Introduction
Le Yanshan Conglu dit que depuis le dernier étage de la pagode du temple Kaiyuan à Dingzhou, « on voit à cent li, et en levant les yeux vers les nuages qui passent, ils semblent osciller ». L’ouvrage la nomme pagode Liaodi — « bâtie par les Song pour surveiller les Khitan ». Celui qui se tenait au sommet voyait plus qu’un temple bouddhique — He Jingming écrivit « le dais volant domine la ville solitaire », Wang Shizhen « le regard embrasse mille foyers », et Yuan Hongdao réunit clochettes d’avant-toit, lumières et frontière : « La voix des clochettes s’entend à la frontière de sable ; la lueur des lampes frappe la rivière ennemie. » La pagode rassemblait la ville préfectorale, les champs et la frontière Song-Liao dans le champ de vision d’une seule personne.
Pourtant, dans le poème de Song Qi, elle est toujours la « pagode-trésor » fraîchement achevée du temple Kaiyuan ; le Zhili Dingzhou Zhi note également qu’au Nouvel An et à la fête du Bouddha, les habitants se cotisaient pour accrocher des lanternes à la pagode. Une pagode bâtie pour le culte bouddhique vit son usage réécrit par la situation frontalière — celui qui l’escaladait regardait moitié les lampes bouddhiques, moitié les Khitan.
Des siècles plus tard, les photographies ont aussi conservé les bosquets, champs et ruelles autour de la pagode. Le huitième tome des Zhongguo Wenhua Shiji contient des clichés de la face ouest (1902) et de la face est (1908) ; entre 1931 et 1932, Sidney Gamble saisit des vues à travers les arbres, un panorama frontal et la silhouette de la pagode au bout d’une ruelle.
Documents historiques
Yanshan Conglu
定州开元寺有大塔,名料敌塔,宋筑以望契丹者。高十三级,广六十四步,旁施铁幢,中贯数抱大木。登最上级,可𦗪百里,仰视行云,势若摇动。宋失燕云,以定州为边境,故潜备甚密。
Le temple Kaiyuan de Dingzhou possede une grande pagode appelee pagode Liaodi, edifiee par les Song pour surveiller les Khitan. Elle compte treize etages et mesure soixante-quatre pas de circonference ; des piliers de fer sont disposes sur les cotes et un enorme pilier de bois la traverse en son centre. Depuis le dernier etage, on peut voir a cent li ; en levant les yeux vers les nuages, la pagode semble osciller. Apres la perte des Seize Prefectures de Yan et Yun, les Song firent de Dingzhou une ville frontiere et y maintinrent des defenses secretes tres strictes.
Dingxian Zhi
张贺等二十七人修大悲菩萨记宋进等修塔记
Inscription commemorant la restauration du bodhisattva Dabei par Zhang He et vingt-six autres personnes ; inscription de Song Jin et d’autres sur la restauration de la pagode.
旧志云:料敌塔在州治南,真宗咸平四年诏建,仁宗至和二年始成。盖筑以望契丹者。宋知州尝记岁月于巅云。按塔建于咸平四年,至乾兴元年已十九年,更至至和二年,近五六十年。以六十年而成一塔,似不近情。而宋祁开元寺塔诗亦云:经营一甲子,殊为疑问。及见此证,乃知塔成于乾兴元年,知州宋进记其年月,所谓料敌塔记者也。通志误以为二并载之,非也。至和元年殆重修之年,抑或有增修之事。刘佺、赵成之记是也。有此石以为证,足知宋祁诗为不审也。
Les anciennes annales disent : la pagode Liaodi se trouve au sud du siege prefectoral ; elle fut commandee par decret la quatrieme annee de l’ere Xianping sous l’empereur Zhenzong et ne fut achevee que la deuxieme annee de l’ere Zhihe sous l’empereur Renzong. Elle fut edifiee pour surveiller les Khitan. Le prefet Song y inscrivit les dates au sommet. Or, la pagode fut commencee la quatrieme annee de Xianping ; a la premiere annee de Qianxing, dix-neuf ans s’etaient ecoules, et jusqu’a la deuxieme annee de Zhihe, pres de cinquante ou soixante ans. Mettre soixante ans pour achever une seule pagode semble peu vraisemblable. Le poeme de Song Qi sur la pagode du temple Kaiyuan dit aussi « soixante ans de travaux », ce qui suscite le doute. A la vue de cette inscription, on sait desormais que la pagode fut achevee la premiere annee de Qianxing, et que le prefet Song Jin en inscrivit la date : c’est la fameuse « inscription de la pagode Liaodi ». Le Tongzhi a tort d’en faire deux inscriptions distinctes. La premiere annee de Zhihe fut probablement l’annee d’une restauration ou d’un agrandissement, comme en temoignent les inscriptions de Liu Quan et Zhao Cheng. Cette pierre le prouve suffisamment pour montrer que le poeme de Song Qi manquait d’exactitude.
Baqiongshi Jinshi Buzheng Xubian
定州开元寺僧俗修塔记并题名八段。宋进等题名,乾兴元年四月十五日,耿素等题名,刘佺等题名。招贤坊张能等题名,兵马监押赵威记等题名,女弟子赵氏等题名。
Inscription des moines et laics du temple Kaiyuan de Dingzhou commemorant la restauration de la pagode, avec huit sections de noms. Noms de Song Jin et d’autres, date du quinzieme jour du quatrieme mois de la premiere annee de Qianxing ; noms de Geng Su et d’autres ; noms de Liu Quan et d’autres. Noms de Zhang Neng et d’autres du quartier Zhaoxian ; noms du commissaire militaire Zhao Wei et d’autres ; noms de la disciple laique Mme Zhao et d’autres.
Zhili Dingzhou Zhi
料敌塔,在州治南。宋真宗咸平四年诏会能董其役,伐材于嘉山,仁宗至和二年始成。高十三级,周六十四步。盖筑以望契丹者,故名料敌。宋知州宋祁尝纪岁月于巅,其八分书致为澹逸入古。每春正及佛诞午日,郡人醵金张灯,不减长干寺报恩塔之胜概也。
La pagode Liaodi se trouve au sud du siege prefectoral. La quatrieme annee de l’ere Xianping sous l’empereur Zhenzong des Song, un decret chargea le moine Huineng de diriger les travaux ; le bois fut coupe dans les monts Jia, et la pagode ne fut achevee que la deuxieme annee de l’ere Zhihe sous l’empereur Renzong. Elle compte treize etages et mesure soixante-quatre pas de circonference. Elle fut edifiee pour surveiller les Khitan, d’ou le nom Liaodi. Le prefet Song Qi inscrivit autrefois les dates au sommet en ecriture bafen d’une elegance sereine et archaique. Chaque premier mois du printemps et le jour anniversaire du Bouddha, les habitants de la prefecture se cotisaient pour y suspendre des lanternes, spectacle qui n’avait rien a envier a la pagode Bao’en du temple Changgan.
Jingwen Ji
开元寺塔偶成题十韵
Dix distiques composes a l’improviste sur la pagode du temple Kaiyuan
集福仁祠旧,雄成宝塔新。经营一甲子,高下几由旬。屹立通无碍,支持固有神。云妨垂处翼,月碍过时轮。顶日珠先现,绦风铎自振。沙分千界远,花散四天春。亿载如如地,三休上上人。堆螺俯常碣,缭带视河津。陶甓勤争运,园金施未贫。谁纡简栖笔,为我志琳珉。
L’ancien temple de bienfaisance amassa des merites, la majestueuse pagode precieuse est neuve. Soixante ans de travaux ; combien de yojanas de hauteur ? Elle se dresse sans obstacle, son soutien recele une force divine. Les nuages genent l’aile qui descend, la lune heurte la roue qui passe. Au sommet, le soleil fait apparaitre d’abord la perle ; dans le vent, les clochettes vibrent d’elles-memes. Le sable se divise sur mille mondes au loin, les fleurs se dispersent dans le printemps des quatre cieux. Pour des milliards d’annees, telle est la terre immuable ; les sages supremes s’y reposent trois fois. Les monticules en spirale dominent les steles ordinaires, les rubans enroules surplombent les gues du fleuve. On se hata de transporter briques et tuiles, l’or du jardin fut donne sans s’appauvrir. Qui daignera prendre le pinceau de Jianqi pour inscrire pour moi sur le jade et la pierre ?
Yuan Zhonglang Quanji
登定州开元寺塔
Ascension de la pagode du temple Kaiyuan de Dingzhou
孤塔三千级,俯身见鸟过。但知天阔远,未许岫嵯峨。铃语闻沙塞,灯光射虏河。昔贤谁眺此,韩朱与东波。
La pagode solitaire compte trois mille marches ; en se penchant, on voit passer les oiseaux. On ne percoit que l’immensite du ciel ; nulle cime n’ose rivaliser. Le tintement des clochettes parvient des sables de la frontiere, la lumiere des lampes atteint la riviere des barbares. Parmi les sages d’autrefois, qui contempla ce panorama ? Han, Zhu et Dongpo.
其二
Deuxieme poeme
我醉中山酒,兴衰渺莽间。宋家遗塞垒,唐典旧河山。破壁风雷出,空堂费雀还。莫言无外警,西去即层关。
Ivre du vin de Zhongshan, grandeur et declin se perdent dans le vague. Les Song laisserent les remparts des frontieres, les Tang laisserent l’ancienne terre et les fleuves. Du mur effondre jaillissent le vent et le tonnerre ; dans la salle vide, les moineaux reviennent en vain. Ne dites pas qu’il n’y a plus de menace exterieure : vers l’ouest s’elevent deja les passes successives.
Xinang Duyu
登定州开元寺宝塔
Ascension de la pagode precieuse du temple Kaiyuan de Dingzhou
十层天半塔,卓锡自开元。曲磴云霞满,飞甍鸟雀喧。中山低接市,卢水澹萦村。超忽皆空境,皈依不二门。风尘双阙近,汉达五兵屯。徙倚成孤啸,幽怀谁与论。
La pagode a dix etages, a mi-chemin du ciel ; le moine y planta son baton depuis l’ere Kaiyuan. Les marches sinueuses sont pleines de nuees et de brumes, les toits volants resonnent du cri des oiseaux. La ville de Zhongshan s’abaisse en contrebas, la riviere Lu serpente doucement autour des villages. En un instant tout n’est que vacuite, on se refugie dans la porte de la non-dualite. Vent et poussiere — les deux tours de la capitale sont proches, garnisons et soldats stationnent. Adosse au parapet, un cri solitaire ; a qui confier mes pensees melancoliques ?
Yanzhou Sibu Gao
与故赵使君登定州塔
Avec feu le prefet Zhao, ascension de la pagode de Dingzhou
灵鹫名藩驻,神龙法藏蟠。绛河潆井干,朱网罥天门。象外仙都广,寰中欲界尊。下方自风雨,绝顶半乾坤。眺拥千家出,歌迎万铎喧。驱车燕使者,题壁赵王孙。水合卢奴树,云冥鼓子村。语来心已净,不必问销魂。
Au Pic du Vautour, dans cette illustre prefecture ; un dragon divin veille sur le tresor du Dharma. Le fleuve pourpre entoure les piliers du puits celeste, un filet vermillon drape la porte du ciel. Au-dela des apparences, la cite des immortels est vaste ; dans le monde, le domaine du desir est supreme. En bas, vent et pluie ; au sommet absolu, la moitie de l’univers. Le regard embrasse mille maisons qui surgissent, les chants repondent aux dix mille clochettes retentissantes. Un emissaire de Yan pousse son char, un descendant du roi de Zhao inscrit son nom sur le mur. Les eaux rejoignent les arbres de Lunu, les nuages se confondent avec le village de Guzi. Apres ces mots, le coeur est deja purifie ; nul besoin de demander ce qui ravit l’ame.
Dafu Ji
同许补之刘子纬登定州塔
Avec Xu Buzhi et Liu Ziwei, ascension de la pagode de Dingzhou
塔阁盘空上,笙箫绕洞行。悬梯出万井,飞盖俯孤城。燕岱风云色,滹沱雁鹜声。登高并回首,直北是神京。
La pagode s’enroule et s’eleve dans le vide, flutes et orgues a bouche resonnent autour de la salle. L’escalier suspendu domine dix mille puits, un dais volant surplombe la ville solitaire. Sur les monts Yan et Dai, la couleur du vent et des nuages ; sur la Hutuo, le cri des oies et des canards. Au sommet, en se retournant ensemble : droit au nord se trouve la capitale divine.
Boou Shanfang Ji
登定州开元寺塔
Ascension de la pagode du temple Kaiyuan de Dingzhou
韩公保障绩桓桓,此地曾经望契丹。汴水铜驼终寂寞,中山香刹尚巑岏。风吹铃语诸天细,云散昙花法界宽。浑似江南携酒处,夜深镫火古长干。
Les exploits du seigneur Han en defense des frontieres furent eclatants ; c’est d’ici que jadis on surveillait les Khitan. Le chameau de bronze pres des eaux de Bian est desormais dans la solitude, mais le temple parfume de Zhongshan se dresse encore escarpement. Le vent porte le murmure des clochettes, subtil comme les cieux ; les nuages se dissipent, la fleur d’udumbara s’ouvre sur un monde du Dharma immense. On croirait etre dans le Jiangnan, portant du vin ; dans la nuit profonde, les lanternes de l’antique Changgan.
Photographies historiques
1902, 1908
Tokiwa Daijo et Sekino Tadashi, dans le huitieme volume de Shina Bunka Shiseki, intitulent la planche « Pagode octogonale en brique a onze etages du temple Kaiyuan, Dingzhou, Hebei ». Les legendes originales precisent que la photographie de la face ouest fut prise en mai 1902 (Meiji 35) et celle de la face est en novembre 1908 (Meiji 41).


1931-1932
La collection photographique de Sidney Gamble documente a plusieurs reprises la pagode Liaodi de Dingxian, Hebei : le premier volume est intitule « Liaodi Pagoda & Trees », le troisieme « Pagode Liaodi », et le quatrieme « Pagode Liaodi (Pagode du temple Kaiyuan) ». Ces photographies conservent respectivement une vue lointaine a travers les bosquets, le panorama frontal de la pagode et sa silhouette au bout d’une ruelle.


