Introduction
Le monastère de Tashilhunpo fut fondé sous les Ming par Gendün Drub. À cette époque, le titre de « dalaï-lama » n’existait pas encore ; ce n’est qu’après la formation de cette lignée que Gendün Drub fut reconnu rétrospectivement comme le premier dalaï-lama. Au début du XVIIe siècle, Lobsang Chökyi Gyaltsen devint maître du siège monastique, puis fut honoré comme quatrième panchen-lama ; à partir de lui, Tashilhunpo devint la résidence des panchen-lamas successifs. Les sources de la dynastie Qing notent également que les moines ayant achevé leurs études scripturaires venaient y recevoir l’ordination. Le monastère est bâti sur le versant au nord de Shigatsé, adossé à la montagne et tourné vers la rivière ; ses pavillons s’élèvent le long du pied de la montagne, surmontés de trois sanctuaires aux toits dorés.
À la fin du règne de Qianlong, le monastère de Tashilhunpo fut entraîné dans la guerre déclenchée par le royaume gurkha du Népal. En la cinquante-troisième année de Qianlong (1788), l’armée gurkha entra une première fois au Tibet à la suite de différends commerciaux et monétaires, et occupa plusieurs points frontaliers. L’année suivante, les autorités locales tibétaines conclurent la paix avec les Gurkhas, prévoyant le paiement d’une indemnité en argent contre le retrait des troupes ; cette somme ne fut ensuite pas versée comme convenu. En la cinquante-sixième année de Qianlong (1791), l’armée gurkha entra de nouveau au Tibet en prenant ce motif pour prétexte, pénétra dans le Tsang par le sud-ouest et atteignit Shigatsé ; le monastère de Tashilhunpo fut aussitôt pillé. Le 《钦定廓尔喀纪略》 rapporte qu’à ce moment le septième panchen-lama, Tenpai Nyima, qui résidait dans le monastère, quitta les lieux pour gagner l’Ü, la région centrée sur Lhassa, tandis que plus de deux mille lamas s’étaient déjà dispersés. Après l’entrée des troupes gurkhas dans le monastère, les statues d’or et d’argent ainsi que les ornements des stupas funéraires furent emportés, mais les tuiles de cuivre doré des sanctuaires bouddhiques ne furent pas démontées, et les portes, fenêtres et murs subirent relativement peu de dégâts. L’année suivante, la cour des Qing envoya le général mandchou de la Bannière jaune bordée, Fuk’anggan, mener une contre-offensive au Tibet. Après avoir repris les territoires tibétains perdus, l’armée Qing franchit la frontière et poursuivit les troupes jusque sur le territoire népalais. Les deux parties conclurent finalement la paix, mettant fin à cette guerre qui avait duré plusieurs années.
Lorsque Fuk’anggan inspecta le monastère de Tashilhunpo pendant sa progression vers l’ouest, deux stupas dorés avaient déjà été réparés et les moines dispersés rentraient progressivement au monastère. Dans le mémoire qu’il présenta ensuite au trône, Fuk’anggan écrivit encore que, lors du pillage du monastère, deux pillards étaient entrés dans un pavillon bouddhique par une lucarne, mais avaient perdu pied et trouvé la mort dans leur chute. Les autres n’osèrent donc plus approcher le stupa du panchen-lama situé à l’est, si bien que le stupa et les objets d’offrande placés devant lui échappèrent au pillage ; Fuk’anggan interpréta cet épisode comme une « protection silencieuse du Dharma » accordée par le panchen-lama antérieur honoré dans ce stupa.
Documents historiques
《卫藏通志》 (Monographie générale de l’Ü-Tsang)
拉撒西南去八日,即后藏寺,名札什伦布,乃宗喀巴之大弟子根报敦珠巴所建。即头辈达赖喇嘛。其寺背山临河,殿宇宏敞,佛像庄严,亦甚壮丽,乃班禅喇吓坐床之所,凡学经成者,必至此受戒。
À huit jours de marche au sud-ouest de Lhassa se trouve, dans le Tsang, un monastère appelé Zhaxilunbu, construit par Genbao Dunzhuba, grand disciple de Tsongkhapa, qui fut le premier dalaï-lama. Le monastère est adossé à la montagne et tourné vers la rivière ; ses salles sont vastes et dégagées, ses statues bouddhiques solennelles, l’ensemble très majestueux. C’est le lieu où le panchen-lama occupe son siège ; tous ceux qui ont achevé l’étude des textes doivent venir ici recevoir l’ordination.
《西藏记》 (Notes sur le Tibet)
仍仲宁翁结巴司大召西去八日,即后藏札什隆布地。其寺背山临河,院宇敞丽,佛像庄严,乃班禅喇嘛坐床之所。各处朝礼,番夷不绝于道。凡学经成者,必至此受戒,取名熬茶施众。考班禅乃金刚化生,第一世名桑吉年地楞桂,凡转生十三世。第十二世名班陈罗藏吉坚鲁入觐,世祖章皇帝,赠同五世达赖喇嘛。十三世名直俊罗桑益喜,我朝叠加恩礼。乾隆二年圆寂,转生十四世,乾隆六年坐床矣。
À huit jours vers l’ouest du grand appel de Rengzhongningwengjieba se trouve, dans le Tsang, le lieu de Zhaxilongbu. Ce monastère est adossé à la montagne et tourné vers la rivière ; ses cours et bâtiments sont spacieux et beaux, ses statues bouddhiques solennelles. C’est le lieu où le panchen-lama occupe son siège. Des gens de toutes régions viennent y rendre hommage, et les Tibétains comme les étrangers se succèdent sans interruption sur la route. Tous ceux qui ont achevé l’étude des textes doivent venir ici recevoir l’ordination, appelée faire bouillir le thé et le distribuer à l’assemblée. À l’examen, le panchen est une émanation de Vajra ; la première incarnation s’appelait Sangji Niandi Lenggui, et il y eut en tout treize renaissances. La douzième incarnation, nommée Panchen Lozang Gijianlu, vint en audience auprès de l’empereur Shizu Zhang, qui lui accorda les mêmes honneurs qu’au cinquième dalaï-lama. La treizième incarnation s’appelait Zhijun Luosang Yixi ; notre dynastie lui prodigua plusieurs marques de faveur. Il entra dans le nirvana en la deuxième année de Qianlong, renaquit comme quatorzième incarnation, et prit son siège en la sixième année de Qianlong.
《西藏图考》 (Étude illustrée du Tibet)
布达拉经簿云:达赖剌麻,宗喀巴之大弟子也,班禅额尔德尼,宗喀巴之二弟子也。头辈达赖剌麻名根敦珠巴,生于洪武二十四年辛未,在喀那木萨喀木青熙饶巴处出家。二十岁,又大戒,创建札什伦布庙,诵穆伦经。其时有博洞班禅在雪地修行,闻名信附,遂号根敦珠巴为汤彻清巴,寿八十六岁。
Les registres scripturaires du Potala disent : le dalaï-lama était le grand disciple de Tsongkhapa ; le panchen erdeni était le second disciple de Tsongkhapa. Le premier dalaï-lama se nommait Gendün Drub. Il naquit en l’année xinwei, vingt-quatrième année de Hongwu, et entra en religion auprès de Kanamusa Kamuqing Xiraoba. À vingt ans, il reçut de nouveau la grande ordination, fonda le monastère de Zhaxilunbu et récita le Muren jing. À cette époque, un panchen de Bodong pratiquait dans les terres enneigées ; ayant entendu parler de sa réputation, il lui accorda foi et adhésion, et appela donc Gendün Drub Tangche Qingba. Il vécut quatre-vingt-six ans.
《康輶纪行》 (Récit d’un voyage au Kham)
又云:拉藏西南行九日,乃后藏也。寺名札什伦布,按通志此寺名仍仲宁翁结巴寺。头辈达赖,剌麻根敦珠巴所建。依山麓起阁,山形如蟹螯夹抱,其后山自西北来,蜿蜒隆突,如蜀栈之龙洞背也。楼高四廥,上有金殿三座,亦系金瓦,宏厂壮丽,为班禅额尔德尼坐床之所。其外来瞻礼布施者,与布达拉同。僧规谨严,戒律清净,藩僧必于此山朝礼,为受大戒。其地平严旷达,南北六七十里,东西百余里,远山为案。其北大山后又有崇岩峻岭,冬夏积雪不消。其东有大江,自南北流入东北山后。按伦今𦦉图,即雅鲁藏布江也。江在札什布山后,自西而冻,流至礼什伦布之东南,有年楚河,自江孜北流,至噶则城入江。又札什伦布之酉南,有当楚河,自隹玛并扪山北流入江。两河东西夹拱,北流至山后,入雅鲁藏布江。其西山势远互,西北达彭楚岭,西南入萨迦沟右札什伦布。
Il est encore dit : à neuf jours de marche au sud-ouest de Lhassa se trouve le Tsang. Le monastère s’appelle Zhaxilunbu ; selon la Monographie générale, ce monastère s’appelle Rengzhongningwengjieba. Il fut construit par le premier dalaï-lama, le lama Gendün Drub. Des pavillons s’élèvent le long du pied de la montagne ; la forme de la montagne évoque des pinces de crabe qui l’enserrent, et la montagne arrière vient du nord-ouest, sinueuse et saillante, comme le dos de la grotte du Dragon sur les passerelles du Shu. Les bâtiments ont quatre niveaux ; au-dessus se dressent trois sanctuaires dorés, également couverts de tuiles dorées, vastes, ouverts et magnifiques. C’est le lieu où le panchen erdeni occupe son siège. Les visiteurs venus de l’extérieur pour rendre hommage et faire des dons y sont aussi nombreux qu’au Potala. Les règles monastiques y sont strictes, la discipline pure ; les moines des dépendances doivent venir rendre hommage sur cette montagne afin d’y recevoir la grande ordination. Le terrain y est plat, solide et largement ouvert, sur soixante à soixante-dix li du nord au sud et plus de cent li d’est en ouest, avec les montagnes lointaines pour écran. Derrière la grande montagne du nord se trouvent encore de hautes falaises et des crêtes abruptes, où la neige accumulée ne fond ni en hiver ni en été. À l’est coule un grand fleuve qui va du sud vers le nord puis entre derrière les montagnes du nord-est. D’après la carte de Lunjin𦦉, c’est le Yarlung Tsangpo. Le fleuve passe derrière le mont Zhaxibu ; venant de l’ouest vers l’est, il coule jusqu’au sud-est de Lishilunbu, où se trouve la rivière Nianchu, qui vient du nord de Gyantsé et se jette dans le fleuve à la ville de Gaze. Au sud-ouest de Zhaxilunbu se trouve aussi la rivière Dangchu, qui coule vers le nord depuis Zhuma et le mont Men avant de rejoindre le fleuve. Les deux rivières encadrent le site à l’est et à l’ouest, coulent vers le nord jusqu’à l’arrière de la montagne et entrent dans le Yarlung Tsangpo. À l’ouest, les reliefs se prolongent au loin ; au nord-ouest ils atteignent la chaîne de Pengchu, au sud-ouest ils entrent dans le vallon de Sakya, à droite de Zhaxilunbu.
《须弥福寿之庙碑记》 (Inscription du temple de Sumeru Bonheur et Longévité)
黄教之兴,以宗喀巴为鼻祖,有二大弟子:一曰根敦珠巴,八转世而为今达赖喇嘛;一曰凯珠布格埒克巴勒藏,六转世而为今班禅额尔德呢喇嘛。是二喇嘛盖递相为师,以阐宗风而兴梵教,则今之班禅额尔德呢喇嘛,实达赖喇嘛之师也。达赖喇嘛居布达拉,译华言为普陀宗乘之庙;班禅额尔德呢居扎什伦布,译华言为须弥福寿之庙,是前卫后藏所由分也。辛卯年,曾建普陀宗乘之庙于避暑山庄之北山,以祝厘也,亦以土尔扈特归顺也。今之建须弥福寿之庙于普陀宗乘之左冈者,则以班禅额尔德呢欲来觐,而肖其所居,以资安禅,且遵我世祖章皇帝建北黄寺于京师,以居第五达赖喇嘛之例也。然昔达赖喇嘛之来,实以敦请。兹班禅额尔德呢之来觐,则不因招致,而出于喇嘛之自愿来京,以观华夏之振兴黄教,抚育群生,海宇清晏,民物敉宁之景象,适值朕七旬初度之年,并为庆祝之举也。
L’essor de l’École jaune eut pour ancêtre Tsongkhapa, qui eut deux grands disciples : l’un, Gendün Drub, après huit renaissances, est devenu l’actuel dalaï-lama ; l’autre, Khedrup Gelek Pelzang, après six renaissances, est devenu l’actuel panchen erdeni lama. Ces deux lamas furent sans doute tour à tour maître l’un de l’autre, afin de déployer la tradition et de faire prospérer l’enseignement bouddhique ; ainsi l’actuel panchen erdeni lama est en réalité le maître du dalaï-lama. Le dalaï-lama réside au Potala, dont le nom se traduit en chinois par temple de Putuo Zongcheng ; le panchen erdeni réside à Tashilhunpo, dont le nom se traduit en chinois par temple de Sumeru Bonheur et Longévité : c’est là l’origine de la distinction entre l’Ü antérieur et le Tsang postérieur. En l’année xinmao, nous avons construit le temple de Putuo Zongcheng sur la montagne nord de la résidence d’été, afin de demander la félicité, et aussi en raison de la soumission des Torguts. Si nous construisons aujourd’hui le temple de Sumeru Bonheur et Longévité sur la colline à gauche de Putuo Zongcheng, c’est parce que le panchen erdeni souhaite venir en audience ; nous reproduisons sa résidence pour lui offrir un lieu favorable à la méditation, et nous suivons en outre l’exemple de notre empereur Shizu Zhang, qui construisit le temple jaune du Nord dans la capitale pour y loger le cinquième dalaï-lama. Toutefois, lorsque le dalaï-lama vint autrefois, ce fut bien à la suite d’invitations pressantes. La venue en audience du panchen erdeni, elle, ne résulte pas d’une convocation : elle procède du désir spontané du lama de venir à la capitale afin de contempler comment la Chine fait revivre l’École jaune, nourrit et protège tous les êtres, maintient la paix dans l’empire et assure la tranquillité du peuple et des choses. Comme cela coïncide avec l’année où j’atteins soixante-dix ans, c’est aussi un geste de célébration.
夫朕七旬不欲为庆贺繁文,已预颁谕旨,而兹喇嘛之来,则有不宜阻者。盖国家百余年,升平累洽,中外一家,自昔达赖喇嘛之来,至今亦百余年矣。且昔为开创之初,如喀尔喀、厄鲁特尚有梗化者;今则重熙休和,喀尔喀久为世臣,厄鲁特亦无不归顺,而一闻班禅额尔德呢之来,其欢欣舞蹈,欲执役供奉,出于至诚,有不待教而然者。则此须弥福寿之庙之建,上以扬历代致治保邦之谟烈,下以答列藩倾心向化之悃忱,庸可已乎?既为记,复作赞言。
Comme je ne voulais pas que mon soixante-dixième anniversaire donne lieu à de fastueuses célébrations, j’avais déjà publié à l’avance un édit. Mais la venue de ce lama ne devait pas être empêchée. Depuis plus de cent ans, l’État connaît une paix prospère et une harmonie répétée ; l’intérieur et l’extérieur forment une seule famille. Depuis la venue ancienne du dalaï-lama jusqu’à aujourd’hui, plus de cent ans se sont également écoulés. De plus, autrefois, au début de la fondation, parmi les Khalkhas et les Oïrats, certains résistaient encore à la transformation civilisatrice ; aujourd’hui, en revanche, l’éclat et l’harmonie se sont renouvelés, les Khalkhas sont depuis longtemps des sujets héréditaires, les Oïrats se sont tous soumis. Dès qu’ils ont appris la venue du panchen erdeni, ils ont exulté de joie, désirant se mettre à son service et l’honorer, mus par une sincérité extrême, spontanément et sans qu’il soit besoin de les instruire. Ainsi la construction de ce temple de Sumeru Bonheur et Longévité sert, en haut, à manifester les grands desseins des dynasties successives pour gouverner et préserver l’État, et, en bas, à répondre à la sincère inclination des feudataires vers la transformation civilisatrice. Comment aurait-on pu y renoncer ? Après avoir rédigé cette inscription, je compose encore des paroles de louange.
印度既迥遥,佛教亦式微。梵僧舍天竺,多临卫藏地。自唐代已然,是为法源处。一译犹云近,三乘无舛讹。
L’Inde est désormais très lointaine, et l’enseignement bouddhique y a aussi décliné. Les moines sanskrits quittèrent l’Inde, beaucoup vinrent en Ü-Tsang. Il en est ainsi depuis la dynastie Tang : c’est le lieu de la source du Dharma. Même dans une traduction, on peut dire qu’il demeure proche ; les trois véhicules n’y comportent nulle erreur.
宗乘向东昌,诚如佛所记。
La tradition se répand vers l’est et y prospère, vraiment comme le Bouddha l’avait annoncé.
卫藏虽徼外,实在震旦中。达赖及班禅,宗喀巴高弟,前后燃智灯。三车之纲领,真文与满字。于是溯轨躅。
Bien que l’Ü-Tsang soit au-delà des marches, il se trouve en réalité au sein de la Chine. Le dalaï et le panchen, hauts disciples de Tsongkhapa, ont allumé l’un après l’autre la lampe de la sagesse. Les principes des trois véhicules, dans les écritures véritables et en écriture mandchoue : ainsi en retrace-t-on les traces.
蒙古众林林,莫不倾心向。皈依三宝门,神道易设教。兹闻班禅来,如婴儿遇母。观化阐宗风,诚为吉祥事。
Les multitudes mongoles sont innombrables, et toutes tournent vers lui leur cœur. Elles prennent refuge dans la porte des Trois Joyaux ; par la voie spirituelle, l’enseignement se met aisément en place. À présent, apprenant que le panchen vient, elles sont comme des nourrissons retrouvant leur mère. Contempler la transformation civilisatrice et déployer la tradition : c’est vraiment un événement auspicieux.
布达拉既建,伦布不可少,择向兴工作,亦以不日成。都纲及寝室,一如后藏式。
Le Potala étant déjà construit, Lunbu ne pouvait manquer ; on choisit son orientation et lança les travaux, qui furent également achevés en peu de jours. Le plan général et les appartements suivent entièrement le modèle du Tsang.
金瓦映日辉,玉幢扬风舞。自成动静偈,朗标色空喻。以是善因缘,资无碍法喜。祝嘏犹其小,所欣象教宏。
Les tuiles d’or reflètent l’éclat du soleil, les bannières de jade se lèvent et dansent au vent. D’elles-mêmes, elles composent une stance du mouvement et du repos, marquant clairement la parabole de la forme et du vide. Par ces bonnes causes et conditions, elles nourrissent la joie du Dharma sans obstacle. Souhaiter la longévité n’est encore qu’une petite chose ; ce qui réjouit, c’est l’ampleur de l’enseignement figuré.
举似西域居,无来亦无去。上人演法轮,蠢蠢普超度。佐我无为治,雨顺与风调。
Élevé à la ressemblance de sa demeure des Régions occidentales, il n’y a ni venue ni départ. Le supérieur fait tourner la roue du Dharma, et tous les êtres, même les plus ignorants, sont universellement sauvés. Il assiste mon gouvernement par le non-agir, sous des pluies opportunes et des vents favorables.
众生登寿世,慧炬永光明。
Que tous les êtres accèdent à un âge de longévité, et que le flambeau de la sagesse brille à jamais.
合十作赞言,初非为一己。
Je joins les paumes et compose ces paroles de louange ; dès l’origine, ce n’est pas pour moi seul.
如悬大圆镜,遍照于十方。而镜本无心,回向亦如是。
C’est comme suspendre un grand miroir rond, qui illumine partout les dix directions. Mais le miroir, au fond, n’a pas d’intention ; le transfert des mérites est ainsi.
《钦定廓尔喀纪略》 (Précis impérialement commandé sur les Gurkhas)
四月初三日,辛丑福康安、惠龄奏言:臣等于十七日自前藏起程,二十二日行至朗噶,经过沿途地方,寨落相望,寺庙多系依山建盖,喇嘛及番民人等欢迎夹道。自朗噶以西,计行路三百余里,山势不甚高大。至江孜地方,村寨较大,番民稠密。该处地当孔道,为前后藏屏蔽,与帕克哩定结兴萨、喀尔达绂辖等处隘口均属相通。上年贼匪由撒迦春队至后藏,未至江孜抢掠,是以地方尚属繁庶。由江孜向西北行三百余里,于二十七日行抵后藏。该处东北南三面距山甚近,北面山势较高,东面有河一道,惟西面地稍平衍。上年贼匪即由西南一路前来滋扰,并无险隘可以堵御。扎什伦布庙宇在北面山坡建盖,徐南鹏所守之营官寨在扎什伦布东北里许土冈之上,寨房虽小,尚得地势,曾被贼匪攻扰数次,竟能固守。扎什伦布之南约及二里,均系民居寨落,未被贼匪焚毁。惟番民等避贼远去,逃散甚多。嗣因后藏一带传染出痘,一时未敢遽归,半存空寨。臣福康安到前藏时,即行出示晓谕,并饬令岁琫堪布及后藏营官第巴等,杳明人户,招集回寨,及时耕种,贸易营生,俾农商各归本业。兹臣等察看扎什伦布番民多已回寨,审地亦有翻犁者。近日痘症时气渐觉稍减,街市贸易,均已如旧,堪以仰慰圣怀。至扎什伦布庙宇臣等,一到后藏,即至庙内叩谒
Le troisième jour du quatrième mois, jour xinchou, Fuk’anggan et Huiling présentèrent un mémoire disant : Nous, vos serviteurs, sommes partis de l’Ü le dix-septième jour et sommes arrivés à Langga le vingt-deuxième. Dans les lieux traversés le long de la route, les villages se faisaient face, la plupart des monastères étaient bâtis contre la montagne, et les lamas ainsi que les habitants tibétains nous accueillaient des deux côtés du chemin. À l’ouest de Langga, le trajet totalisa plus de trois cents li ; le relief n’y était pas très élevé. En arrivant dans la région de Gyantsé, les villages étaient plus grands et la population tibétaine dense. Ce lieu est situé sur une voie de passage, fait écran entre l’Ü et le Tsang, et communique avec les cols de Pari, Dingjie, Xingsa, Ka’erda Fuxia et autres. L’an dernier, les bandits sont passés de la troupe de printemps de Sakya vers le Tsang et ne sont pas allés piller Gyantsé ; c’est pourquoi cette région demeure assez prospère et peuplée. Depuis Gyantsé, nous avons marché vers le nord-ouest sur plus de trois cents li et sommes arrivés au Tsang le vingt-septième jour. Là, au nord-est, au sud et au nord, les montagnes sont très proches ; la montagne du nord est plus haute, une rivière passe à l’est, et seul le côté ouest est un peu plus plat et étendu. L’an dernier, les bandits sont venus semer le trouble par la route du sud-ouest, sans qu’il y eût de défilés dangereux permettant de les arrêter. Le monastère de Tashilhunpo est construit sur le versant de la montagne du nord ; la forteresse de garnison tenue par Xu Nanpeng se trouve sur une butte de terre à un peu plus d’un li au nord-est de Tashilhunpo. Bien que les bâtiments de la forteresse soient petits, ils occupent une bonne position ; attaqués à plusieurs reprises par les bandits, ils purent malgré tout tenir solidement. Au sud de Tashilhunpo, sur environ deux li, se trouvent partout des villages d’habitants, qui n’ont pas été incendiés par les bandits. Toutefois, les habitants tibétains, fuyant les bandits au loin, se sont dispersés en grand nombre. Ensuite, comme la variole s’est répandue dans toute la région du Tsang, ils n’ont pas osé rentrer aussitôt, et nombre de villages sont restés à moitié vides. Lorsque votre serviteur Fuk’anggan arriva dans l’Ü, il fit aussitôt afficher des proclamations d’instruction et ordonna au kanpo Suipeng ainsi qu’aux officiers de garnison et déba du Tsang de vérifier clairement les foyers, de rassembler les gens et de les faire rentrer dans les villages, afin qu’ils labourent et sèment à temps, reprennent le commerce et leurs moyens de subsistance, et que paysans comme marchands retournent chacun à leur métier. À présent, nous avons constaté que la plupart des habitants tibétains de Tashilhunpo sont rentrés dans leurs villages, et que certains champs ont aussi été labourés. Ces derniers jours, l’épidémie de variole semble peu à peu diminuer, et le commerce des rues est partout revenu à l’état antérieur, ce qui peut réconforter le cœur sacré de Votre Majesté. Quant au monastère de Tashilhunpo, dès notre arrivée au Tsang, nous sommes entrés dans le monastère pour nous prosterner devant
圣容,亲赴各处杳看,并向岁俸堪布详悉询问。上年贼匪扰至后藏时,班禅额尔德尼当于八月十六日起程,将珠宝细软物件,带赴前藏,仲巴呼图克图押带班禅额尔德尼所有旧物及金银衣服、绸縀等项,奘载二百三十三捆,用牛䭾载,搬运过河,至东北山后,由托布嘉至东喀尔寺内藏匿。扎什伦布喇嘛二千余名,俱已逃散。贼匪一至庙内,玛末萨野,即在班禅额尔德尼坐静房内居住。大小头人分据名处,将庙内物件及塔上镶嵌,肆行劫掠。金银佛像抢去大半,装金木胎佛像亦间有被毁者。惟各佛殿镀金铜瓦并未拆动,房间门窗墙壁损坏亦属无多。其
la sainte image ; nous avons inspecté personnellement les différents lieux et interrogé en détail le kanpo Suifeng. L’an dernier, lorsque les bandits vinrent troubler le Tsang, le panchen erdeni partit le seizième jour du huitième mois, emportant avec lui bijoux, objets précieux et effets menus vers l’Ü. Le khutuktu Zhongba escorta les anciens objets appartenant au panchen erdeni, ainsi que vêtements d’or et d’argent, soieries et satins, chargés en deux cent trente-trois ballots sur des bovins, les fit traverser la rivière et les transporta derrière la montagne du nord-est ; depuis Tuobujia, ils furent dissimulés dans le monastère de Dongka’er. Plus de deux mille lamas de Tashilhunpo s’étaient tous enfuis et dispersés. Dès l’arrivée des bandits dans le monastère, Mamosaye s’installa dans la chambre de méditation du panchen erdeni. Les chefs grands et petits occupèrent divers lieux et pillèrent sans retenue les objets du monastère et les incrustations des stupas. La plus grande partie des statues bouddhiques d’or et d’argent fut emportée ; des statues à corps de bois recouvert d’or furent aussi parfois détruites. Seules les tuiles de cuivre doré des différents sanctuaires bouddhiques ne furent pas démontées, et les dégâts aux portes, fenêtres et murs des pièces furent également peu nombreux. Quant aux
扎什伦布后层佛楼五处,供奉历辈班禅额尔德尼金塔三座,并班禅额尔德尼住房经堂,皆在其上。金塔外用木板围护,木板外包银皮,镶嵌珠宝珊瑚松石,背后一面,则系溜金铜皮包里。塔前各有供器一分,俱系金银铸造。贼匪滋扰时,东首系第十一辈班禅额尔德尼塔座,因楼门锁固,有贼匪二人登梯上房,从天窗越进,失足跌下,绊在石狮子及贮净水缸上,连毙二命。贼匪心怀畏惧,是以此塔及塔前供器均未被掠。中间系第十二辈班禅额尔德尼塔座,镶嵌银皮,间段挖去,尚未全损。其西首前辈班禅额尔德尼塔座内金塔有木板围护,尚未损动,而外面银皮镶嵌供器抢掠无存臣等查贼匪越墙攘窃,实有跌毙二命之事。可见第十一辈班禅额尔德尼护法默佑,尚有显应。现在庙宇
cinq pavillons bouddhiques de l’arrière de Tashilhunpo, trois stupas dorés y honorent les panchen erdeni des générations passées, et les logements ainsi que la salle des écritures du panchen erdeni s’y trouvent aussi. L’extérieur des stupas dorés est protégé par des planches de bois ; les planches sont revêtues d’une peau d’argent, incrustée de perles, de corail et de turquoise. Sur la face arrière, elles sont doublées de cuivre doré. Devant chaque stupa se trouve un ensemble d’objets d’offrande, tous fondus en or et en argent. Au moment où les bandits semèrent le trouble, le stupa situé à l’est était le siège du onzième panchen erdeni. Comme la porte du pavillon était solidement verrouillée, deux bandits montèrent sur le toit par une échelle et entrèrent par la lucarne ; ils perdirent pied, tombèrent, se heurtèrent aux lions de pierre et à la cuve contenant l’eau pure, et moururent tous deux. Les bandits furent saisis de crainte ; aussi ce stupa et les objets d’offrande placés devant lui ne furent-ils pas pillés. Au centre se trouvait le siège du douzième panchen erdeni ; sa peau d’argent incrustée fut arrachée par endroits, mais il ne fut pas entièrement endommagé. À l’ouest, dans le siège d’un panchen erdeni antérieur, le stupa doré intérieur était protégé par des planches de bois et n’avait pas été touché ; mais à l’extérieur, peau d’argent, incrustations et objets d’offrande avaient été pillés sans rien laisser. Nous avons vérifié qu’il y eut bien deux bandits morts en franchissant les murs pour voler. On voit ainsi que la protection silencieuse du Dharma par le onzième panchen erdeni eut encore une manifestation évidente. À présent, dans le monastère,
佛像两座金塔俱经岁琫堪布庄严修整。逃散之喇嘛人等,除出痘身故及避痘远赴山僻寺庙居住者一千余名外,其余陆续回寺,均得安禅栖止,梵诵如常。至仲巴呼图克图运出之各项物件,闻贼退去,俱已带回,并无遗失。再杳头辈班禅额尔德尼传留紫色石一块,镌刻梵字,此石名为诺尔布桑珀勒,坚润光莹,不似石质,亦经贼匪遗弃,于庙外树林内寻获。相传此石为镇山旧物,以石之去留,卜庙之兴废。当贼匪滋扰之后,此石仍未遗失。后藏僧俗人等,皆言佛力阿护,庙宇复兴,实为吉祥佳兆。因此人心益加镇定。虽所言难于尽信,然近年藏内多故,黄教之盛,稍逊往时。仰赖圣主护持佛法,卫藏辑宁,从此黄教振兴,定卜由衰而盛。前蒙
les statues bouddhiques et les deux stupas dorés ont tous été solennellement restaurés par le kanpo Suipeng. Parmi les lamas dispersés, outre plus d’un millier de personnes mortes de la variole ou parties loin dans des monastères retirés des montagnes pour l’éviter, les autres sont progressivement revenus au monastère ; tous peuvent demeurer en paix dans la méditation et l’habitation, et les récitations bouddhiques ont repris comme auparavant. Quant aux divers objets sortis par le khutuktu Zhongba, nous avons entendu dire qu’après le retrait des bandits, ils avaient tous été rapportés, sans aucune perte. En outre, nous avons vérifié qu’une pierre violette transmise par le premier panchen erdeni, gravée de caractères sanskrits, existe encore. Cette pierre, appelée Norbu Sangpole, est dure, lisse, brillante et lumineuse, et ne ressemble pas à une pierre ordinaire. Elle fut elle aussi abandonnée par les bandits et retrouvée dans un bois à l’extérieur du monastère. Selon la tradition, cette pierre est un ancien objet qui protège la montagne, et l’on augure de la prospérité ou du déclin du monastère selon qu’elle demeure ou disparaît. Après les troubles causés par les bandits, cette pierre n’a toujours pas été perdue. Les religieux et laïcs du Tsang disent tous que la puissance du Bouddha l’a secrètement protégée et que la renaissance du monastère est un heureux présage très favorable. Ainsi les cœurs se sont davantage apaisés. Bien que leurs paroles ne soient pas toutes aisément crédibles, ces dernières années le Tibet a connu de nombreux troubles, et l’éclat de l’École jaune a quelque peu diminué par rapport au passé. Grâce à la protection de la Loi bouddhique par le saint souverain, l’Ü-Tsang est pacifié ; dès lors, le renouveau de l’École jaune permet certainement de prédire qu’elle passera du déclin à la prospérité. Ayant précédemment reçu
训示及此,益见气数循环,实有至理,臣等曷胜钦服。
vos instructions à ce sujet, nous voyons d’autant mieux que le cycle du destin et des souffles comporte une vérité profonde ; comment vos serviteurs pourraient-ils ne pas être remplis d’admiration respectueuse ?
欣忭之至。
Notre joie et notre allégresse sont extrêmes.
Photographies anciennes
1900-1901
Dans le groupe photographique « Tibet central, 1900-1901 » conservé par la bibliothèque de l’American Geographical Society figurent deux images du monastère de Tashilhunpo. Le panorama du monastère vu depuis le sud, photographié par O. M. Norzunoff, comprend à la fois le dzong de Shigatsé, l’ensemble monastique et le mur d’exposition du grand thangka ; le revers du toit doré du stupa funéraire du quatrième panchen-lama, photographié par G. Ts. Tsybikoff, conserve quant à lui une vue rapprochée de l’architecture du stupa. Les deux photographies appartenaient à l’origine à la Société impériale russe de géographie ; elles furent ensuite intégrées aux collections de l’American Geographical Society et sont aujourd’hui numérisées par les bibliothèques de l’université du Wisconsin à Milwaukee.


Publication des années 1920
La quatrième livraison du Grand panorama de l’Asie de la Société du Grand panorama photographique de l’Asie, consacrée au « pays secret du Tibet », publia un panorama du monastère de Tashilhunpo. La fiche explicative d’origine l’intitulait « grand monastère de Zhaxilunbu près de Shigatsé, capitale du Tsang », mais n’indiquait clairement ni le photographe ni l’année de prise de vue.

1948
En 1948, Arthur J. Hopkinson, officier politique britannique au Sikkim, prit une série de photographies au monastère de Tashilhunpo, aujourd’hui intégrées à The Tibet Album: British Photography in Central Tibet 1920-1950, élaboré conjointement par le British Museum et le Pitt Rivers Museum. Les deux images ci-dessous montrent respectivement le panorama du monastère, de la vallée et du mur d’exposition du grand thangka, ainsi que l’entrée du sanctuaire principal.

