HERITAGE RECORD

Temple Puning

En la vingtième année du règne de Qianlong, les chefs des quatre tribus oïrates furent investis et reçurent leurs récompenses à la résidence d’été, où ils offrirent le vin en souhaitant longue vie à l’empereur : c’est dans ce contexte que fut édifié le temple Puning. Le monastère reproduit le plan du monastère de Samye au Tibet, et sa partie postérieure s’élève gradin après gradin avec le pavillon du Grand Véhicule, les quatre continents et le groupe de stūpas ; sous l’ère Jiaqing, la salle du Grand Héros laissait déjà passer la pluie et pourrissait. Visitant le temple, Baisui écrivit qu’en levant la tête on n’atteignait même pas du regard le ventre du Grand Bouddha et qu’il fallait « monter un étage de plus » pour en voir le visage.

Périodes
Dynastie Qing
Régions
Hebei
LOCATION
Chengde
READING
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Temple Puning - puningsi old 1924 1927 gamble complex
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Introduction

À l’hiver de la vingtième année du règne de Qianlong (1755), les chefs des quatre tribus oïrates furent investis et reçurent leurs récompenses à la résidence d’été, et lors du banquet ils offrirent le vin en souhaitant longue vie à l’empereur ; c’est dans ce contexte que fut édifié le temple Puning. Le nom « Puning » (« paix universelle ») exprimait le vœu que les sujets des Montagnes de Neige et du Tsongling jusqu’à la mer Occidentale « demeurent en paix dans leurs foyers et se réjouissent de leurs travaux » ; le monastère fut construit à l’imitation du monastère de Samye au Tibet. En la vingt-septième année du règne de Qianlong (1762), les travaux du temple Puning furent achevés. Cinquante ans plus tard, en la dix-septième année du règne de Jiaqing (1812), la salle du Grand Héros laissait déjà passer la pluie, chevrons et volées étaient rongés de pourriture et des chevrons d’avant-toit s’étaient détachés, tandis que les pierres de la terrasse lunaire s’effritaient et se brisaient par places ; le rapport de l’année suivante proposait de découvrir et de réparer le toit de la salle, de remplacer les pierres, et de consolider les pavillons-arches et les murs.

En franchissant la porte de montagne, on fait d’abord face à trois stèles impériales rédigées dans les quatre écritures mandchoue, chinoise, mongole et tibétaine ; derrière les stèles se succèdent la salle des Rois célestes et la salle du Grand Héros. Plus au nord, on monte sur une haute terrasse où s’élève au centre le pavillon du Grand Véhicule à trois étages, entouré des stūpas de quatre couleurs, des quatre grands continents et des quatre petits continents. L’image bouddhique de l’univers — le mont Suméru, le soleil, la lune et les quatre continents — se transforme ainsi en un parcours architectural qui s’élève progressivement du sud vers le nord.

Baisui écrira plus tard dans un poème : « tête levée, le regard n’atteint pas le ventre », et il faut encore « monter un étage de plus » pour voir le visage de la statue. Le Grand Bouddha ne se découvre pas d’un seul point de vue : il se révèle étage après étage à mesure que l’on monte dans le pavillon.

Documents historiques

《普宁寺碑文》 (Inscription de la stèle du temple Puning)

乾隆二十年夏五月,平定准噶尔。

Au cinquième mois de l’été de la vingtième année du règne de Qianlong, les Dzoungars furent pacifiés.

冬十月,大宴赉四卫拉特部落旧附新归之众于避暑山庄。曰绰罗斯,曰都尔伯特,曰辉特,曰和硕特。四族台吉,各封以汗王、贝勒、贝子、公若而人,其无隶属之宰桑,则归之公,如内八旗、外四十九旗喀尔喀四部之例。至是而内外一家,遐迩同风之言允符。昔我皇祖之定喀尔喀也,建汇宗寺于多伦诺尔,以一众志,式循旧章,建普宁寺于山庄之北麓,而为之记曰:皇天有辅德之私,至圣有越世之度,君子有见几之作,兆人有可格之诚。我国家抚有众蒙古,讵准噶尔一部终外王化,虽庸众有威之不知畏,惠之不知怀,地不可耕,民不可臣之言,其然岂其然哉?以我皇祖皇考圣德神功,经文纬武,其于奠伊犁,勒铭格登山,朝四部落之众,而锡之爵,赐之币,式宴陈舞,可汗起奉酒,称万寿,如今日者,何难默契大造,意若有待,是以遵养时晦,垂成弗为。

Au dixième mois de l’hiver, un grand banquet fut offert à la résidence d’été aux quatre tribus oïrates, anciennes soumises et nouvellement ralliées : les Choros, les Dörbet, les Khoit et les Khoshut. Les taiji des quatre tribus furent respectivement investis khans, beile, beise, ducs et autres rangs ; leurs zaïsang sans subordination furent rattachés aux ducs, suivant le modèle des huit bannières intérieures et des quarante-neuf bannières extérieures des quatre divisions khalkhas. Dès lors, l’intérieur et l’extérieur ne firent qu’une famille, et la parole disant que proches et lointains partagent les mêmes mœurs se trouva véritablement accomplie. Jadis, lorsque mon Auguste Aïeul eut pacifié les Khalkhas, il édifia le temple Huizong à Dolon Nor pour unir les volontés ; suivant à mon tour cet ancien modèle, j’ai fait construire le temple Puning au pied septentrional de la résidence, et j’en ai composé l’inscription en ces termes : le Ciel auguste a sa prédilection qui seconde la vertu ; le saint suprême a sa mesure qui franchit les générations ; l’homme de bien a son œuvre qui discerne les signes ; les myriades du peuple ont leur sincérité qui peut toucher le Ciel. Notre État possède et protège les nombreux Mongols : comment seul le peuple dzoungar serait-il resté à jamais en dehors de la transformation royale ? Bien que le vulgaire ait dit qu’ils ne connaissaient ni la crainte devant la puissance ni la gratitude devant la bienveillance, que leur terre ne pouvait être cultivée ni leur peuple être fait sujet, en était-il vraiment ainsi ? Avec la vertu sainte et le mérite spirituel de mon Auguste Aïeul et de mon Auguste Père, qui ordonnèrent le civil et le militaire, pacifièrent l’Ili et gravèrent l’inscription sur le mont Gedeng, faire venir à la cour les foules des quatre tribus, leur conférer des titres, leur donner des présents, ordonner banquets et danses, et voir le khagan se lever pour offrir le vin en criant dix mille ans de vie, comme aujourd’hui : qu’y aurait-il eu de difficile ? Mais leur entente silencieuse avec la grande création semblait attendre son heure ; c’est pourquoi ils se gardèrent et attendirent dans l’ombre du temps, et s’abstinrent alors que l’œuvre touchait à son achèvement.

予小子敬承乾佑,以为不可失者,时迟徊观望,宁二圣付托藐躬之意。且此山庄即皇祖岁时巡觐诸蒙古宾客之所也。越三十年而克见准噶尔之众咸觐于此,岂非皇天无私,惟德之辅,至圣之度,越世先知,而见几君子之作,予亦不敢不勉。卫拉特之众岂终不可格以诚哉?蒙古向敬佛,兴黄教,故寺之式,即依西藏三摩耶庙之式为之,名之曰普宁者,盖自是而雪山葱岭以逮西海恒河沙数臣庶咸愿安其居,乐其业,永永普宁云尔。复依普贤世界品而述偈言:抖赞转轮王,功德甚深大,造寺于西域。其名三摩耶,逮今千岁余,愿海装严就。肖彼须弥山,巍阁凡三层,日月在两肩,地金水风轮,其内,小铁围大咸海水满,持地障碍山,马耳及善见担木并持轴持双凡七山,其中乃香水,其上坚手天持鬘及恒骄四天王所住。

Moi, l’Enfant, ayant respectueusement reçu la protection du Ciel, j’ai estimé que l’occasion ne devait pas être perdue ; hésiter et temporiser encore eût été trahir la charge que les deux saints souverains avaient confiée à ma frêle personne. Et cette résidence est précisément le lieu où mon Auguste Aïeul, au fil des ans, recevait en audience les hôtes mongols. Trente ans plus tard, pouvoir voir les foules dzoungares venir toutes ici en audience : n’est-ce pas que le Ciel auguste est sans partialité et ne seconde que la vertu, que la mesure du saint suprême connaît d’avance les générations à venir ? Devant l’œuvre de l’homme de bien qui discerne les signes, je n’osais non plus ne pas m’efforcer. Comment les foules oïrates ne pourraient-elles être à jamais touchées par la sincérité ? Les Mongols vénèrent le Bouddha depuis toujours et font prospérer l’Église jaune ; c’est pourquoi le plan de ce temple suivit le modèle du monastère de Samye au Tibet. Si on le nomma Puning (« paix universelle »), c’est que désormais, des Montagnes de Neige et du Tsongling jusqu’à la mer Occidentale, les sujets innombrables comme les sables du Gange souhaitent tous demeurer en paix dans leurs foyers, se réjouir de leurs travaux, dans une paix universelle à jamais durable. Je composai en outre, d’après le chapitre du monde de Samantabhadra, cette strophe : Louons le roi qui fait tourner la roue, dont le mérite est profond et grand : il édifia un monastère dans les régions occidentales. Son nom est Samye ; voici plus de mille ans que l’océan de ses vœux s’est paré et accompli. À l’image du mont Suméru, le pavillon majestueux compte trois étages ; le soleil et la lune reposent sur ses deux épaules ; les roues de la terre, de l’or, de l’eau et du vent, et en leur sein, les petites et grandes chaînes de fer et la grande mer salée pleine ; les monts qui portent la terre et font obstacle, l’Oreille-de-Cheval et la Belle-Vue, le Porteur-de-Bois, le Porteur-d’Essieu et le Porteur-de-Paire — sept monts en tout, entre lesquels sont les eaux parfumées ; au-dessus demeurent les devas aux Mains fermes, les Porteurs-de-guirlandes, les Éternellement-Enivrés, et la demeure des quatre Rois célestes.

复有四方天,其数各以八,中乃忉利天、喜见、帝释宫,欲界四天子,色界、无色界次第居其上。东曰胜神洲,小胜及胜胜左右以次住。南曰赡部洲,妙拂并小拂左右以次住。西曰牛贺洲,行道将小行,左右以次住。北曰俱卢洲,最胜复谄胜,左右以次住。供养佛无数,如普贤愿海。复为四色塔,义出陀罗尼,四智标功用。懿此避暑庄,古佛所游历,较彼卫藏地,佛土无差别。有来众蒙古及新卫拉特,咸敬黄教人,爰作大利益。肖彼三摩耶,为奉人天师,作此曼挐罗,严洁身口意,依法香泥涂,一切皆清净,香花供养具,法螺法音声,转无量法轮,聚无量法众,诵无量法宝,作无量法事。我闻普贤言,华藏庄严海,是毗卢遮那往劫修行处,种种宝光明,大云遍一切,舍身等尘刹。

Il y a encore les cieux des quatre directions, au nombre de huit chacun ; au centre se trouvent le ciel Trāyastriṃśa, Sudarśana et le palais d’Indra ; les quatre fils du ciel du monde du désir, puis le monde de la forme et le monde sans forme, y demeurent étage après étage. À l’est se trouve le continent Vainqueur-des-devas, avec le Petit-Vainqueur et le Vainqueur-des-Vainqueurs demeurant à gauche et à droite selon leur rang. Au sud se trouve le continent Jambu, avec le Merveilleux-Chasse-mouches et le Petit-Chasse-mouches demeurant à gauche et à droite selon leur rang. À l’ouest se trouve le continent Riche-en-Bœufs, avec la Marche-de-la-Voie et la Petite-Marche demeurant à gauche et à droite selon leur rang. Au nord se trouve le continent Kuru, avec le Très-Vainqueur et le Flatteur-Vainqueur demeurant à gauche et à droite selon leur rang. On y fait offrande à d’innombrables Bouddhas, tel l’océan des vœux de Samantabhadra. Il y a de plus les stūpas de quatre couleurs, dont le sens procède des dhāraṇī : les quatre sagesses y manifestent leur fonction. Admirable est cette résidence d’été, que les Bouddhas d’autrefois ont parcourue ; comparée à la terre de l’Ü-Tsang, la terre de Bouddha n’en diffère point. Tous les Mongols venus ici et les Oïrats nouvellement soumis, qui tous honorent l’Église jaune, y trouvent un grand bienfait. À l’image de ce Samye, pour honorer le Maître des hommes et des devas, fut fait ce maṇḍala ; purifiant corps, parole et pensée, enduisant de terre parfumée selon la règle, tout y est pur. Encens et fleurs, instruments d’offrande, conques et sons de la Loi : on y fait tourner la roue de la Loi incommensurable, on y rassemble d’incommensurables assemblées de la Loi, on y récite les incommensurables joyaux de la Loi, on y accomplit d’incommensurables œuvres de la Loi. J’ai entendu Samantabhadra dire : l’océan de majesté de la Réserve-de-Fleurs est le lieu où Vairocana, dans les kalpas passés, pratiqua ; ses lumières de joyaux multiples, grandes nuées, couvrent toutes choses ; il y donna son corps, égal aux terres innombrables comme la poussière.

以昔愿力住,遍十方国土,出苦向菩提,方便示调伏。世界所有尘,一一见法界,现佛如云集。此是如来刹,大愿周法界,一切化群生,庄严从此出。西土及震旦,究竟无同异,众生皆安隐。暨蠕动肖翘,遂生明佛性。稽首天人师,普贤行如是。

Par la puissance de ses anciens vœux, il demeure dans toutes les terres des dix directions, faisant sortir de la souffrance vers l’éveil et montrant par les moyens appropriés la domptation des êtres. Dans chaque grain de poussière des mondes, on voit un à un le domaine de la Loi, et les Bouddhas s’y manifestent comme les nuées s’assemblent. Telle est la terre du Tathāgata : son grand vœu emplit le domaine de la Loi, il convertit tous les êtres, et de là procède toute majesté. La terre d’Occident et la Chine, en définitive, ne diffèrent en rien : tous les êtres y sont en paix, jusqu’aux vers qui rampent et aux petites choses qui volettent, qui en naissant même discernent la nature de Bouddha. Le front au sol devant le Maître des hommes et des devas : telle est la conduite de Samantabhadra.

《御制文集》 (Recueil des œuvres impériales), « Inscription de la stèle du temple Puning », composée par l’empereur Qianlong, dynastie Qing

《平定准噶尔勒铭伊犁之碑》 (Stèle de la pacification des Dzoungars gravée à Ili)

惟天尽所覆,俾我皇清,罔不在宥。惟清奉昊天,抚薄海兆庶,悉主悉臣。太祖、太宗、世祖,肇基宅中,皇耆其武。圣祖、世宗,觐光扬烈,克臻郅隆。逮予藐躬,思日孜孜,期四海同风。咨汝准噶尔,亦蒙古同类,何自外携?数世梗化,篡夺相仍,硕仇其下。厥达瓦齐,甚毒于酲,众心胝胝。如苗斯蟊,如虺斯蛰,众口嗷嗷。视尔嗷止,予焦劳止,期救不崇朝止。视尔胝止,予噫嘻止,亟出汝涂泥止。乃命新附,尔为先锋,熟悉其路。乃命劲旅,携数月粮,毋或掠掳。师行时雨,王旅啴啴,亦无潦阻。左旋右抽,王旅浑浑,既暇以休。乌鲁木齐,及五集赛,度之折折。台吉宰桑,迎降恐后,奚事斧吭?波罗塔拉,闼尔奇岭,险如关阖。倒戈反攻,达瓦齐走,旦夕途穷。回部遮获,彼鼠斯喙,地入无隙,露布飞至,受俘午门,爰贷其罪。自今以始,四部我臣,伊犁我宇。曰绰罗斯及都尔伯特、和硕特、辉特,封四可汗,众建王公,游牧各安。宰桑公臣,属我旗籍,谁汝苦辛?尔恭尔长,尔孳尔幼,徐以教养。尔驼尔牛,尔羊尔马,畜牧优游。分疆各守,毋相侵陵,以干大咎。齐御外域,曰布鲁特,越哈萨克。醉饮饱食,敬兴黄教,福自天锡。伊犁平矣,勒贞珉矣,于万斯年矣。

Le Ciel couvre tout : il a fait que notre auguste dynastie Qing soit partout souveraine. Les Qing, servant le Ciel immense, apaisent les myriades du peuple jusqu’aux confins des mers : tous sont leurs maîtres, tous leurs sujets. Taizu, Taizong et Shizu fondèrent l’œuvre et habitèrent le centre, augustes et accomplis dans les armes. Shengzu et Shizong virent la lumière et exaltèrent la gloire, et purent atteindre la plus haute prospérité. Venu le tour de ma frêle personne, je pense chaque jour avec ardeur, espérant que les quatre mers partagent les mêmes mœurs. Hélas, vous, Dzoungars, qui êtes de la même race que les Mongols, pourquoi vous êtes-vous tenus à l’écart, rebelles ? Depuis des générations vous résistiez à la transformation, usurpations et rapines se succédaient, et vous haïssiez profondément vos inférieurs. Ce Dawachi fut plus venimeux que l’ivresse, et les cœurs de tous s’engourdissaient. Comme les chenilles sur les pousses, comme les vipères tapies, toutes les bouches gémissaient. Vous voyant gémir, je m’épuisais de soucis, voulant vous secourir avant la fin du matin ; vous voyant engourdis, je poussais des soupirs, voulant au plus vite vous tirer de la boue. Alors j’ordonnai aux nouvellement soumis : vous serez l’avant-garde, qui connaît bien les chemins. J’ordonnai aux troupes vaillantes de porter des vivres pour des mois et de ne point piller. L’armée marcha comme la pluie en sa saison ; les troupes royales, nombreuses et lentes, ne furent point arrêtées par les eaux. Manœuvrant à gauche, frappant à droite, les troupes royales, dans leur flux puissant, eurent encore le loisir de se reposer. Ürümqi et les cinq Jisaï furent franchis comme en pliant un rameau. Taiji et zaïsang vinrent se rendre à l’envi, craignant d’arriver les derniers : à quoi bon haches et échafauds ? Le Boro Tala et la crête de Talki, dangereux comme des portes verrouillées : les soldats retournèrent leurs armes et contre-attaquèrent, Dawachi s’enfuit, en un matin et un soir sa route prit fin. Les tribus musulmanes l’interceptèrent et le capturèrent ; ce rat eut beau crier, la terre ne lui offrit nulle fissure où entrer. Le bulletin de victoire vola jusqu’à nous, les captifs furent reçus à la porte du Midi, et j’ai alors remis leurs fautes. Désormais les quatre tribus sont mes sujets, l’Ili est mon domaine. Aux Choros, aux Dörbet, aux Khoshut et aux Khoit furent investis quatre khagans ; de nombreux princes et ducs furent établis, et chacun nomadise en paix. Zaïsang, ducs et serviteurs furent inscrits dans mes bannières : qui donc vous ferait encore souffrir ? Soyez respectueux envers vos anciens, faites prospérer vos enfants ; peu à peu on vous instruira et vous nourrira. Vos chameaux, vos bœufs, vos moutons, vos chevaux : votre élevage prospérera à loisir. Partagez vos frontières et gardez chacun la vôtre, sans vous envahir ni vous opprimer, pour ne pas encourir de grande faute. Ensemble gardez les marches extérieures — les Burut et, au-delà, les Kazakhs. Enivrez-vous de boisson, rassasiez-vous de nourriture, honorez et faites prospérer l’Église jaune : le bonheur vous sera octroyé par le Ciel. L’Ili est pacifiée ! L’inscription est gravée sur la pierre fidèle ! Pour dix mille années !

《钦定国子监志》 (Annales du Collège impérial des Fils de l’État, établies par ordre impérial), « Stèle impériale de la pacification des Dzoungars gravée à Ili », compilées par ordre impérial par Liang Guozhi et autres, dynastie Qing

《平定准噶尔后勒铭伊犁之碑》 (Stèle gravée à Ili après la pacification des Dzoungars)

天之所培者,人虽倾之,不可殛也。

Ce que le Ciel a planté, l’homme a beau le renverser, il ne saurait l’exterminer.

天之所覆者,人虽栽之,不可殖也。嗟汝准噶尔,何狙诈相延以世而为贼也。强食弱,众凌寡,血人于牙而蔑知悛易也。云兴黄教,敬佛菩萨,其心乃如夜叉、罗刹之以人为食也。故罪深恶极,自作之孽,难逭活也。先是分封四部,众建宰桑,四图什墨,廿一昂吉,盖欲继绝举废,以休以息也。而何煽乱不已,焦烂为期,终于沦亡胥尽。伊犁延袤万里,寂如无人之域也。是非我佳兵不戢,以杀为德也,有弗得已耳。西师之什,实纪其详悉也。以其反复无常,迟益久而害益深,则其叛乱之速,未尝非因祸而致福也。是盖天佑我皇清,究非人力也。伊犁既归版章,久安善后之图要焉已定者,讵宜复失也。然屯种万里之外,又未可谓计之得也。其潜移默运,惟上苍鉴之。予惟奉时相机,今日之下,亦不敢料以逆也。

Ce que le Ciel couvre, l’homme a beau l’abattre, il ne saurait l’empêcher de croître. Hélas, vous, Dzoungars, pourquoi, de génération en génération, vous êtes-vous transmis la ruse et la violence pour vous faire brigands ? Les forts dévoraient les faibles, les nombreux opprimaient les rares ; le sang des hommes collait à vos dents, sans que vous sachiez vous repentir ni changer. Vous prétendiez faire prospérer l’Église jaune et honorer Bouddhas et bodhisattvas, mais vos cœurs étaient ceux des yakṣas et des rākṣasas qui se nourrissent de chair humaine. Aussi vos crimes furent-ils profonds et vos méfaits extrêmes : le mal que l’on fait soi-même ne laisse guère d’issue pour vivre. Jadis, j’avais partagé et investi les quatre tribus, établi de nombreux zaïsang, les quatre tüsimel et les vingt et un anggi : je voulais perpétuer les lignées éteintes et relever les charges abolies, pour leur donner repos et répit. Pourquoi donc, sans cesse, attiser le désordre, s’assigner pour terme la calcination, et finir par périr tous ensemble ? L’Ili, s’étendant sur des myriades de li, était silencieuse comme une contrée sans hommes. Ce n’est pas que j’aime les armes sans les reposer ni que je fasse du meurtre une vertu : je n’y pouvais autrement. Les poèmes de l’expédition occidentale en rapportent fidèlement tout le détail. Parce qu’ils changeaient et revenaient sans constance, plus on tardait plus le mal s’aggravait : que leur rébellion ait été prompte n’est pas sans avoir transformé le malheur en bonheur. C’est là, certes, le Ciel protégeant notre auguste dynastie Qing ; en définitive, ce n’était pas l’œuvre des hommes. L’Ili étant rentrée dans les registres, le plan d’une paix durable pour l’après a été arrêté dans ses grandes lignes : comment se permettrait-il de le perdre de nouveau ? Pourtant, établir des colonies militaires à des myriades de li ne peut être tenu pour un calcul avantageux. Que le Ciel d’en haut en voie le cours secret et le mouvement caché. Pour moi, je n’ai qu’à suivre le temps et saisir l’occasion ; aujourd’hui encore, je n’ose rien présumer à l’avance.

是平定准噶尔后勒铭伊犁之碑所由作也。

Telle est la raison pour laquelle fut faite la stèle gravée à Ili après la pacification des Dzoungars.

《钦定皇舆西域图志》 (Géographie illustrée des régions occidentales de l’Empire, établie par ordre impérial), vol. 12, « Ili — Inscription impériale de la stèle gravée à Ili après la pacification des Dzoungars », compilée par ordre impérial par Fuheng, Liu Tongxun et autres, dynastie Qing

《钦定热河志》 (Gazette de Rehe établie par ordre impérial)

普宁寺,在热河行宫东北五里狮子沟。乾隆二十年,平定准噶尔,上幸避暑山庄,四卫拉特部落来觐,赐宴封赉,敕建普宁寺,以昭武成。仿西藏三摩耶庙制,寺南向,联额皆御书。门外树坊三,中额曰“胜缘”,曰“法护”,东额曰“金界”,曰“宝林”,西额曰“福田”,曰“觉海”。门额曰“普宁寺”。门内正中碑亭植碑三,恭镌御制碑文。左右钟鼓楼,中天王殿五楹,又内正殿七楹,供三世佛,前楹额曰“金轮法界”,联曰:“镇留岚气闲庭贮,时落钟声下界闻。”殿内额曰“大雄宝殿”,联曰:“福溥人天阿耨耆,阇开紫阙妙涵空。有栴檀薝卜拥金绳。”殿内佛背光上额曰“仁佑大千”,后楹联曰:“震旦教宏宣,广刹昙霏,普资福荫;朔陲功未定,新藩鳞集,长庆宁居。”殿后从盘道上,阁供诸佛菩萨,额曰“大乘之阁”。月台左右,五色浮屠四列,四大部洲,四小部洲,阁三层,各七楹,下层额曰“鸿庥普荫”,前楹联曰:“耆崛天开,金碧辉煌香界朗;精蓝云护,栴檀馣𩡖梵林深。”阁内联曰:“具大神通完十行,是真清净现三身。”二层联曰:“广大真言参不漏,色空妙谛证无遮。”上层额曰“真如圆满”。联曰:“传大千法宝,阐第一宗风。”阁东精舍五楹,为临憩之所,额曰“妙严室”,联曰:“对物共春台,豳风入咏;愿人登福地,王会成图。”阁西为讲经堂。洪维我皇上以无量愿力,创开福地,俾西域万象,亿载普宁,入寺瞻仰者,合掌顶礼,颂神功而祝圣寿,真如普贤震旦涌现皈依也。

Le temple Puning se trouve à cinq li au nord-est du palais impérial de Rehe, dans le ravin du Lion. En la vingtième année de l’ère Qianlong, les Dzoungars furent pacifiés ; l’empereur séjourna à la résidence d’été, les quatre tribus oïrates vinrent en audience, reçurent banquet, investitures et récompenses, et le temple Puning fut édifié par ordre impérial pour manifester l’accomplissement militaire. Construit sur le modèle du monastère de Samye au Tibet, le temple fait face au sud ; les couplets et les plaques sont tous de l’écrit impérial. Devant la porte sont dressés trois pavillons-arches : celui du centre porte les plaques « Condition victorieuse » et « Protection de la Loi » ; celui de l’est, « Domaine d’or » et « Forêt précieuse » ; celui de l’ouest, « Champ du bonheur » et « Océan de l’éveil ». La plaque de la porte dit « Temple Puning ». À l’intérieur de la porte, au centre, le pavillon des stèles dresse trois stèles, où fut respectueusement gravée l’inscription composée par Sa Majesté. À gauche et à droite se tiennent les tours de la cloche et du tambour ; au centre, la salle des Rois célestes, de cinq travées ; plus à l’intérieur, la salle principale, de sept travées, abrite les Bouddhas des trois temps. La plaque de sa travée antérieure dit « Domaine de la Loi de la roue d’or » ; le couplet dit : « Elle retient le souffle des brumes que la cour paisible emmagasine ; de temps à autre tombe le son de la cloche, que le monde d’en bas entend. » La plaque à l’intérieur de la salle dit « Salle du Grand Héros » ; le couplet dit : « Le bonheur se répand sur les hommes et les devas ; l’Anavatapta et le Gṛdhrakūṭa ouvrent le palais pourpre, merveilleusement empli du vide. Santal et campaka entourent la corde d’or. » La plaque au-dessus du mandorle du Bouddha dans la salle dit « Bienveillance qui protège les trois mille mondes » ; le couplet du montant arrière dit : « La doctrine de la Chine fut largement proclamée : les vastes monastères, pluie d’udumbara, prodiguèrent à tous l’ombre du bonheur ; les marches septentrionales, dont l’œuvre n’était pas encore consacrée, virent les nouveaux vassaux se presser comme des écailles et célébrer durablement la demeure en paix. » Derrière la salle, on monte par un chemin en lacets ; le pavillon abrite Bouddhas et bodhisattvas, et sa plaque dit « Pavillon du Grand Véhicule ». À gauche et à droite de la terrasse lunaire s’alignent quatre rangées de stūpas aux cinq couleurs, les quatre grands continents et les quatre petits continents ; le pavillon a trois étages de sept travées chacun. La plaque de l’étage inférieur dit « Immense protection, ombre universelle » ; le couplet antérieur dit : « Le pic Gṛdhrakūṭa s’ouvre comme un ciel : or et azur resplendissent, le monde parfumé est lumineux ; le monastère pur, gardé de nuées, sous le santal embaumé, la forêt de brahman est profonde. » Le couplet à l’intérieur du pavillon dit : « Doué des grands pouvoirs surnaturels, il accomplit les dix pratiques ; vraiment pur, il manifeste les trois corps. » Le couplet du deuxième étage dit : « Le vaste et grand mantra se médite sans omission ; la merveilleuse vérité de la forme et du vide s’atteste sans entraves. » La plaque de l’étage supérieur dit « Accomplissement parfait de la Nature vraie ». Le couplet dit : « Transmettre le joyau de la Loi des trois mille mondes, exposer le vent de la première doctrine. » À l’est du pavillon, une retraite de cinq travées sert de lieu de repos ; sa plaque dit « Chambre de la merveilleuse majesté » ; le couplet dit : « Face aux choses, partager la terrasse printanière : le vent de Bin entre dans les chants ; souhaiter que les hommes montent en la terre de bonheur : l’assemblée des rois se fait tableau. » À l’ouest du pavillon se trouve la salle de prédication des soutras. Grand est notre Auguste Souverain : par la puissance de ses vœux incommensurables, il a créé et ouvert cette terre de bonheur, afin que les dix mille images des régions occidentales connaissent la paix universelle pour des centaines de millions d’années ; ceux qui entrent dans le temple pour la contempler joignent les paumes et se prosternent, chantent le mérite divin et souhaitent longue vie au saint souverain — c’est vraiment comme si Samantabhadra surgissait en Chine et que l’on prît refuge en lui.

《钦定热河志》 (Gazette de Rehe établie par ordre impérial), « Temples I — Temple Puning », compilée par ordre impérial par Heshen, Liang Guozhi et autres, dynastie Qing

《清实录》 (Annales véridiques des Qing)

又谕:据额勒登额等奏,普宁寺工程告竣,新添千总兵丁等,请照守护热河之例,给予地亩等语。普宁寺千总兵丁,既同守护热河千总兵丁一体当差,著施恩照例给予养赡家口地亩。

Autre décret : selon le rapport d’Eledengge et de ses collègues, les travaux du temple Puning sont achevés, et les capitaines et soldats nouvellement ajoutés demandent que des terres leur soient accordées à l’exemple de la garde de Rehe. Les capitaines et soldats du temple Puning servant d’un même service que les capitaines et soldats de la garde de Rehe, qu’on leur accorde par grâce, suivant le règlement, des terres pour la subsistance de leurs familles.

《清实录·高宗纯皇帝实录》 (Annales véridiques de l’empereur Gaozong Chun des Qing), vol. 673, jour jiayin du dixième mois de la vingt-septième année du règne de Qianlong

《嵩年奏档》 (Dossiers des placettes de Songnian)

普宁寺大雄宝殿一座头停渗漏椽望糟朽后坡檐椽脱落琉璃瓦片爆釉残坏月台一座周围石料酥碱间有破碎庙前牌楼三座头停渗漏椽望铁木糟朽栅栏门散卸

Temple Puning : la salle du Grand Héros, un bâtiment, dont la couverture laisse passer l’eau, les chevrons et les volées étant pourris, des chevrons d’avant-toit du versant arrière s’étant détachés, les tuiles vernissées écaillées de leur glaçure et endommagées ; la terrasse lunaire, un ouvrage, dont les pierres du pourtour s’effritent et sont par places brisées ; les trois pavillons-arches devant le temple, dont la couverture laisse passer l’eau, les chevrons, volées, ferrures et bois étant pourris, les portes à claire-voie disjointes et démontées.

《嵩年奏档》 (Dossiers des placettes de Songnian), vol. 11, « Liste des travaux de réparation demandés pour les temples extérieurs », vingt-septième jour du dixième mois de la dix-septième année du règne de Jiaqing

普宁寺揭宥渗漏大雄宝殿七间殿座下月台一座换安酥减石料山门外揭定牌楼三座粘补抹饰三面宇墙凑长三十二丈六尺

Temple Puning : découvrir et réparer les infiltrations de la salle du Grand Héros de sept travées ; sur la terrasse lunaire sous le socle de la salle, un ouvrage, remplacer et poser les pierres effritées ; devant la porte de montagne, découvrir et refixer les trois pavillons-arches ; recoller et crépir les murs d’enceinte sur trois faces, pour une longueur totale de trente-deux zhang et six chi.

《嵩年奏档》 (Dossiers des placettes de Songnian), vol. 12, « Rapport pour porter à la connaissance du trône l’estimation des dépenses d’ouvriers et de matériaux », vingt-neuvième jour du deuxième mois de la dix-huitième année du règne de Jiaqing

《薜箖吟馆钞存》 (Manuscrits conservés du Cabinet des chants de Bili)

吾闻妙喜空王有阿𬮥,不坏金身高丈六。恒山古郡招提中,曾见慧容百仞矗。朅来塞上多精蓝,黄衣法侣同修恭。天家创建有深意,或仿卫藏或江南。扎什伦布布达拉。万间檀宇千尺塔。玉幢金瓦影焜煌,鼍鼓鲸钟声镗鞳。惟兹寺肖三摩耶,藩部皈依观步踏。大乘之阁千丈强,真如宝像高无量。日月两肩冰镜满,风轮千手昙花香。璎珞垂垂灿金粟。昂首睇视不及腹,振衣更上一层楼,才见如来真面目。阎浮同此欢喜缘,销兵护法庇中千。不须合十作呗赞,普佑震旦慈无边。

J’ai entendu dire que dans le monde merveilleux de la Joie, le Roi du Vide possède un Akṣobhya, dont le corps d’or indestructible mesure seize pieds de haut. Dans l’ancienne commanderie du mont Heng, au milieu des monastères, j’ai vu jadis se dresser le sage visage de cent brasses. Venu ici sur la frontière, je trouve de nombreux monastères, où les compagnons de la Loi en robes jaunes cultivent ensemble la piété. Les fondations de la maison céleste ont un sens profond : les unes imitent l’Ü-Tsang, les autres le Jiangnan. Tashilhunpo, Potala : dix mille salles de santal, des stūpas de mille pieds. Daïs de jade, tuiles d’or, aux reflets éblouissants ; tambours de peau d’alligator, cloches géantes, aux sons retentissants. Mais ce temple-ci est à l’image de Samye, et les tribus des marches y viennent en refuge contempler son allure. Le pavillon du Grand Véhicule s’élève à plus de mille toises ; l’image précieuse de la Nature vraie est d’une hauteur incommensurable. Sur ses deux épaules, le soleil et la lune, miroirs de glace parfaits ; la roue du vent, les mille mains, le parfum des fleurs d’udumbara ; les colliers de joyaux pendent, éclatants comme des grains d’or. Tête levée, le regard n’atteint pas le ventre ; secouant ma robe, je monte encore un étage, et alors seulement je vois le vrai visage du Tathāgata. Que Jambudvīpa entier partage cette cause de joie : que les armes soient fondues, que la Loi soit protégée, qu’il abrite les mille mondes intermédiaires. Nul besoin de joindre les paumes pour chanter des hymnes : sa protection universelle de la Chine est une bienveillance sans bornes.

《薜箖吟馆钞存》 (Manuscrits conservés du Cabinet des chants de Bili), vol. 7, « Le grand temple du Bouddha de Puning », composé par Baisui, dynastie Qing

Photographies historiques

1924–1927

Entre 1924 et 1927, Sidney D. Gamble prit plusieurs négatifs au temple Puning de Chengde. Les vues intitulées « Bâtiments du temple », « Temple du Grand Bouddha » et « Stūpa sur le flanc de la colline », recueillies dans la 《甘博摄影集》 (Collection photographique de Sidney Gamble), documentent respectivement le groupe de bâtiments de la partie postérieure, le panorama du pavillon du Grand Véhicule et un stūpa du temple.

Publiées dans les années 1930

La livraison 119 de la dixième série de la 《亚细亚大观》 (Grand panorama de l’Asie), publiée par la Société du Grand panorama photographique de l’Asie, est consacrée au « temple Puning de Chengde ». Les quatre vues ci-dessous documentent respectivement le panorama du monastère, la salle principale, le pavillon du Grand Véhicule et les toits des pavillons à plusieurs étages.

vers 1933–1946

L’album chinois de Hedda Morrison intitule « Temple du Grand Bouddha » une série de vues de Rehe, dont la direction de prise de vue et les bâtiments permettent d’identifier le temple Puning. Les quatre vues ci-dessous conservent respectivement l’aspect ancien d’une vue lointaine du monastère, de la façade du pavillon du Grand Véhicule, d’un stūpa et d’un hall.