Mongolie, du Tibet occidental, des territoires tusi, de Burkangbum et d’autres régions. Les khutuktus nouvellement réincarnés et les lamas, grands ou petits, qui commençaient l’étude des écritures s’y rassemblaient en nombre. Le domaine possédait un pavillon de jardin où le dalaï-lama passait l’été. À environ un li se trouvait la salle Chuizhong ; contrairement à celles d’ailleurs, son oracle n’avait pas d’épouse.

《嘉庆卫藏通志》 (Gazette générale de l’Ü-Tsang de l’ère Jiaqing), « Temples : monastère de Busoubeng »

Mémoire des guerres sacrées

又有白蚌、甘丹、色腊、桑鹅四大寺,远近拱挹。寺中剌麻多者五千余,次者二三千。

S’y ajoutaient les quatre grands monastères de Baibeng, Ganden, Sera et Samye, qui entouraient la région de près et de loin. Les plus peuplés comptaient plus de cinq mille lamas ; les autres, deux ou trois mille.

《圣武记》 (Mémoire des guerres sacrées), vol. 5, écrit par Wei Yuan, dynastie Qing

Aperçu de l’Ü-Tsang

一别蚌寺,又作布赖蚌寺,在拉萨西十里,系宗喀札什巴尔丹所建。当札什巴尔丹之在聂乌地方居住之时,梦神人语:此地宜修寺院,赐予徒众五名,并现出无量水尔数处。觉而告令修造焉。其庙宇依山建筑,层楼周布,金殿三座。又有达赖避暑园亭一所,达赖喇嘛每年辟暑于此。凡藏卫蒙古各地,初生世呼毕勒罕及远近小喇嘛等,皆须学经于此。

Le monastère de Biebeng, également écrit Bulaibang, se situe à dix li à l’ouest de Lhassa et fut bâti par Zongka Zhaxi Ba’erdan. Tandis que Zhaxi Ba’erdan séjournait à Niewu, il rêva qu’un être divin lui disait que ce lieu convenait à l’édification d’un monastère, lui accordait cinq disciples et faisait apparaître d’innombrables eaux en plusieurs endroits. À son réveil, il ordonna la construction. Le monastère est adossé à la montagne ; des bâtiments à étages se répartissent autour de trois salles dorées. Il possède aussi un pavillon-jardin où le dalaï-lama fuit chaque année la chaleur estivale. Les khutuktu nouvellement réincarnés et les jeunes lamas de l’Ü-Tsang, de Mongolie et des régions proches ou lointaines doivent tous y étudier les écritures.

《卫藏揽要》 (Aperçu de l’Ü-Tsang), vol. 4, « Temples : monastère de Biebeng », compilé par Shao Qinquan, manuscrit de la période républicaine

Notes de voyage au Kham

六月三十日,别蚌、色拉两寺亦悬大佛像,有垂仲降神。蕃民男妇皆华服艳妆,歌唱翻杆相扑,诸戏咸备,亦二寺之大会也。

Le trentième jour du sixième mois, les monastères de Biebeng et de Sera suspendent eux aussi de grandes images du Bouddha, et une divinité descend sur un oracle Chuichong. Hommes et femmes tibétains portent des habits splendides et des parures éclatantes ; chants, acrobaties à la perche, lutte et toutes sortes de spectacles sont au programme. C’est également la grande assemblée des deux monastères.

《康輶纪行》 (Notes de voyage au Kham), vol. 7, rédigé par Yao Ying, dynastie Qing

Récit de voyage en Inde

别蚌寺白芍药花极大,千叶重楼,喇嘛每以供佛,今亦知馈送汉官。

Les pivoines blanches du monastère de Biebeng sont d’une taille exceptionnelle, avec mille pétales superposés. Les lamas les offrent régulièrement au Bouddha et savent désormais aussi en faire présent aux fonctionnaires han.

《竺国纪游》 (Récit de voyage en Inde), vol. 2, rédigé par Zhou Ailian, dynastie Qing

Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet

Le 7 septembre 1904, les représentants des monastères de Sera, Drepung et Ganden figurèrent parmi les négociateurs tibétains, et les sceaux des trois monastères furent apposés à la fin de la convention. Ces deux passages témoignent de la participation institutionnelle des monastères aux négociations ; la convention ne portait pas sur leurs bâtiments.

大英国政府特派边务全权大臣荣赫鹏与噶尔丹寺长罗生戛尔曾暨噶布伦并色拉别蚌、噶尔丹三大寺之呼图克图,兼与西藏民教诸首领,代表西藏议定条款,开列于后。

Le gouvernement britannique dépêcha spécialement Younghusband comme plénipotentiaire aux frontières. Losang Gyaltsen, supérieur du monastère de Ganden, le kalön, les khutuktus des trois grands monastères de Sera, Drepung et Ganden, ainsi que les chefs civils et religieux du Tibet représentèrent le Tibet. Les articles convenus sont énoncés ci-dessous.

《光绪条约》 (Traités de l’ère Guangxu), « Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet »

此约共缮五分,由商定之员在拉萨于光绪甲辰年七月二十八日,即西历一千九百零四年九月初七日画押,盖印为凭。大英国边务大臣荣赫鹏印,达赖喇嘛印,此印乃噶尔丹寺长所钤。噶布伦印、别蚌寺印、色拉寺印、噶尔丹寺印、西藏首领印。

Cinq exemplaires de cette convention furent établis, signés et scellés à Lhassa par les négociateurs le vingt-huitième jour du septième mois de l’année jiachen de l’ère Guangxu, soit le 7 septembre 1904. Sceaux : Younghusband, plénipotentiaire britannique aux frontières ; le dalaï-lama — ce sceau fut apposé par le supérieur du monastère de Ganden — ; le kalön ; le monastère de Drepung ; le monastère de Sera ; le monastère de Ganden ; et les chefs du Tibet.

《光绪条约》 (Traités de l’ère Guangxu), « Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet »

Mission diplomatique au Kham et au Tibet

饼圆弟先数日前曾来致意,职僧久欲迎候,奈公国事勤劳,未敢渎听。今访谒已周,接谈尽意。现拟趁此闲暇,敬恳枉顾。予以其措辞过谦,前此未能礼佛施僧,反觉内愧,遂允于三月三十日趋谒,仍嘱来使转答。晨兴约五时余,即策马而去。以时分过早,庶众尚无注意者,减去天然,监视不少。久蛰若冬蛙,一旦跳跃清池畔,如憨如醉,故今日领略风景,特具趣味。行数里,至则邦寺,为全拉萨干肉类之供给者,而尤侧重于三大寺之需要。盖彼三寺不杀牲畜,肉食必取给于人。沿途见喇嘛担行囊,彳亍行道,云为游方僧,虽齿高德重,亦必徒步,以示勤苦。及寺门两旁,有贸易小摊,若靴、若带,若食品,僧侣往市者甚众,俨然一小商场。遥睹全寺均以石粉涂白,直成冰雪境。入门夹道,观众墙立,但秩序甚佳。喇嘛曾受训练,毕竟与常人不同,沿甬道均撒白灰。闻为藏政府四大臣,谒庙时,僧人之敬礼,以予为上国使,仿例尊崇之。先欲至饼圆弟所居寺中,职僧阻我谓大众专备有特殊接待室,未赴公家之约,不能应私人之请,随之行至客厅,见四壁满悬中国刺绣,工细精雅,正中置高垫,略如椅。或彼等已闻予不惯席地坐,故置此耶?陪侍者均为皓首老翁,每谈一语,必起立先致歉而后言。予反杌隉不安。谓清吏待予等甚善。又以与中国同宗教、同种族之故,虽过去不免偶有龃龉之处,而一般僧侣及平民未始不顾念我宗祖国也。惟闻内地年来亦不自安息,徒趁杀伐,我佛教徒更引为痛心,而为内地袍泽忧。今大使负中国使命来,既见达佛,佛睿智逾人,当有以语公,而公亦应有以示于众者。予谓敬谢盛意,与佛语及与各大臣晤,俱各尽一遍。今诸君子既欲悉闻,请综告之。中国对藏之态度,取不歧视、不压迫之态度,其办法让藏人自决自治,而由中央资助指导之。其目的欲得藏民之康乐,求五族真共和之实现,故宣言不用兵,不用狡讣,一味感之以恩,示之以诚,吾来即达此意。室内外僧众闻言,俱合掌念佛。又述中国近虽反对邪说迷信,但非否认宗教之价值,更非摧毁佛教。愿诸君子勿以革命后新中国之新举动为怪而自远之也。语毕。

Quelques jours plus tôt, Bingyuandi était venu transmettre ses salutations : les responsables monastiques souhaitaient depuis longtemps me recevoir, mais n’avaient pas osé me déranger dans mes affaires d’État ; ils me priaient désormais d’accepter leur invitation. Honteuse de n’avoir encore ni vénéré le Bouddha ni fait l’aumône aux moines, j’acceptai de venir le trentième jour du troisième mois. Je partis à cheval peu après cinq heures. L’heure matinale attira peu l’attention et réduisit l’étroite surveillance habituelle. Telle une grenouille longtemps engourdie qui bondit soudain près d’un étang limpide, je goûtai presque ivre le paysage. Après plusieurs li, j’atteignis le monastère de Zebang, fournisseur de viande séchée pour tout Lhassa et surtout pour les trois grands monastères, qui ne tuaient pas d’animaux et devaient se procurer leur viande ailleurs. Des lamas itinérants avançaient à pied avec leurs bagages ; même âgés et vénérés, ils marchaient pour manifester leur endurance. Aux abords de la porte, des étals vendaient bottes, ceintures et nourriture ; les moines y affluaient comme dans un petit marché. De loin, le monastère entièrement blanchi à la poudre de pierre semblait un monde de glace et de neige. Les spectateurs formaient deux murs le long de l’entrée, mais l’ordre était excellent. Les lamas entraînés avaient répandu de la chaux blanche sur le passage. On m’honorait comme envoyée du pays supérieur, selon le cérémonial accordé aux quatre ministres du gouvernement tibétain en visite au temple. Je voulus d’abord gagner le logement de Bingyuandi, mais un responsable m’arrêta : la communauté avait préparé une salle de réception spéciale et je ne pouvais accepter une invitation privée avant l’invitation publique. Des broderies chinoises délicates couvraient les murs ; au centre se trouvait un haut coussin semblable à une chaise, sans doute parce qu’on savait que je n’avais pas l’habitude de m’asseoir par terre. Les assistants, tous de vieux hommes aux cheveux blancs, se levaient et s’excusaient avant chaque phrase, ce qui me mettait mal à l’aise. Ils dirent que les fonctionnaires Qing les avaient bien traités et que, malgré d’anciens désaccords, moines et laïcs se souvenaient encore de leur patrie ancestrale en raison d’une religion et d’une origine communes avec la Chine. Les guerres de l’intérieur les affligeaient. Puisque je portais une mission chinoise et avais rencontré le Dalaï-Bouddha, je devais avoir un message pour l’assemblée. Je résumai : la Chine ne voulait ni discriminer ni opprimer le Tibet, mais laisser les Tibétains décider et se gouverner eux-mêmes avec l’aide et les conseils du centre. Elle recherchait leur bien-être et une véritable république des cinq peuples, sans soldats ni ruse, par la bienveillance et la sincérité. Les moines joignirent les paumes et invoquèrent le Bouddha. J’ajoutai que la Chine combattait les doctrines hétérodoxes et la superstition sans nier la valeur de la religion, encore moins vouloir détruire le bouddhisme. Je leur demandai de ne pas s’éloigner par crainte des mesures nouvelles de la Chine postrévolutionnaire. Ainsi s’acheva mon discours.

参观各康村、各札仓而至于寺,皆大开其门,以为迎迓,闻居恒键锢,此日独让予一饱眼福。又引予看活佛头发所生树,在狭巷中,树自外入,枝干盘虬,有如乱麻。头发之说或自此岀欤?问寺中组织,答:大概分四级:曰寺,曰札仓,曰康村,曰屈则康村者,以地域分,如西康籍喇嘛住者曰巴而康村,汉人住者曰甲康村者是也。屈则乃少数人同居之卧室,但内中必有一老年师傅为之督率。三大寺内容不同,组织亦稍稍变易,大致不外此也。所谓三大寺者,即则邦寺、涉拉寺、噶颠寺三处,在西藏规模最大,地位最高,人数亦最众。则邦定额为七千七,涉拉定额为五千五,噶颠定额为三千三,实际各己超出数百至一千不等。三寺性质亦各不同。则邦讲繁华,内中僧侣多岀而操政教权,涉拉团结最坚,实力特强。前此藏政府驱汉军,此寺与有力焉。故目前涉拉仍处于监视官厅之地位,要不可侮。噶颠则主修苦行,不问世事,因黄教之祖宗喀巴氏,即修持于此,而就地涅槃,今寺中犹存其床与衣钵。本寺喇嘛常以黄教嫡系自居,尚有两职僧为应属目者,一即则邦寺之搓肩胁敖,一即噶颠寺之慈把。胁敖主执法,慈把主仪范,皆凛凛然不可侵。藏谚有谓:当正月大经会时,只有胁敖才是官,只有慈把才是喇𩥐,其声威可谓赫奕矣。胁敖亦分三级。

En parcourant les différentes maisons régionales et les collèges monastiques jusqu’au temple, je vis toutes les portes s’ouvrir pour m’accueillir. On me dit qu’elles restaient d’ordinaire fermées ; ce jour-là seulement, je pus rassasier mon regard. On me montra aussi un arbre qui aurait poussé des cheveux d’un bouddha vivant. Il se trouvait dans une ruelle étroite, pénétrait depuis l’extérieur et déployait des branches noueuses, emmêlées comme du chanvre. L’histoire des cheveux serait-elle née de là ? Interrogés sur l’organisation du monastère, mes hôtes répondirent qu’elle comptait en gros quatre niveaux : le monastère, les collèges monastiques, les maisons régionales et les dortoirs communs. Les maisons régionales étaient réparties selon l’origine : les lamas du Xikang habitaient par exemple la maison Ba’er, et les résidents han la maison Jia. Un petit groupe partageait chaque dortoir, toujours sous la surveillance d’un maître âgé. L’organisation interne des trois grands monastères variait légèrement, mais suivait généralement ce modèle. Il s’agissait de Drepung, Sera et Ganden, les monastères les plus vastes, les plus prestigieux et les plus peuplés du Tibet. L’effectif réglementaire était de 7 700 moines à Drepung, 5 500 à Sera et 3 300 à Ganden ; dans les faits, chacun dépassait son quota de plusieurs centaines à un millier. Les trois différaient aussi par leur caractère. Drepung recherchait le prestige, et nombre de ses moines accédaient à l’autorité religieuse et politique. Sera possédait la plus forte cohésion et une puissance remarquable ; il avait joué un rôle actif lorsque le gouvernement tibétain avait auparavant chassé les troupes chinoises et demeurait donc sous surveillance officielle. Ganden privilégiait l’ascèse et se tenait à l’écart des affaires du monde, car Tsongkhapa, fondateur de l’Enseignement jaune, y avait pratiqué et y était mort ; son lit et ses objets religieux étaient encore conservés dans le monastère. Ses lamas se considéraient comme les héritiers directs de l’Enseignement jaune. Deux charges monastiques étaient particulièrement remarquables : le tsochen et le gekö de Drepung, ainsi que le chiba de Ganden. Le gekö faisait respecter la discipline et le chiba réglait les formes rituelles ; tous deux inspiraient une crainte révérencielle. Un proverbe tibétain disait que, durant la Grande Fête de la Prière du premier mois, seul le gekö était fonctionnaire et seul le chiba était lama — telle était leur imposante autorité. La charge de gekö se divisait elle-même en trois grades.

以寺胁敖为最高,操全寺各喇嘛赏罚之权,间亦及人民,除死刑须交政府执行外,余均可任意施之。手中持铁棍,濒行触地有声,惊闻数十步,听者莫不色变。故俗有铁棒喇嘛之称。平时行道,中路人见之必折帽,且不得于楼上俯瞰。予前在城内凭栏观,亦投以白眼。某年达赖岀巡,被人民封裹不得前,数十军士驱之不散,召胁敖至,人皆鼠窜而去。一般平民,内心之畏服,良可惊也。胁敖外,更有相子顷则两种。相子管经济,顷则乃不劳作之捐班老爷,用钱购得者。前二种每级一人,曰搓肩、胁敖、搓肩、相子等等,顷则无定数,但亦以捐纳之多寡,判其职位之高下。胁敖例由达赖亲自圈定,居位者及退休者,均认为莫大荣誉。噶颠、慈把无地位势力,与金钱为之背影,凡有学问、有德行者,虽贱僧亦能充之,而其为人宗风,尊贵威严,仅次于达赖、班禅一等。故曲有谓莫颓废。慈把的高台,人人可坐。但慈把产生法,备极严格,先须得某处考取格西,再入约把寺,受极严辣之训练,执诸贱役,历三年,始得入噶颠为喇嘛。其上分东极、西极二人。东西极即慈把之候补。若长者三年去职,先以东填之,次及于西。格西之考得,必为十数年与二十年不等。又先后经历十余年,计费时达三四十年。故为慈把者例为六七十岁,类多在职,或离职即死。慈把之衣。服食息,均极谨严,意殆为各喇嘛之表率也。至于考格西之法,先在各康村举出数人辩论学理证义者,评其胜负,胜者得复赛权与各札仓。初赛胜者辩,再胜即与同胜者交相难,以致一一屈之,乃为格西辩。时全寺数千众坐大庭中,上座喇嘛坐坛上,问者先,答者后,且立且破,且语且行,绕众而走。某人负,则胜者击掌示意。此不能随意击,因旁有证义人理不足以服人,击者将转败。既得格西后,乡里称荣,如以前内地之中状元与得博士相等。

Le gekö du monastère occupait le rang suprême et décidait des récompenses et des peines de tous les lamas, parfois même des laïcs. Seule la peine de mort devait être exécutée par le gouvernement ; il pouvait infliger librement toutes les autres. Sa canne de fer frappait le sol et s’entendait à des dizaines de pas, faisant pâlir les auditeurs ; on l’appelait donc le « lama à la canne de fer ». Dans la rue, chacun devait ôter son chapeau et nul ne pouvait le regarder d’un étage. Une foule bloqua un jour le cortège du Dalaï-Lama sans que des dizaines de soldats puissent la disperser ; à l’arrivée du gekö, tous s’enfuirent comme des rats. La crainte du peuple était stupéfiante. Outre le gekö existaient un administrateur économique et les qingze, sinécures achetées par des donateurs dispensés de travail. Les premiers offices avaient un titulaire à chaque niveau ; le nombre et le rang des qingze dépendaient du don. Le Dalaï-Lama choisissait personnellement le gekö, charge tenue pour un honneur suprême. Le chiba de Ganden, au contraire, ne reposait ni sur la puissance ni sur l’argent. Tout moine savant et vertueux, même humble, pouvait l’occuper, mais sa dignité ne venait qu’après celles du Dalaï et du Panchen Lama. D’où le dicton : nul ne doit désespérer, car chacun peut s’asseoir sur le haut siège du chiba. La sélection était pourtant extrêmement sévère. Il fallait obtenir le grade de geshe, entrer au monastère de Gyümé, subir une formation rigoureuse et accomplir trois ans de tâches serviles avant de rejoindre Ganden. Au-dessus se trouvaient les candidats oriental et occidental ; quand le titulaire quittait son poste après trois ans, l’oriental lui succédait, puis l’occidental. Le grade de geshe exigeait dix à vingt ans et les étapes suivantes plus d’une décennie, soit trente à quarante ans au total. Les chiba avaient donc généralement soixante ou soixante-dix ans et mouraient souvent en fonction ou peu après. Vêtements, nourriture et vie quotidienne étaient strictement réglés afin d’en faire des modèles. Pour l’examen de geshe, chaque maison régionale choisissait plusieurs hommes pour débattre de doctrine. Les vainqueurs affrontaient les collèges, puis se défiaient jusqu’à faire céder tous leurs adversaires. Des milliers de moines occupaient la grande cour et les lamas supérieurs une estrade. Questionneur devant, répondant derrière, ils affirmaient, réfutaient, parlaient et marchaient autour de l’assemblée. Le vainqueur signalait la défaite par un claquement de mains, mais des arbitres pouvaient retourner le résultat si son raisonnement ne convainquait pas. Obtenir le grade de geshe honorait le pays natal comme autrefois la première place aux examens impériaux ou comme un doctorat.

《康藏轺征》 (Mission diplomatique au Kham et au Tibet), « 50 : Les trois grands monastères », écrit par Liu Manqing, période républicaine

Photographies anciennes

1920–1921

Deux vues de Drepung figurent parmi les photographies tibétaines de Charles Bell conservées au Pitt Rivers Museum : une vue lointaine de Drepung et du temple de Nechung et l’ensemble monastique sur le versant. Le catalogue les date respectivement de 1920–1921 et de l’été 1921.

1936

Les photographies de la mission britannique à Lhassa conservées au British Museum documentent Drepung en 1936. Elles montrent le monastère et le temple de Nechung, une ruelle intérieure photographiée par Frederick Spencer Chapman le 30 août et une rue en forte pente prise le même jour. Elles appartiennent aujourd’hui à The Tibet Album, projet commun du British Museum et du Pitt Rivers Museum.

Références