Introduction
Le monastère de Labrang se trouve dans le district de Xiahe, préfecture autonome tibétaine de Gannan, province du Gansu, sur la rive nord du cours supérieur de la rivière Daxia. Son nom transcrit le tibétain bla brang, qui désigne la résidence d’un bouddha vivant ; les monographies des Qing notent en outre son nom tibétain sous la transcription « Jamuqir », d’où vient l’appellation actuelle de monastère de Tashikhyil. En la quarante-huitième année de l’ère Kangxi (1709), le beile[1] Tsaghan Danjin, des Khoshuud du Qinghai — promu ensuite prince qin — invita le grand moine Ngawang Tsondru à revenir fonder un monastère dans sa vallée natale de la Daxia, et offrit cinq cents foyers de ses dépendants comme foyers d’encens[2] du monastère. Ngawang Tsondru avait été khenpo, c’est-à-dire supérieur, du monastère de Drepung à Lhassa ; la postérité le connaît comme le premier Jamyang. À l’automne de la cinquantième année de l’ère Kangxi (1711), le grand hall des sutras aux quatre-vingts piliers fut achevé, puis la salle du Bouddha Jamyang et le collège tantrique inférieur furent construits à la suite ; le monastère, et la ville qui s’y adossa, grandirent dès lors sur la rive nord de la Daxia, pour devenir un grand monastère de l’école Gelug[3] du bouddhisme tibétain doté de six collèges et le siège des bouddhas vivants Jamyang successifs.
La région où se trouve le monastère de Labrang fut placée sous l’ère Qianlong dans les limites de la sous-préfecture de Xunhua, mais le monastère lui-même relevait du prince jun mongol du Qinghai : comme on disait alors, « le monastère est sur le sol de la sous-préfecture sans relever d’elle ». Sous l’ère Qianlong, les moines, s’appuyant sur la puissance du prince jun, disputèrent à maintes reprises des terres aux tribus tibétaines voisines, et les plaintes ne cessèrent pas. Le procès avec le monastère de Heicuo dura, lui, dix-neuf ans. À partir de la treizième année de l’ère Qianlong (1748), le monastère de Labrang envoyait ses moines occuper la charge de supérieur (fatai) du monastère de Heicuo ; à la trente-septième année, il en avait déjà envoyé sept. Cette année-là, les clercs et laïcs de Heicuo apprirent que le supérieur invité jadis du Tibet s’était réincarné à Songpan, et ils décidèrent de l’inviter désormais de Songpan. Le monastère de Labrang ne s’y résigna pas, et son moine Jamyang porta aussitôt plainte. Le procès connut de nombreux jugements et revirements devant le commandant en chef du Qinghai, le préfet de Lanzhou et le sous-préfet de Xunhua, et ne prit fin qu’en la cinquante-cinquième année de l’ère Qianlong (1790), sur la formule « chacun administre son propre monastère ». Gong Jinghan, le sous-préfet de Xunhua qui compila la monographie, se montra plus dur encore envers ce monastère. Dans sa note, il écrivit noir sur blanc que « le monastère de Labrang est foncièrement riche et puissant », le traita carrément de « fléau au cœur de Xunhua » et préconisa de démolir le monastère pour le reconstruire en territoire mongol, « afin d’éteindre tout mal futur ».
En la vingt-deuxième année de l’ère Jiaqing (1817), le monastère de Labrang et le monastère de Longwu, au sud-ouest de Xunhua, entrèrent en procès pour la juridiction d’un monastère. Narsungga, ministre résident de Xining, n’écouta que la version des lamas de Labrang et écrivit à Changling, gouverneur général du Shaanxi et du Gansu, pour demander la levée de trois à quatre mille soldats salars (les Salars d’aujourd’hui) afin d’exterminer le parti de Longwu, le bétail capturé devant être distribué aux soldats. L’année suivante, Changling accusa Narsungga d’avoir engagé les armes à la légère sans examiner le dossier ; la cour, le jugeant « incapable d’assumer la charge de ministre résident », le livra au ministère pour délibération de sa peine. Au début de l’ère Daoguang, Nayancheng, gouverneur général du Shaanxi et du Gansu, réorganisa l’administration des Tibétains du Qinghai et considéra le monastère de Labrang comme un passage à défendre. Ce monastère était la voie de collecte et de diffusion par laquelle les Tibétains de la région de Songpan, au Sichuan, transportaient thé, plomb et soufre, objets de fer et vivres ; le commissaire de reconnaissance demanda d’établir un poste de contrôle près du monastère, avec une centaine d’officiers et de soldats en inspection permanente. Évoquant les affaires tibétaines, Nayancheng estimait que les trois monastères de Labrang, Tsongka et Longwu « rassemblaient jusqu’à vingt ou trente mille lamas » : les moines étaient si nombreux qu’on ne pouvait garantir qu’ils ne cachaient pas de traîtres ; et l’interdiction du thé et des vivres revenait à étrangler la ligne de vie de ces grands monastères.
En la douzième année de l’ère Tongzhi (1873), les Tibétains des huit tribus, dont celle de Maiwu, demandèrent à être rattachés à Taozhou ; Zuo Zongtang, gouverneur général du Shaanxi et du Gansu, jugea que Labrang et les tribus de Maiwu « formaient un seul ensemble » et les versa tous à Taozhou. Il nota en même temps que les monastères de Labrang avaient versé au trésor cinq mille liang de droits de transit (likin)[4] prélevés sur les marchandises, tandis que « les deux cent mille et quelques liang perçus et dépensés chaque année n’avaient jamais été contrôlés ». L’année suivante, dans la liste des dépenses militaires du Shaanxi et du Gansu présentée au trône pour remboursement figurait aussi un poste : « reçu du monastère tibétain de Labrang, au Gansu, une contribution de quatre mille huit cent seize liang d’argent ». En la huitième année de l’ère Guangxu (1882), lorsque l’administration instruisit les affaires tibétaines en souffrance, le khutuktu Jamyang se porta au-devant pour exhorter les Tibétains à se soumettre et reçut pour ce mérite le titre de « maître chan Guangji » — « khutuktu » étant la dignité que la cour des Qing conférait aux grands bouddhas vivants. À la fin de la quinzième année de l’ère Guangxu (1889), des moines tibétains du monastère de Labrang, sous-préfecture de Xunhua, s’affrontèrent à main armée ; après répression, l’affaire fut jugée et close selon la coutume tibétaine. Le même jour, la cour somma sévèrement le monastère de Labrang de livrer Bangzhou, un fugitif recherché par le Sichuan. En la dix-huitième année de l’ère Guangxu (1892), l’affaire n’était toujours pas close, et le khutuktu Jamyang lui-même était mis en cause ; la cour ordonna au gouverneur général du Shaanxi et du Gansu et aux autorités du Sichuan de dépêcher chacun des commissaires pour instruire. Elle traîna jusqu’à la vingt-troisième année de l’ère Guangxu (1897) avant d’être réglée : le monastère de Labrang évacua les villages tibétains qu’il occupait aux confins du Sichuan et paya des compensations en argent et en biens ; quant à Bangzhou, il ne fut jamais capturé.
En juin de la seizième année de la République (1927), la province du Gansu créa le bureau administratif préparatoire de Labrang (organe transitoire précédant l’érection en district), placé sous l’autorité directe du gouvernement provincial ; au premier mois de l’année suivante, il fut transformé en district de Xiahe, nommé d’après la rivière Daxia. La monographie compilée sous la République, recensant les constructions du Gansu, mentionne encore spécialement : « Le monastère de Labuleng du district de Xiahe compte des tuiles dorées en particulière abondance. » À partir de 1932, le journaliste américain Harrison Forman visita à plusieurs reprises le monastère de Labrang et en laissa un témoignage photographique systématique ; en 1937, son objectif capta aussi bien des salles du Bouddha en restauration sous leurs échafaudages que le cinquième Jamyang, Tenpai Gyaltsen, qui venait d’atteindre vingt et un ans.
Durant la guerre de Résistance contre le Japon, le cinquième Jamyang organisa les cent huit monastères dépendant de Labrang et les différentes tribus pour soutenir le front. En 1938, il envoya son troisième frère aîné, Huang Zhengji, conduire une délégation de clercs et de laïcs porter ses encouragements à Chongqing et dans les différentes zones de guerre ; en 1943, il acheva la rédaction de la Lettre aux compatriotes mongols et tibétains pour la propagande de la Résistance et de la reconstruction, imprimée en tibétain et en chinois, qu’il fit porter et prêcher dans toutes les régions pastorales des confins du Gansu, du Qinghai et du Sichuan. Avec son frère aîné Huang Zhengqing, il lança en outre des collectes qui réunirent une somme capable d’acheter trente avions, et le gouvernement national décerna au monastère de Labrang une plaque honorifique « Offrir ses biens pour défendre la patrie ». À la fin de sa lettre aux compatriotes, il formula ce vœu : « Puissent les combattants de la Résistance goûter la paix et le bonheur pour les générations, puisse l’État demeurer solide dix mille ans, puisse le monde jouir d’une paix éternelle. »
Documents historiques
《循化厅志》 (Monographie de la sous-préfecture de Xunhua)
拉卜楞寺在甘家寨,青海蒙古郡王所辖。
Le monastère de Labrang se trouve à Ganzhai ; il est sous l’autorité du prince jun mongol du Qinghai.
按拉卜楞寺,番名札木奇尔,寺在厅地而非厅所属。僧众杂还,倚恃郡王之势,屡与各番争地,控案不一而足。又招内属番族为其所属,或藏匿亡命,此循化腹心之一害也。当令拆毁,于蒙古界别建寺字,不许在内地,以绝后患。拉卜楞即拉布楞,番语也。
Note : le monastère de Labrang, dont le nom tibétain est Jamuqir, se trouve sur le sol de la sous-préfecture sans relever d’elle. Ses moines, de conditions mêlées, s’appuient sur la puissance du prince jun ; ils disputent sans cesse des terres aux différentes tribus, et les plaintes ne se comptent plus. Ils attirent en outre des tribus tibétaines soumises pour en faire leurs propres dépendants et cachent parfois des hors-la-loi : c’est là un fléau au cœur de Xunhua. Il conviendrait de le faire démolir et d’édifier un autre monastère dans le territoire mongol, sans lui permettre de demeurer à l’intérieur des terres, afin d’éteindre tout mal futur. « Labrang » et « Labuleng » ne font qu’un : c’est un mot tibétain.
黑作寺在黑作寨厅治南二百八十里。
Le monastère de Heizuo se trouve au village de Heizuo, à deux cent quatre-vingts li au sud du siège de la sous-préfecture.
按今呼黑错寺,番名札木喀尔寺,据拉卜塄呈,又称为加卡尔寺。
Note : on l’appelle aujourd’hui monastère de Heicuo ; son nom tibétain est monastère de Jamukar et, d’après la déposition de Labrang, on l’appelle aussi monastère de Gyakar.
康熙二十一、二年间,土官喇嘛盆错却合旦建。雍正二年,该番投诚,始归厅辖。寺内住持,前为蒙古亲王代庆和硕齐于西藏请噶尔旦胡图克图即夕只喇嘛,未详年分,是为该寺法台之始。其后夕只喇嘛赴藏物故,至乾隆十三年,始以拉卜楞寺僧在黑错寺坐床管事,至三十七年,前后共选七人。嗣黑错僧俗闻夕只转生出世,在松潘地方,而拉卜楞寺所放法台又作践滋扰,心怀不服,遂于松潘请喇嘛坐床管事。而拉卜楞寺僧加木样又名札木养,不甘,于三十七年八月呈控青海都统伍,同知张春芳未及细查,但照旧令拉卜楞寺选放。黑错不遵,拉卜楞寺僧又控,都统委大喇嘛索克𠂔、通事刘福才,会同张同知审断,令各管各寺,其法台仍由黑错自行延请,详批完结。
Le monastère fut fondé entre la vingt et unième et la vingt-deuxième année de l’ère Kangxi par le lama officier indigène Pencuo Quehedan. En la deuxième année de l’ère Yongzheng, cette tribu se soumit et passa pour la première fois sous l’autorité de la sous-préfecture. Le supérieur du monastère avait d’abord été, à une date inconnue, le khutuktu Galdan, c’est-à-dire le lama Xizhi, invité du Tibet par le prince mongol qin Daiqing Khoshchi : ce fut l’origine de la charge de supérieur (fatai) de ce monastère. Par la suite, le lama Xizhi mourut en se rendant au Tibet ; en la treizième année de l’ère Qianlong, on commença à faire monter sur le siège des moines du monastère de Labrang pour administrer le monastère de Heicuo et, jusqu’à la trente-septième année, sept furent choisis au total. Ensuite, les clercs et laïcs de Heicuo apprirent que Xizhi s’était réincarné dans la région de Songpan ; comme le supérieur nommé par le monastère de Labrang se livrait à des exactions et des vexations, ils refusèrent dans leur cœur de s’y soumettre et invitèrent le lama de Songpan à monter sur le siège pour administrer. Le moine de Labrang Jamyang — dont le nom se rencontre aussi sous une autre graphie — n’en fut pas content : au huitième mois de la trente-septième année, il porta plainte auprès de Wu, commandant en chef du Qinghai. Le sous-préfet Zhang Chunfang, sans avoir examiné l’affaire en détail, maintint simplement l’usage de laisser Labrang nommer le supérieur. Heicuo refusa d’obéir ; les moines de Labrang portèrent de nouveau plainte, et le commandant en chef chargea le grand lama Suokejin et l’interprète Liu Fucai de juger l’affaire conjointement avec le sous-préfet Zhang : il fut décidé que chacun administrerait son propre monastère et que le supérieur serait invité librement par Heicuo ; l’affaire fut close sur approbation détaillée.
其后都统伍离任,加木样又翻控,委河州业中、候补知县黎珠,同青海员外即百,于三十九年诣黑错查讯,因该寺有当年蒙古亲王改建之说,议令法台由郡王选放,不得仍放拉卜楞寺僧。而加木样不遵断出结,复控都宪。四十一年,委署兰州府康基田、前同知张春芳、署同知谢桓会审,议以黑错寺与拉卜楞寺蒙古喇嘛本无干涉,番民公共香火延请法台,自应听从民便。加木样本不得违众强争,而该处寺院僧俗悉属内地粮民,蒙古喇嘛尤不得公然争控。其所执印照,一为康熙三十七年达赖喇嘛给盆错却合旦之物,拉卜楞既代管多年,何难窃取而托之前生相好布施,不知死后照存何处,转生又何以偕来?妄诞已甚。一为乾隆二十九年章嘉呼图克图所给,内载西北蒙古部落,东南至松潘,并喀加六族皆属管,而今查讯喀加二十一寨寺庙,并无该寺放法台者;一为乾隆十三年蒙古亲王江克楚所给,其中以朝廷粮户属之喇嘛,尤属不合。应请照前次西宁大喇嘛所断,各管各寺,各具译结存案,并咨明理藩院立案。批准饬遵,并咨青海大人,饬郡王追销执照。加木楞未遂所欲,以审断不公,复控青海,移咨查讯。四十二年,饬谢同知传唤两造赴省,而谢桓擅带官兵二千人,将黑错僧俗诱获解讯,以致黑错畏惧求和,仍令加木样选放法台,移咨青海,勒石饬遵。然终不能服黑错之心,因转生之夕只喇嘛尚幼,隐忍十余年。至五十四年,遂自放管事,逐出拉卜楞寺所放法台。加木样又控,经厅营会禀,饬司查案议详:以黑错僧俗七百余户,久隶循化厅管辖,耕田输赋,为内地户民。拉卜楞寺系蒙古郡王所辖,何得以外服喇嘛,思将内地粮户占为己有?且寺内法台,乾隆十三年以前,不经拉卜楞寺选放,则黑错寺本非拉卜楞所管,已可概见。所云前生布施,本妄诞之词。果有此情,青海之大喇嘛又何以断令各管各寺?其为借端妄争,已无疑义。今黑错已将旧日法台之夕只喇嘛仍请入寺,是原人仍归本寺,更无可争。从前谢同知谬断,前司草率议结,以久经咨明理藩院之案,忽而翻断,又不咨明理藩院而私勒石,实为错谬。应照从前各管各寺,咨明理藩院查照,并咨青海都统,将加木样严加管束。总督批准,并出示晓谕两寺。
Par la suite, le commandant en chef Wu quitta son poste et Jamyang renversa la décision par une nouvelle plainte. On chargea Yezhong de Hezhou, le magistrat de district surnuméraire Li Zhu et le secrétaire supplémentaire du Qinghai Jibai de se rendre à Heicuo en la trente-neuvième année pour enquêter ; comme il existait une tradition selon laquelle le prince mongol qin avait jadis reconstruit ce monastère, ils décidèrent que le supérieur serait choisi par le prince jun et qu’on ne pourrait plus nommer un moine de Labrang. Jamyang refusa d’accepter le jugement et de donner quittance, et porta de nouveau plainte auprès du censeur en chef. En la quarante et unième année, le préfet intérimaire de Lanzhou Kang Jitian, l’ancien sous-préfet Zhang Chunfang et le sous-préfet intérimaire Xie Huan furent chargés d’un procès conjoint. Ils décidèrent que le monastère de Heicuo et les lamas mongols du monastère de Labrang n’avaient à l’origine rien à faire l’un avec l’autre et que, le supérieur étant invité pour le culte commun des Tibétains, il fallait naturellement s’en remettre à la commodité du peuple. Non seulement Jamyang ne pouvait lutter contre tous par la force, mais les clercs et laïcs de ce monastère étaient tous des contribuables de l’intérieur du pays, et les lamas mongols ne pouvaient à plus forte raison pas plaider ouvertement. Quant aux patentes scellées qu’ils produisaient : l’une avait été délivrée en la trente-septième année de l’ère Kangxi par le dalaï-lama à Pencuo Quehedan ; Labrang ayant administré le monastère pendant de longues années, qu’aurait-il eu de difficile à la dérober en prétendant qu’elle provenait d’une donation faite par amitié dans une vie antérieure ? On ne sait où elle fut conservée après la mort du titulaire, ni comment sa réincarnation aurait pu l’apporter avec lui : c’est on ne peut plus absurde. Une autre, délivrée en la vingt-neuvième année de l’ère Qianlong par le khutuktu Changkya, portait que les tribus mongoles du nord-ouest, jusqu’à Songpan au sud-est, ainsi que les six tribus de Kajia étaient sous sa juridiction ; or l’enquête menée auprès des vingt et un villages et monastères de Kajia n’a trouvé aucun monastère où ce monastère nomme le supérieur. Une dernière, délivrée en la treizième année de l’ère Qianlong par le prince mongol qin Jiangkechu, attribuait à des lamas des foyers contribuables de l’Empire, ce qui était particulièrement irrégulier. Il fut demandé de suivre le jugement précédent du grand lama de Xining — chacun administre son propre monastère —, de faire dresser par chacun un engagement traduit, conservé au dossier, et d’en informer le Tribunal des affaires extérieures pour enregistrement. Cela fut approuvé et ordonné, et l’on en informa le dignitaire du Qinghai, en ordonnant au prince jun de reprendre et d’annuler la patente. Jamyang, n’ayant pas obtenu satisfaction, plaida l’injustice du jugement et porta de nouveau plainte auprès du Qinghai, qui transmit l’affaire pour enquête. En la quarante-deuxième année, le sous-préfet Xie reçut l’ordre de citer les deux parties à la capitale provinciale ; mais Xie Huan emmena de sa propre autorité deux mille soldats, attira par ruse et captura les clercs et laïcs de Heicuo pour les livrer au jugement, si bien que Heicuo, effrayé, demanda la paix, et il fut de nouveau permis à Jamyang de nommer le supérieur ; on en informa le Qinghai et l’on grava une stèle pour faire respecter la décision. Pourtant, on ne put jamais convaincre le cœur de Heicuo ; comme le lama Xizhi réincarné était encore enfant, ils endurèrent en silence plus de dix ans. En la cinquante-quatrième année, ils nommèrent enfin leur propre administrateur et expulsèrent le supérieur nommé par Labrang. Jamyang porta encore plainte ; la sous-préfecture et la garnison firent un rapport conjoint, et il fut ordonné au bureau provincial d’examiner le dossier et de proposer un avis détaillé : les clercs et laïcs de Heicuo, plus de sept cents foyers, relèvent depuis longtemps de l’autorité de la sous-préfecture de Xunhua, cultivent leurs champs et acquittent l’impôt : ce sont des sujets de l’intérieur du pays. Le monastère de Labrang relève du prince jun mongol ; comment des lamas de l’extérieur pourraient-ils prétendre s’approprier des contribuables de l’intérieur ? En outre, avant la treizième année de l’ère Qianlong, le supérieur de ce monastère n’était pas nommé par Labrang ; on voit donc clairement que Heicuo n’était pas à l’origine administré par Labrang. Le prétendu don d’une vie antérieure est en soi un propos absurde : s’il en était vraiment ainsi, pourquoi le grand lama du Qinghai aurait-il jugé que chacun administre son monastère ? Qu’il s’agisse d’une dispute spécieuse ne fait aucun doute. À présent, Heicuo a de nouveau invité dans le monastère le lama Xizhi, son ancien supérieur : l’homme d’origine revient à son propre monastère, et il n’y a plus matière à dispute. L’ancien jugement erroné du sous-préfet Xie et la conclusion hâtive du bureau précédent ont renversé soudainement une affaire consignée depuis longtemps au Tribunal des affaires extérieures et fait graver une stèle sans l’en informer : c’était là une faute véritable. Il convient de revenir à l’ancienne règle — chacun administre son propre monastère —, d’en informer le Tribunal des affaires extérieures pour qu’il en prenne note, et de prier le commandant en chef du Qinghai de tenir Jamyang sous stricte surveillance. Le gouverneur général approuva et fit afficher un avis pour en instruire les deux monastères.
按:谢同知即四十一年同康署府会审之人,未及一年,自行翻案,闻当时实有所为而然。盖拉卜楞寺本豪富也。此案自三十七年至五十五年七月始结,凡十九年。今加木样已死,争端庶几永息矣。
Note : le sous-préfet Xie était précisément celui qui, en la quarante et unième année, avait siégé au procès conjoint avec le préfet intérimaire Kang ; moins d’un an plus tard, il renversa lui-même le jugement — on dit qu’il y avait alors de véritables dessous à cela. Car le monastère de Labrang est foncièrement riche et puissant. Cette affaire, ouverte en la trente-septième année, ne fut close qu’au septième mois de la cinquante-cinquième année : dix-neuf ans en tout. Aujourd’hui, Jamyang est mort, et la querelle devrait, on l’espère, s’éteindre à jamais.
《辛卯侍行记》 (Notes de voyage de l’année xinmao)
循化东南三十里张尕工,折西南十里崖慢工,皆撒拉地。十里夕厂沟,有东乡番五寨。南行五十里甘家川,居捏工丨之西,莽剌川之东番族。插帐游牧地五十里拉布楞寺南番十二寨,南抵和硕特南右翼中旗地。拉布楞南有达那河,俗呼大夏河之上游也。如河东北行四十里拉家寺,五十丂里沙沟寺,十五里哈家寺。寺东逾山,即河州老鸦关。寺南七十里黑错寺。黑错东北一日程卡家寺。又东北二百余里至石嘴关,河州商旅赴南番贸易之径也。黑错东南五十里买吾寺,八十里根岔,入洮州番地。六十里旧洮城,四十里杨土司卓尼城。今土司杨作霖,已传十六世,所辖四十八旗,十二章哈族,封疆千余里,俨然牧伯也。卓尼东南渡洮入岷山,经上铁布、下铁布野番上下包坐寨。其八日至四道城,为四川松潘北境。
Trente li au sud-est de Xunhua : Zhanggagong ; dix li en bifurquant au sud-ouest : Yamangong — tout cela est pays salar. Dix li plus loin : le ravin de Xichang, où se trouvent cinq villages tibétains de Dongxiang. Cinquante li vers le sud : Ganchuan, peuplé de tribus tibétaines situées à l’ouest de Niegong et à l’est de la rivière Mangla. Cinquante li de pâturages nomades parsemés de tentes : les douze villages tibétains au sud du monastère de Labrang, qui touchent au sud le territoire de la bannière médiane de l’aile droite sud des Khoshuud. Au sud de Labrang coule la rivière Dana, c’est-à-dire, dans le langage courant, le cours supérieur de la Daxia. En suivant la rivière vers le nord-est : quarante li jusqu’au monastère de Lajia, une cinquantaine de li jusqu’au monastère de Shagou, quinze li jusqu’au monastère de Hajia. À l’est du monastère, en franchissant la montagne, on atteint la passe du Vieux Corbeau de Hezhou. Soixante-dix li au sud du monastère : le monastère de Heicuo. À un jour de marche au nord-est de Heicuo : le monastère de Kajia. Plus de deux cents li plus au nord-est, on arrive à la passe de Shizui, chemin qu’empruntent les caravanes de Hezhou pour commercer avec les Tibétains du sud. Cinquante li au sud-est de Heicuo : le monastère de Maiwu ; quatre-vingts li : Gencha, où commence le pays tibétain de Taozhou. Soixante li : l’ancienne ville de Tao ; quarante li : Choni, la cité du tusi Yang. Le tusi actuel, Yang Zuolin, en est à la seizième génération ; il commande quarante-huit bannières et douze tribus Zhangha, sur un fief de plus de mille li, tout comme un gouverneur de province. Au sud-est de Choni, on passe la rivière Tao pour entrer dans les monts Min, par les villages Baozuo supérieur et inférieur des Tibétains insoumis des Tiebu supérieur et inférieur. Huit jours de marche, et l’on atteint la ville de Sidao, frontière nord de Songpan au Sichuan.
循化西南行四十里,边堵沟十里、边堵塘边堵番七寨。二十里,尕楞沟有下隆务、西番六寨。三十里,上隆务二十里、保安营小堡在山上,有都司。二十里吴屯前明吴、李等四姓防戍留此,言语衣服,变从番族,谓之土民。十里隆务寺上隆务西番十六寨寺东一百二十里有阿巴。那西番八寨。又东南一百十里即拉布楞矣。
Quarante li au sud-ouest de Xunhua : dix li, le ravin de Biandu, la mare de Biandu et les sept villages tibétains de Biandu. Vingt li : le ravin de Galeng, où se trouvent Longwu inférieur et six villages tibétains. Trente li : Longwu supérieur ; vingt li plus loin, le petit fort du camp de Bao’an, sur la montagne, commandé par un dusi. Vingt li : Wutun, où, sous les Ming précédents, les quatre familles Wu, Li et deux autres furent laissées en garnison ; leur langue et leurs vêtements se sont transformés à la manière des Tibétains, et on les appelle les « indigènes ». Dix li : le monastère de Longwu, Longwu supérieur et ses seize villages tibétains. Cent vingt li à l’est du monastère se trouvent les huit villages tibétains d’Abana. Cent dix li encore au sud-est, et l’on arrive à Labrang.
《平番奏议》 (Mémoires au trône sur la pacification des Tibétains)
当即查勘地势保安营迤西惟黑加硖口为贵德硕乃黑贼番潜入之所应请安设卡隘一处把总一员外委一员兵丁五十名保安营迤南宗卡寺为西南番兴贩口粮接济野番出入之要路应请安设卡隘一处千总一员把总一员外委二员兵丁八十名循化营属迤东南拉布楞寺为四川松潘番子兴贩茶叶铅磺铁觔口粮之总路应请安设卡隘一处守备一员把总一员外委二员兵丁一百名
Après reconnaissance du terrain : à l’ouest du camp de Bao’an, la gorge de Heijia est le seul point par où les bandits tibétains de Shuonai, à Guide, s’infiltrent ; il convient d’y établir un poste de contrôle avec un bazong, un waiwei et cinquante soldats. Au sud du camp de Bao’an, le monastère de Tsongka est la voie essentielle par laquelle les Tibétains du sud-ouest transportent des vivres pour ravitailler les tribus insoumises ; il convient d’y établir un poste avec un qianzong, un bazong, deux waiwei et quatre-vingts soldats. Au sud-est de la juridiction du camp de Xunhua, le monastère de Labrang est la grande artère par laquelle les Tibétains de Songpan, au Sichuan, transportent thé, plomb et soufre, fers et vivres ; il convient d’y établir un poste avec un shoubei, un bazong, deux waiwei et cent soldats.
夕厂又为汉奸兴贩口粮茶布出入之要路应请安设卡隘一处把总一员外委一员兵丁五十名中库沟路通贵德巴燕戎撒拉汉奸兴贩口粮往拉布楞寺之要路应请安设卡隘一处把总一员外委一员兵丁四十名奇台堡营迤南桥沟为河州土门关汉回奸民兴贩口粮茶布夹带违禁各物之路应请安设卡隘一处外委一员兵丁四十名以上安设卡隘六处官十五员兵丁共三百六十名参将都司按月轮流亲履查勘
Xichang est en outre la voie essentielle par laquelle des trafiquants han transportent vivres, thé et toile ; il convient d’y établir un poste avec un bazong, un waiwei et cinquante soldats. Le ravin de Zhongku mène à Guide et à Bayanrong ; c’est la voie essentielle par laquelle des Salars et des trafiquants han transportent des vivres vers le monastère de Labrang ; il convient d’y établir un poste avec un bazong, un waiwei et quarante soldats. Au sud du fort de Qitai, le ravin de Qiao est le chemin par lequel les mauvais sujets, han et musulmans, de la passe de Tumen à Hezhou transportent vivres, thé et toile en y dissimulant toutes sortes d’articles prohibés ; il convient d’y établir un poste avec un waiwei et quarante soldats. Soit au total six postes de contrôle, quinze officiers et trois cent soixante soldats ; les canjiang et les dusi se relaieront chaque mois pour les inspecter en personne.
现据隆务寺苏拉喇嘛旧昂赏根敦尖木错新昂𧴺根敦什加布同称该族所管番侩一千余家皆系熟番种地者十之三四余俱牧放为业其不敷口粮向由巴燕戎之甘都堂地方并拉布楞寺二处驮运应请责令隆务寺新旧昂负查明不敷粮数每年请票易换并严禁该僧人等亦不得私入内地各自易换口粮以杜接济野番之獘
Or, d’après la déclaration commune du lama Sula du monastère de Longwu, de l’ancien angshang Gendun Gyatso et du nouvel angshang Gendun Shijabu, les mille et quelques foyers de commerçants tibétains que gouverne cette tribu sont tous des Tibétains soumis : trois ou quatre dixièmes cultivent la terre, les autres vivent de l’élevage ; les vivres qui leur manquent sont depuis toujours transportés à dos de bête depuis deux lieux, Gandutang à Bayanrong et le monastère de Labrang. Il convient d’ordonner aux anciens et nouveaux angshang de Longwu de vérifier la quantité de grain manquant et de demander chaque année des billets pour procéder aux échanges, et de défendre sévèrement à ces moines de pénétrer en privé dans l’intérieur pour y troquer chacun leurs vivres, afin de barrer l’abus du ravitaillement des tribus insoumises.
又拉布浪宗卡隆务招聚喇嘛至二三万人僧侣太繁中藏奸宄亦情事所必有而茶粮之禁我已制其生死之命亦无难逐细编查清其流獘
En outre, Labrang, Tsongka et Longwu rassemblent jusqu’à vingt ou trente mille lamas ; les moines trop nombreux cachent nécessairement des traîtres, c’est dans la nature des choses. Or, par l’interdiction du thé et des vivres, nous tenons déjà leur vie et leur mort entre nos mains ; il ne sera pas difficile non plus de les recenser un à un et d’assécher ces abus à la source.
《懋亭自定年谱》 (Annales autobiographiques de Maoting)
六月二十九日具奏西宁办事大臣纳尔松阿来信言拉布楞寺喇嘛与隆务昂肖控争随桑喇嘛所居寺院并未杳看案卷率听拉布楞寺喇嘛呈控之言即欲檄调撒拉儿兵三四千名将隆务昂肖剿灭所获牲畜赏给撒抗儿兵丁以完其事
Le vingt-neuvième jour du sixième mois, mémoire au trône : le ministre résident de Xining, Narsungga, m’a écrit que les lamas du monastère de Labrang et l’angshang de Longwu sont en procès pour le monastère où réside le lama Suisang ; sans avoir examiné le dossier, il s’en est remis purement aux déclarations des lamas de Labrang et veut aussitôt, par ordre, lever trois à quatre mille soldats salars pour exterminer l’angshang de Longwu, le bétail capturé devant être distribué aux soldats salars, afin d’en finir.
《清实录》 (Mémoires véridiques des Qing)
壬子,谕内阁:长龄奏西宁办事大臣纳尔松阿办理蒙古番子事务,粗心轻率一折。上年拉布楞寺喇嘛与隆务昂𭕆控争寺院,纳尔松阿辄听拉布楞寺喇嘛之言,札致长龄,欲檄调撒拉尔兵三四千名,将隆务昂𭕆剿灭,实属冒昧。纳尔松阿不胜办事大臣之任,著交部议处,即来京听候部议。
Jour renzi. Édit au Grand Secrétariat : Changling a présenté un pli sur la négligence et la légèreté de Narsungga, ministre résident de Xining, dans le traitement des affaires des Mongols et des Tibétains. L’an dernier, les lamas du monastère de Labrang et l’angshang de Longwu étaient en procès pour un monastère ; Narsungga, sur la seule foi des propos des lamas de Labrang, écrivit à Changling son intention de lever trois à quatre mille soldats salars pour exterminer l’angshang de Longwu : c’était là une témérité véritable. Narsungga est incapable d’assumer la charge de ministre résident ; qu’il soit livré au ministère pour délibération de sa peine et qu’il vienne sans délai à la capitale attendre la décision du ministère.
丙子,谕内阁:理藩院奏遵议呼图克图开导番族出力奖叙一折,嘉木样呼图克图于查办番族积案之时,切为开导,俾番众倾心向化,实属深明大义,志向可嘉。加恩著赏给广济禅师名号,以示优异。
Jour bingzi. Édit au Grand Secrétariat : le Tribunal des affaires extérieures a présenté un pli proposant, conformément à la délibération, de récompenser le khutuktu pour ses efforts d’exhortation des tribus tibétaines. Lors de l’instruction des affaires tibétaines en souffrance, le khutuktu Jamyang les a instamment éclairées, amenant les populations tibétaines à se tourner de tout cœur vers la civilisation : il a véritablement une profonde intelligence du grand devoir, et son zèle est louable. Par grâce additionnelle, qu’il lui soit octroyé le titre de « maître chan Guangji », afin de marquer une faveur hors du commun.
四川总督刘秉璋奏:请饬陕甘总督等将番匪棒周解川审办。得旨:著即咨行杨昌濬、萨凌阿,严饬拉布浪寺,将首匪棒周交出,解赴四川,归案审办。
Le gouverneur général du Sichuan Liu Bingzhang a présenté une requête : que le gouverneur général du Shaanxi et du Gansu et les autres soient instruits de livrer au Sichuan le bandit tibétain Bangzhou pour y être jugé. Il a reçu cet édit : que Yang Changjun et Saling’a en soient aussitôt informés par communication, et que le monastère de Labrang soit sévèrement sommé de livrer le chef bandit Bangzhou, qui sera transféré au Sichuan pour y être jugé selon son dossier.
陕甘总督杨昌濬等奏:甘肃循化厅拉布楞寺番僧搆衅械斗,业经弹压解散,照番例断结,请将出力各员酌予奖叙。得旨:著准其酌保数员,毋许冒滥。
Le gouverneur général du Shaanxi et du Gansu Yang Changjun et d’autres ont présenté une requête : les moines tibétains du monastère de Labrang, sous-préfecture de Xunhua au Gansu, avaient provoqué une rixe et combattu à main armée ; ils ont été réprimés et dispersés, et l’affaire a été jugée et close selon la coutume tibétaine ; il est demandé de récompenser à due mesure les fonctionnaires qui se sont dépensés. Il a reçu cet édit : que quelques-uns soient proposés à due mesure pour récompense, sans excès ni abus.
谕军机大臣等:杨昌濬、奎顺奏查明川属番案大概情形一折。据称拉布浪寺呼图克图、嘉木样被控各节,现已派员究办。惟棒周系川属热档坝土百户之侄,是否逃回该坝,抑窜入果洛克番族,均属川省所辖,请饬该将军、总督就近缉拏讯办。等语。此案日久未结,必应迅将棒周严拏到案,即著雅尔坚、刘秉璋迅饬所属严密查拏,归案审办。并著杨昌濬等督饬派出之员,认真查办,总期妥速办结,毋得彼此推诿,再事耽延。杨昌濬等原折著钞给雅尔坚、刘秉璋阅看。将此谕知雅尔坚、刘秉璋、杨昌濬,并传谕奎顺知之。
Édit aux grands ministres du Conseil des affaires militaires et aux autres : Yang Changjun et Kuishun ont présenté un pli rendant compte de la situation générale de l’affaire tibétaine relevant du Sichuan. D’après eux, les différents chefs d’accusation contre le khutuktu Jamyang du monastère de Labrang font à présent l’objet d’une enquête menée par des commissaires dépêchés. Or Bangzhou est le neveu d’un petit chef indigène de Redangba, relevant du Sichuan ; qu’il se soit enfui vers ce village ou qu’il se soit introduit dans les tribus tibétaines de Golok, il s’agit dans les deux cas de juridiction du Sichuan, et il est demandé que le général et le gouverneur général soient instruits de le rechercher et de le juger au plus près. Ainsi s’expriment-ils. Cette affaire traîne depuis longtemps sans conclusion ; il faut absolument capturer rapidement Bangzhou et le mettre au dossier. Que Yajian et Liu Bingzhang ordonnent sans délai à leurs subordonnés une recherche rigoureuse et une arrestation pour jugement selon le dossier. Que Yang Changjun et les autres surveillent les commissaires dépêchés pour qu’ils instruisent consciencieusement, en visant toujours une conclusion rapide et satisfaisante, sans se renvoyer la responsabilité ni laisser traîner davantage. Que le pli original de Yang Changjun et des autres soit copié pour lecture à Yajian et Liu Bingzhang. Que cet édit soit porté à la connaissance de Yajian, Liu Bingzhang et Yang Changjun, et transmis également à Kuishun.
又谕:恭寿、刘秉璋奏:甘省拉布浪寺侵占川番各寨,请饬严办一折。据称甘省查办番案,拉布浪寺嘉木㨾窝藏匪犯棒周,串同抢劫,纵令黑窝、香错等率兵侵占焚掠,杨昌濬等漫无觉察,以致案久未结。请饬勒令该寺退还各寨,撤回管寨喇嘛,并严办带兵焚掠之黑窝。等语。此案前经谕令杨昌濬等派员认真查办,并令恭寿等会商妥办,不得互相推诿。兹据恭寿等所奏各节,是拉布浪寺显有欺诳刁抗情形,亟应彻底查究,以遏乱萌。即著杨昌濬等按照川省所指各节,懔遵前旨,确切查办,迅速覆奏,不得稍涉回护,致干咎戾。恭寿等折著钞给杨昌濬、奎顺阅看。将此各谕令知之。
Autre édit : Gongshou et Liu Bingzhang ont présenté un pli : le monastère de Labrang, au Gansu, a usurpé des villages tibétains du Sichuan, et il est demandé d’ordonner un traitement sévère. D’après eux, dans l’instruction des affaires tibétaines par le Gansu, Jamyang du monastère de Labrang a abrité le criminel Bangzhou, s’est concerté avec lui pour des pillages, et a laissé Heiwo, Xiangcuo et d’autres mener des troupes occuper, incendier et piller ; Yang Changjun et les autres n’en ont rien perçu, si bien que l’affaire est restée longtemps sans conclusion. Il est demandé que le monastère soit sommé de restituer les villages, de rappeler les lamas qui les administraient et que Heiwo, qui a mené les troupes incendiaires et pillardes, soit sévèrement puni. Ainsi s’expriment-ils. Nous avons précédemment ordonné par édit à Yang Changjun et aux autres de dépêcher des commissaires pour instruire consciencieusement, et à Gongshou et aux autres de se concerter pour un règlement satisfaisant, sans se renvoyer la responsabilité. À présent, d’après les différents chefs exposés par Gongshou et les autres, le monastère de Labrang fait manifestement preuve de mensonge, de ruse et de défi ; il faut d’urgence le soumettre à une enquête exhaustive pour arrêter le mal dans son germe. Que Yang Changjun et les autres, conformément aux chefs indiqués par le Sichuan et dans le respect de Nos édits précédents, instruisent exactement et fassent rapidement un rapport en réponse, sans la moindre complaisance ni dissimulation, sous peine d’encourir le blâme. Que les plis de Gongshou et des autres soient copiés pour lecture à Yang Changjun et Kuishun. Que chacun en soit instruit par édit.
谕军机大臣等:恭寿、鹿传霖奏:甘肃拉布浪寺番僧滋扰川边番寨,查办完结,并将退还各寨及赔偿银两,开单呈览一折。甘省循化厅属拉布浪寺番僧,恃其人强地远,部落又与川境毗连,川属各番寨被其句诱并吞,为时已久。现经夏毓秀前往查办,该寺番僧将所占番寨一律退还,并赔偿银物,办理尚为妥协。即著恭寿、鹿传霖督饬夏毓秀,转饬该土千百户,各安住牧,不得再听句结,并将札、盖二十一户积案,速为清理。其棒周一犯,仍饬严缉,务获惩办,以绝根株。将此谕令知之。
Édit aux grands ministres du Conseil des affaires militaires et aux autres : Gongshou et Lu Chuanlin ont présenté un pli : les moines tibétains du monastère de Labrang, au Gansu, qui troublaient les villages tibétains des confins du Sichuan, ont fait l’objet d’une instruction désormais close ; la liste des villages restitués et des compensations en argent est jointe pour examen. Les moines tibétains du monastère de Labrang, relevant de la sous-préfecture de Xunhua au Gansu, forts de leurs hommes et de leur lointain territoire, et leurs tribus étant limitrophes du Sichuan, attiraient et absorbaient depuis longtemps les villages tibétains relevant du Sichuan. À présent, Xia Yuxiu s’étant rendu sur place pour instruire, les moines tibétains de ce monastère ont restitué intégralement les villages occupés et payé des compensations en argent et en biens ; le règlement est jugé satisfaisant. Que Gongshou et Lu Chuanlin surveillent Xia Yuxiu et fassent ordonner aux chefs indigènes, grands et petits, de faire vivre chacun en paix dans ses pâturages, sans plus se laisser attirer ni s’associer, et que les affaires en souffrance des vingt et un foyers de Zha et de Gai soient rapidement liquidées. Quant au criminel Bangzhou, qu’il soit toujours activement recherché, capturé et puni, afin d’en extirper la racine. Que cela leur soit porté à connaissance par édit.
《左文襄公书牍》 (Correspondance de Zuo Wenxiang)
至拉卜塄各寺头目,该局抽费一节,原因河、循回氛猖獗,力图扞御,所抽之货物,厘课甚重,大抵皆海藏及玉树土司等处东来者。陈舫仙于河、循平定后,谕其毋复私抽厘金。拉卜塄各寺以所收五千两缴公,而每年所收用之二十余万,未尝过问,弟亦未尝言及,盖大体应如此而止也。
Quant à la perception de droits par ce bureau auprès des chefs des monastères de Labrang : elle remonte à ce que la rébellion musulmane sévissait à Hezhou et à Xunhua et qu’il fallait à toute force organiser la défense ; les droits de transit prélevés sur les marchandises étaient très lourds, et il s’agissait pour l’essentiel de marchandises venues de l’est, des régions du Lac et du Tibet ou des terres des tusi de Yushu. Après la pacification de Hezhou et de Xunhua, Chen Fangxian leur a signifié de ne plus prélever de droits de transit de leur propre chef. Les monastères de Labrang ont versé au trésor cinq mille liang de leurs recettes ; quant aux deux cent mille et quelques liang qu’ils perçoivent et dépensent chaque année, personne ne les a jamais contrôlés, et je n’en ai moi-même jamais soufflé mot : c’est qu’en bonne règle il convient d’en rester là.
来书既以拨归洮州为是,即可照此定局,免致因彼此意见参差,酿成事故。弟于此事,原以买吾等番既求改拨,自宜就近度地处之,方符愚民心愿,且将来入告,不患无词。买吾等番既改隶洮州,拉卜塄事同一体,即如来书一并拨归洮州可也。
Puisque ta lettre estime juste le versement à Taozhou, on peut fixer ainsi le règlement, afin d’éviter que des divergences de vues entre nous n’engendrent des incidents. Dans cette affaire, j’ai toujours considéré que, puisque les Tibétains de Maiwu et d’ailleurs demandent eux-mêmes ce changement de rattachement, il convient naturellement de les placer au plus près, en fonction du terrain, pour répondre au vœu de ces simples gens ; et, pour le rapport au trône à venir, on ne craindra pas de manquer d’arguments. Puisque les Tibétains de Maiwu passent à Taozhou, Labrang forme avec eux un seul ensemble : comme ta lettre le propose, qu’ils soient tous versés à Taozhou.
《左文襄公奏稿》 (Mémoires au trône de Zuo Wenxiang)
一收甘肃拉卜楞番寺捐款银四千八百一十六两
Un poste de recette : contribution du monastère tibétain de Labrang, au Gansu — quatre mille huit cent seize liang d’argent.
《甘肃通志稿文化志》 (Monographie culturelle de l’Ébauche de la monographie générale du Gansu)
西宁县塔儿寺有大小金瓦寺,皆铜瓦鋈金■。夏河县拉卜愣寺,金瓦尤多。临洮、临潭之间,莲花山有铁瓦寺,长十尺奇。贵德县东南有铁瓦寺。
Dans le district de Xining, le monastère de Ta’er compte un grand et un petit temple aux tuiles dorées, tous deux couverts de tuiles de cuivre dorées. Le monastère de Labuleng, dans le district de Xiahe, compte des tuiles dorées en particulière abondance. Entre Lintao et Lintan, le mont Lianhua a un temple aux tuiles de fer, d’un peu plus de dix chi de long. Au sud-est du district de Guide se trouve aussi un temple aux tuiles de fer.
Photographies historiques
1932–1933
Le journaliste américain Harrison Forman photographia pour la première fois le monastère de Labrang entre 1932 et 1933, enregistrant une vue plongeante du monastère et de sa ville, le grand hall des sutras, la salle aux tuiles dorées, le stupa doré, le marché adossé au monastère, les fidèles tournant autour du stupa et la danse des chapeaux noirs. Les négatifs sont aujourd’hui conservés à la bibliothèque de l’American Geographical Society de l’Université du Wisconsin à Milwaukee ; les notices de la collection correspondent à vue plongeante du monastère et de sa ville, grand hall des sutras, salle aux tuiles dorées, stupa doré, marché adossé au monastère, fidèles tournant autour du stupa et danse des chapeaux noirs.
1936
Forman revint au monastère de Labrang en 1936, laissant un gros plan sur le sommet doré du stupa.
1937
En 1937, Forman photographia de nouveau le monastère de Labrang : vue panoramique, grand hall des sutras et galerie de circumambulation, façade de la salle aux tuiles dorées, salle du Bouddha sous ses échafaudages de restauration, ainsi que le portrait du cinquième Jamyang, Tenpai Gyaltsen.
Références
- « Monographie des nationalités », dans la Monographie de la préfecture autonome tibétaine de Gannan (site des monographies locales du Gansu) : notices sur l’invitation, en la quarante-huitième année de l’ère Kangxi des Qing, par Tsaghan Danjin, de Jamyang Zhepa Dorje pour revenir fonder le monastère de Labrang dans son pays natal, et sur l’offrande de cinq cents foyers de dépendants comme foyers d’encens.
- Monographie du district de Xiahe (site des monographies locales du Gansu) : notices sur le début des travaux du grand hall des sutras en la cinquantième année de l’ère Kangxi et la construction successive de la salle du Bouddha Jamyang et du collège tantrique inférieur ; notices, dans la biographie du cinquième Jamyang et la chronologie, sur la délégation de réconfort de 1938, la collecte pour les avions de 1943 et la plaque honorifique « Offrir ses biens pour défendre la patrie ».
- « Le cinquième bouddha vivant Jamyang : pour résister au Japon, je ne refuserais pas même d’avoir le foie et la cervelle répandus sur le sol » (site chinois de tibétologie, conférence de Sherab Nyima) : le déroulement de la prédication de la Lettre aux compatriotes mongols et tibétains pour la propagande de la Résistance et de la reconstruction, avec des extraits de la prière de vœux.
- Yu Liping, Guo Jiayin et Ning Peilin : « Rôle et signification de la Lettre aux compatriotes mongols et tibétains pour la propagande de la Résistance et de la reconstruction du cinquième Jamyang », Journal de l’Université nationale du Xizang (édition de philosophie et de sciences sociales), 2023, n° 6 : format et contenu de l’édition lithographiée tibétaine et chinoise de la Lettre, avec des extraits de l’appel à la mobilisation et de la prière de vœux.
- Zhiguanba Konchok Tenpa Rabgyé : Histoire politique et religieuse de l’Amdo, traduit par Wu Jun, Mao Jizu et Ma Shilin, Éditions des nationalités du Gansu, 1989 (texte tibétain, 1987) : histoire politique et religieuse tibétaine de l’Amdo achevée en 1865, source tibétaine fondamentale sur la fondation et l’évolution du monastère de Labrang et sur la lignée des Jamyang.
- Labrang Tashikhyil, The Treasury of Lives : histoire du monastère et ses six collèges.
- Aperçu de l’évolution historique (gouvernement populaire du district de Xiahe) : notices sur la création du bureau administratif préparatoire de Labrang en l’an 16 de la République et son érection en district de Xiahe en l’an 17.