Introduction
En la quatrième année de l’ère Kaiyuan des Tang (716), le grand conseiller Zhang Yue fut envoyé comme gouverneur de Yuezhou, où il invitait souvent des lettrés à monter dans la tour de la porte occidentale dominant le lac Dongting pour y composer des poèmes. Cette tour, qui appartenait à l’origine aux défenses de la ville, se fit dès lors connaître sous le nom de pavillon de Yueyang ; et comme les poètes qui passèrent ensuite par Yuezhou étaient le plus souvent des exilés, les œuvres composées lors de ces ascensions portèrent toujours l’inquiétude que laissent le voyage et l’état du monde. En l’hiver de la troisième année de l’ère Dali (768), Du Fu, malade, vint errer jusqu’à Yuezhou et monta enfin dans ce pavillon de Yueyang dont il avait si longtemps entendu parler : devant ses yeux s’étendait le lac qui partage le Wu et le Chu, et autour de lui il n’y avait qu’une barque solitaire, tandis qu’au nord la guerre n’était pas encore apaisée. Au printemps de l’année suivante, Du Fu accompagna le fonctionnaire local pour monter de nouveau au pavillon de Yueyang : les pruniers de la rive étaient déjà en fleur et l’herbe nouvelle germait dans la boue ; le dernier vers du poème, « dès lors, je marche plus loin vers le sud », consigna son dessein de poursuivre sa route vers le sud.
Plus de trois cents ans plus tard, Teng Zongliang, ayant encouru une condamnation, vint à Yuezhou comme préfet. En montant au pavillon, non seulement il trouva l’ancienne construction trop étroite, mais il craignit encore que les poésies et inscriptions de toutes les époques, dispersées entre les recueils littéraires et les parois du pavillon, ne se perdent un jour ; il ordonna donc d’abord à ses subordonnés de recueillir dans les œuvres des lettrés des Tang et des Song soixante-dix-huit pièces composées lors d’ascensions, de les graver sur pierre selon l’ordre des époques et de les encastrer dans les parois nord et sud du pavillon. Au printemps de la cinquième année de l’ère Qingli (1045), Teng Zongliang rassembla des artisans pour agrandir l’ancien pavillon ; au sixième mois de la même année, il envoya encore à Fan Zhongyan le Tableau d’un soir d’automne sur le Dongting, priant cet ami, alors loin de là à Dengzhou, de composer une chronique pour le nouveau pavillon. Fan Zhongyan ne vint jamais en personne à Yuezhou, mais, à travers les ciels couverts et dégagés, les pluies et les vents du lac Dongting, il écrivit « s’affliger avant tous les soucis de l’empire, ne jouir qu’après toutes les joies de l’empire » — et une tour de ville de province se transmit dès lors à la postérité avec cet écrit.
Plus de trente ans plus tard, au dixième mois de la première année de l’ère Yuanfeng (1078), un incendie se déclara à l’angle sud-ouest de la cité interne où se trouvait le siège de la préfecture de Yuezhou, et les flammes gagnèrent le pavillon de Yueyang : les stèles gravées du pavillon tombèrent à terre et se fendirent, et seuls les deux caractères « l’Immortel Xie » restèrent lisibles ; la cause de l’incendie ne fut pas consignée. Au printemps de l’année suivante, Zheng Minzhan, préfet par intérim de Yuezhou, décida avec ses subordonnés de restaurer l’ancien aspect ; au moment même, le lac Dongting charia jusqu’à eux plus d’une centaine de troncs géants, et il ordonna aux gens du pays de les repêcher pour servir à la reconstruction du pavillon. En la première année de l’ère Jiaxi des Song du Sud (1237), Li Zengbo, préfet de Yuezhou, montait encore souvent au pavillon dans les loisirs de sa charge ; quatorze ans plus tard, passant de nouveau par Yuezhou sur la route de son poste à Jingzhou, il trouva que les poutres et les toits d’autrefois étaient depuis longtemps réduits en cendres, et l’année comme la cause de cet incendie étaient tombées dans l’oubli. Une année encore après, le préfet de Yuezhou Zhao Rugui acheva un nouveau pavillon sur le site en ruine et envoya les plans à Li Zengbo, le priant de composer une chronique pour cette reconstruction.
En la troisième année de l’ère Chenghua (1467), Wu Jie, préfet de Yuezhou, voyant que le pavillon de Yueyang d’alors était de dimensions mesquines, voulut abattre l’ancien et bâtir du neuf. Le pays connaissait alors la famine et la trésorerie de la préfecture n’avait pas d’argent en réserve, et Wu Jie dut ajourner provisoirement le projet. En la septième année de l’ère Chenghua (1471), les greniers tenaient du grain en réserve et la trésorerie avait aussi des excédents ; Wu Jie et ses subordonnés prélevèrent les excédents de la trésorerie de la préfecture, y ajoutèrent de leurs propres traitements, commencèrent les travaux en l’hiver de cette année-là et les achevèrent dans l’été de l’année suivante. Au sixième mois de la douzième année de l’ère Chongzhen (1639), le pavillon de Yueyang prit feu une fois de plus, la cause n’en étant pas davantage consignée. Le juge de la préfecture de Yuezhou, Tao Zongkong, et le préfet Dai Guangyu proposèrent aussitôt la reconstruction, que Tao Zongkong dirigea ; en creusant à l’angle sud-est de l’assise du pavillon, les ouvriers mirent au jour une pierre portant un dessin de prunier, et à gauche du pavillon fut ajoutée une salle du Prunier immortel pour conserver cette pierre.
Au passage des Ming aux Qing, la ville de Yuezhou fut réduite en décombres dans les troubles de la guerre, sa population se dispersa, et, bien que le pavillon de Yueyang ne se fût pas effondré, son corps penchait déjà et s’endommageait. En la huitième année de l’ère Shunzhi (1651), Lou Sheng, chargé de la défense fluviale, et Li Ruoxing, préfet de Yuezhou, ne réparèrent pas le pavillon d’emblée, mais rappelèrent d’abord les réfugiés et imposèrent une discipline aux troupes de garnison ; lorsque la ville eut retrouvé des habitants, tous deux firent alors des dons et levèrent des ouvriers pour remettre en état le corps du pavillon. En la dix-huitième année de l’ère Kangxi (1679), quand Li Yushi arriva comme préfet de Yuezhou, la contrée venait à peine de traverser la révolte de Wu Sangui et la famine qui s’ensuivit, la ville n’était pas encore apaisée et le pavillon de Yueyang penchait déjà au point de s’effondrer. Li Yushi décida d’ajourner la réparation du pavillon pour s’occuper d’abord des travaux des champs, des secours et de l’ordre public. Quand la contrée fut un peu apaisée, il se mit, avec le magistrat de district de Baling Zhao Shiheng, à lever des fonds ; mais à l’improviste, en la vingt-deuxième année de l’ère Kangxi, un grand incendie se déclara de nouveau à la porte occidentale de Yuezhou, le pavillon de Yueyang fut une fois encore endommagé, et il ne fut restauré que l’année suivante. Quatre ans plus tard, un autre incendie de la ville réduisit encore le pavillon en cendres ; Sun Daolin, préfet de Yuezhou, entreprit la reconstruction en la quarantième année de l’ère Kangxi (1701), et l’ouvrage inachevé fut encore emporté par une crue. Le magistrat de district de Baling Wang Guoying et le gouverneur du Huguang Bulantai poursuivirent ensuite les travaux, respectivement en la cinquante-quatrième année de l’ère Kangxi (1715) et en la quatrième année de l’ère Yongzheng (1726).
En la cinquième année de l’ère Qianlong (1740), Bandi, gouverneur général du Huguang, adressa un mémoire au trône demandant l’allocation de fonds pour remettre en état la ville de Yuezhou et reconstruire le pavillon de Yueyang ; les travaux furent dirigés par Tian Eryi, préfet de Yuezhou, et Zhang Shifang, magistrat de district de Baling. Le nouveau pavillon, achevé l’année suivante, comptait trois étages, des galeries saillantes sur les quatre faces, et un plan en forme de croix. En la trente-neuvième année de l’ère Qianlong (1774), le préfet de Yuezhou Landixi et le magistrat de district de Baling Xiong Weijiang présentèrent de nouveau un mémoire pour réparer le pavillon ; l’année suivante, le pavillon du Prunier immortel fut rebâti à gauche du pavillon et le belvédère Wangxian ajouté à droite, et le pavillon principal eut dès lors un édifice secondaire de chaque côté.
En la deuxième année de l’ère Xianfeng (1852), tandis que le préfet de Yuezhou Lianchang et le magistrat de district de Baling Hu Fanggu construisaient l’enceinte en demi-lune[1] hors de la porte occidentale, ils remirent aussi en état le pavillon de Yueyang ; au milieu de l’ère Xianfeng, l’armée des Qing et l’armée des Taiping combattirent plus de dix fois à Yuezhou, et le pavillon principal comme les murailles alentour furent endommagés. Ce ne fut qu’en la sixième année de l’ère Tongzhi (1867) que Zeng Guoquan, gouverneur du Hubei, préleva les revenus des barrières douanières de Yuezhou, et que le pavillon principal, le pavillon Doumu et le pavillon du Prunier immortel furent restaurés ; le pavillon Doumu fut renommé, dans ce chantier, pavillon des Trois Ivresses. Plus de dix ans plus tard, les eaux du lac Dongting fendirent de nouveau l’assise du pavillon. Le préfet de Yuezhou Zhang Derong ne poursuivit pas les réparations sur place, mais, en la sixième année de l’ère Guangxu (1880), déplaça le pavillon principal et les deux pavillons secondaires de plus de six zhang (environ vingt mètres) vers l’intérieur de la ville et construisit un quai de rive[2] du côté du lac ; c’est bien la forme établie lors de cette reconstruction que le pavillon principal d’aujourd’hui prolonge.
Durant l’époque républicaine, les seigneurs de la guerre s’affrontèrent sans trêve, et l’intérieur du pavillon de Yueyang servit de caserne et d’écurie, si bien que portes, fenêtres, plaques et couplets ainsi que les inscriptions sur stèle ne cessèrent d’être endommagés. En la vingt-et-unième année de la République (1932), le gouvernement de la province du Hunan alloua des fonds et leva des dons dans la région, et une grande restauration fut dirigée par Duan Heng, commandant de la garnison de Yueyang, et Liao Xingeng, directeur du bureau de l’éducation du district ; deux ans plus tard, le pavillon principal, le pavillon du Prunier immortel, le pavillon des Trois Ivresses et la tour-porte furent remis en état d’un seul tenant. Au onzième mois de la vingt-septième année de la République (1938), l’armée japonaise occupa le chef-lieu du district de Yueyang et installa encore à l’intérieur du pavillon un poste de police auxiliaire chargé de recueillir des renseignements militaires et économiques sur la zone allant de Yueyang à Wuhan ; on y entreposa munitions et carburant, et l’accès en fut interdit aux Chinois. Durant les sept années de l’occupation japonaise de Yueyang, les précieux objets culturels du pavillon furent aussi volés en grand nombre. Après la capitulation du Japon en la trente-quatrième année de la République (1945), la dix-huitième division du dix-huitième corps de l’armée du gouvernement national reçut, au début du neuvième mois, la reddition des troupes japonaises en garnison à Yueyang et installa son quartier général dans le pavillon ; au onzième mois de la même année, Wang Dongyuan, président du gouvernement de la province du Hunan, promulgua un avis de protection des sites illustres, prescrivant que les troupes ne pussent plus l’occuper.
En 1950, le gouvernement populaire du district de Yueyang alloua pour la première fois des fonds à la réparation du pavillon de Yueyang : on remplaça les éléments de bois pourris, on consolida les poutres et les colonnes, on donna au corps du pavillon une nouvelle couche de peinture à l’huile, et l’on remit en état le chemin d’accès au pavillon. En 1955, lors de la réparation de la porte de la ville et de l’assise de la rive, on encastra en outre dans le mur arrière du pavillon principal les quarante-deux stèles de poésies et d’images qui subsistaient. En 1975 puis en 1978, le pavillon des Trois Ivresses et le pavillon du Prunier immortel, déjà incliné, furent successivement démontés et reconstruits ; au début des années 1980, les termites et des infiltrations d’eau prolongées avaient de nouveau fait pourrir maintes poutres et colonnes du pavillon principal. Avec l’approbation de l’administration nationale des antiquités, la ville de Yueyang commença le 15 mars 1983 à démonter entièrement le pavillon de Yueyang ; chaque élément démonté fut examiné pièce par pièce, les anciennes pièces encore utilisables furent autant que possible restaurées et conservées, puis l’ensemble fut réassemblé selon la forme Qing établie en la sixième année de l’ère Guangxu. Le 1er mai 1984, le pavillon de Yueyang restauré rouvrit au public. En plus de mille ans, le corps du pavillon a subi maintes fois l’eau, le feu et les armes, ses poutres et ses colonnes ont été remplacées, sa position a reculé vers l’intérieur de la ville ; génération après génération, on a relevé le pavillon entre l’ancien site et l’ancienne forme, et les ascensions et les poésies composés depuis les Tang et les Song se sont ainsi transmis jusqu’à aujourd’hui.
Documents historiques
Du Gongbu Ji (Recueil de Du Gongbu)
昔闻洞庭水,今上岳阳楼。吴楚东南坼,乾坤日夜浮。
Jadis j’entendais parler des eaux du Dongting ; aujourd’hui je monte au pavillon de Yueyang. Le Wu et le Chu se fendent au sud-est ; le ciel et la terre, nuit et jour, y flottent.
亲朋无一字,老病有孤舟。戎马关山北,凭轩涕泗流。
Des parents et des amis, pas une lettre ; vieux et malade, une barque solitaire. Les chevaux de guerre sont au-delà des monts du nord ; m’appuyant à la balustrade, mes larmes coulent.
湖阔兼云雾,楼孤属晚晴。礼加徐孺子,诗接谢宣城。
Le lac s’élargit, mêlé de nuages et de brumes ; le pavillon, solitaire, appartient au soir éclairci. En courtoisie, [mon hôte] égale [Chen Fan envers] Xu Ruzi ; en poésie, [nos chants] font suite à Xie de Xuancheng.
雪岸丛梅发,春泥百草生。敢违渔父问,从此更南征。
Sur les rives de neige s’ouvrent les bouquets des pruniers ; dans la boue du printemps germent les cent herbes. Oserais-je contrevenir à la question du vieux pêcheur ? Dès lors, je marche plus loin vers le sud.
Yueyang Lou Ji (Chronique du pavillon de Yueyang)
庆历四年春,滕子京谪守巴陵郡。越明年,政通人和,百废具兴,乃重修岳阳楼,增其旧制,刻唐贤今人诗赋于其上,属予作文以记之。予观夫巴陵胜状,在洞庭一湖。衔远山,吞长江,浩浩汤汤,横无际涯,朝晖夕阴,气象万千。此则岳阳楼之大观也,前人之述备矣。然则北通巫峡,南极潇湘,迁客骚人,多会于此,览物之情,得无异乎?若夫霪雨霏霏,连月不开。阴风怒号,浊浪排空。日星隐耀,山岳潜形。商旅不行,樯倾楫摧。薄暮冥冥,虎啸猿啼。登斯楼也,则有去国怀乡,忧谗畏讥,满目萧然,感极而悲者矣。至若春和景明,波澜不惊,上下天光,一碧万顷,沙鸥翔集,锦麟游泳,岸芷汀兰,郁郁青青。而或长烟一空,皓月千里,浮光跃金,静影沉璧,渔歌牙答,此乐何极!登斯楼也,则有心旷神怡,宠辱偕忘,把酒临风,其喜洋洋者矣。嗟夫!予尝求古仁人之心,或异二者之为,何哉?不以物喜,不以己悲。居庙堂之高,则忧其民;处江湖之远,则忧其君。是进亦忧,退亦忧。然则何时而乐耶?其必曰:“先天下之忧而忧,后天下之乐而乐乎!”噫!微斯人,吾谁与归?时六年九月十五日。
Au printemps de la quatrième année de l’ère Qingli, Teng Zijing fut exilé comme gouverneur de la commanderie de Baling. Dès l’année suivante, l’administration y fut en harmonie et le peuple en concorde, et toutes les choses délaissées furent relevées ; il restaura alors le pavillon de Yueyang, en agrandit l’ancienne construction, y fit graver des poèmes et des fu des sages des Tang et des hommes d’aujourd’hui, et me chargea de composer un texte pour le consigner. J’estime que le spectacle splendide de Baling tient tout entier dans le seul lac Dongting. Il étreint les monts lointains, il avale le grand Fleuve ; vaste et immense, il s’étend au loin sans bordure ; l’éclat du matin, l’ombre du soir, ses aspects changent en myriades. Telle est la grande vision qu’offre le pavillon de Yueyang, et les hommes d’autrefois l’ont décrite pleinement. Mais puisque, au nord, il communique avec la gorge Wu et, au sud, s’étend jusqu’au Xiao et au Xiang, les exilés et les poètes s’y rencontrent en foule ; en contemplant les choses, leurs sentiments peuvent-ils ne pas différer ? Lorsque les pluies continues tombent en bruine et que, des mois durant, le ciel ne s’ouvre pas ; que les vents sombres hurlent de colère et que les vagues troubles se dressent contre le ciel ; que le soleil et les étoiles cachent leur lumière et que les monts et les pics dérobent leur forme ; que marchands et voyageurs ne circulent plus, que les mâts s’inclinent et que les rames se brisent ; qu’à la tombée du jour tout s’obscurcit et que les tigres rugissent et les singes poussent des cris — alors monter en ce pavillon, c’est éprouver le départ de la capitale et la nostalgie du pays natal, la crainte de la calomnie et la peur de la raillerie ; devant les yeux tout n’est que désolation, et, l’émotion portée à son comble, on en vient à pleurer. Quant aux jours où le printemps est doux et le paysage limpide, où les vagues ne se soulèvent pas en alarme, où, en haut et en bas, la lumière du ciel se répond, un seul jade de dix mille ares ; où les mouettes des grèves planent et se rassemblent, où les carpes damassées nagent à l’aventure, où les angéliques des rives et les orchidées des îlots sont luxuriantes et verdoyantes ; ou encore lorsque les longues brumes se dissipent d’un coup, que la lune brillante s’étend sur mille li, que la lumière flottante bondit en or, que l’image immobile s’enfonce comme un disque de jade, et que les chants des pêcheurs se répondent — quel bonheur sans mesure ! Alors monter en ce pavillon, c’est avoir l’esprit libre et l’âme en liesse, honneurs et disgrâces également oubliés ; tenant sa coupe face au vent, on est transporté d’une joie infinie. Hélas ! J’ai jadis recherché le cœur des hommes vertueux de l’Antiquité : peut-être différaient-ils de ces deux manières d’être. Pourquoi ? Parce qu’ils ne se réjouissaient pas des choses et ne s’affligeaient pas d’eux-mêmes. Placés haut dans les palais du souverain, ils se souciaient de leur peuple ; relégués loin sur les rivières et les lacs, ils se souciaient de leur souverain. Ainsi, avancer était souci, et reculer était souci aussi. Mais alors, quand donc éprouvaient-ils la joie ? Assurément ils devaient dire : « S’affliger avant tous les soucis de l’empire, ne jouir qu’après toutes les joies de l’empire ! » Hélas ! Sans un tel homme, vers qui donc me tournerai-je ? — Le quinzième jour du neuvième mois de la sixième année.
Qiu Ji Shu (Lettre sollicitant une chronique)
六月十五日,尚书祠部员外郎、天章阁待制、知岳州军州事滕宗谅,谨驰介致书,恭投邠府四路经略安抚资政谏议节下:窃以为天下郡国,非有山水瑰异者,不为胜,山水非有楼观登览者,不为显,楼观非有文字称记者,不为久,文字非出于雄才巨卿者不成著。今古东南郡邑,当山水间者比比,而名与天壤同者,则有豫章之滕阁,九江之庾楼,吴兴之消暑,宣城之叠嶂,此外无过二三所而巳。虽寝历于岁月,挠剥于风雨,潜消于兵火,圯毁于难患,必须崇复而不使随圯者,盖由韩吏部、白宫傅以下,当时名贤辈各有纪述,而取重于千古者也。巴陵西跨城𬮱,揭飞观,署之曰岳阳楼,不知倜落于何人。自有唐以来,文士编集中无不载其声诗赋咏,与洞庭君山率相表里。宗谅初诵其言,而疑且未信,谓作者夸说过矣。去秋以罪得兹郡,入境而疑与信俱释,及登楼,而恨向之作者所得仅毫末尔。惟有吕衡州诗云:襟带三千里,尽在岳阳楼。此粗标其大致。自是日思以宏大隆显之,亦欲使久而不可废,则莫如文字。乃分命僚属,于韩、柳、刘、白、二张、二杜逮诸大人集中,摘出登临寄咏,或古或律,歌咏并赋七十八首,暨本朝大笔如太师吕公、侍郎丁公、尚书夏公之作,榜于梁栋间。又明年春,鸠材僝工,稍增其旧制。古今诸公于篇咏外,率无文字称纪。所谓岳阳楼者,徒见夫屹然而踞,岈然而负,轩然而竦,伛然而顾,曾不若人具肢体而精神未见也,宁堪久焉?恭惟执事文章器业,凛凛然为天下之时望,又雅意在山水之好,每观送行还远之什,未尝不神游物外,而心与景接。矧兹君山、洞庭,杰然为天下之最胜,切度风旨,岂不摅遐想于素尚,寄大名于清赏者哉!冀戎务尠退,经略暇日,少吐金石之论,发挥此景之美,庶漱芳润于异时,知我朝高位辅臣,有能淡味而远托思于湖山数千里外,不其胜与!谨以洞庭秋晚图一本,随书贽献,涉毫之际,或有所助。干冒清严,伏惟惶灼。
Le quinzième jour du sixième mois, Teng Zongliang, directeur extérieur du Bureau des sacrifices du ministère d’État, attendant du pavillon du Chapitre céleste et administrateur des affaires militaires et civiles de la préfecture de Yuezhou, envoie respectueusement par un messager une lettre qu’il soumet avec déférence au conseiller d’État, intendant-général apaiseur des quatre circonscriptions de la préfecture de Bin : Je pense en secret que, parmi les commanderies et les principautés de l’empire, celles qui n’ont pas de montagnes et d’eaux étranges et splendides ne sauraient être des sites renommés ; que des montagnes et des eaux, sans pavillons et belvédères d’où les parcourir du regard, ne sauraient être manifestes ; que des pavillons et des belvédères, sans écrits qui les célèbrent et les consignent, ne sauraient durer longtemps ; et que des écrits, s’ils ne sortent pas de la plume de talents héroïques et de hauts ministres, ne peuvent devenir des œuvres illustres. Depuis l’Antiquité, les commanderies et cités du Sud-Est sis au milieu des montagnes et des eaux sont légion, mais celles dont le nom a même durée que le ciel et la terre sont le pavillon Teng de Yuzhang, la tour Yu de Jiujiang, le pavillon Xiaoshu de Wuxing et la tour Diezhang de Xuancheng ; en dehors de celles-là, il n’y en a guère plus de deux ou trois. Bien qu’elles aient traversé les années et les mois, aient été rongées et écaillées par le vent et la pluie, aient insensiblement disparu dans les guerres et les incendies, aient été renversées et détruites dans les calamités, il a toujours fallu les relever avec magnificence sans les laisser s’écrouler : c’est que, du directeur du ministère des Fonctionnaires Han [Han Yu] et du grand précepteur impérial Bai [Bai Juyi] jusqu’aux générations suivantes, les lettrés célèbres de leur temps eurent chacun leurs récits et leurs descriptions, qui leur acquirent un poids pour mille générations. Baling, à l’ouest, chevauche la crête des murailles de la ville, où se dresse un belvédère ailé portant l’inscription « pavillon de Yueyang » — on ne sait de qui il tomba en partage. Depuis les Tang, il n’est pas de recueil de lettré qui n’en contienne des poèmes, des chants et des fu ; avec le Dongting et le mont Jun, ils se font réciproquement cortège. Moi, Zongliang, lorsque j’en récitai pour la première fois ces paroles, je doutai et ne crus pas, estimant que les auteurs en avaient trop dit. L’automne dernier, par ma faute, j’obtins cette commanderie ; en franchissant sa frontière, le doute comme la croyance se dissipèrent ensemble ; et quand je montai au pavillon, je ne pus que regretter que les auteurs d’autrefois n’en eussent saisi qu’un duvet infime. Seul le poème de Lü de Hengzhou dit : « Ceinture et baudrier de trois mille li — tout est au pavillon de Yueyang » ; c’est ce qui en trace grossièrement les grandes lignes. Dès lors je ne cessai de songer, jour après jour, à le rendre grand et splendide ; et, voulant aussi le faire durer sans qu’il pût être aboli, je jugeai que rien ne valait l’écriture. Je chargeai donc séparément mes subordonnés d’extraire, des recueils de Han [Yu], Liu [Zongyuan], Liu [Yuxi], Bai [Juyi], des deux Zhang et des deux Du, jusqu’à ceux des divers grands personnages, les pièces composées en ascensions et les sentiments confiés, de style ancien comme réglé, chansons et fu, soixante-dix-huit pièces, ainsi que, dans la présente dynastie, les œuvres de grandes plumes comme le grand précepteur, le seigneur Lü, le vice-directeur, le seigneur Ding, et le ministre, le seigneur Xia, pour les afficher entre les poutres. Le printemps de l’année suivante, je rassemblai des matériaux et réunis des ouvriers, agrandissant quelque peu l’ancienne construction. Or, de l’Antiquité à nos jours, les divers seigneurs, en dehors de leurs vers et poésies, n’ont en général laissé aucun écrit qui le célèbre et le consigne. Ce que l’on appelle le pavillon de Yueyang, on ne le voit que se dresser au sommet, dominant la hauteur, s’éployant majestueusement, se penchant pour regarder alentour — à peine différent d’un homme qui aurait les membres du corps sans que l’esprit y paraisse : serait-ce là ce qui peut durer longtemps ? Je pense respectueusement que vous, mon seigneur, par vos écrits comme par vos œuvres, êtes l’espoir redouté de l’empire en ce temps ; que de plus votre penchant raffiné va à l’amour des montagnes et des eaux, et que chaque fois que je lis vos pièces d’adieu aux voyageurs lointains, mon esprit ne manque pas de vagabonder au-delà des choses, le cœur se joignant aux paysages. À plus forte raison ce mont Jun et ce Dongting, qui se dressent éminemment comme la plus belle merveille de l’empire : à soupeser l’inclination de votre esprit, comment ne déploieriez-vous pas pour elle les pensées lointaines de votre constante élévation, comment ne confieriez-vous pas votre grand nom à cette pure jouissance ? Je souhaite que, lorsque les affaires militaires vous laisseront un peu de relâche, dans les loisirs de votre intendance, vous exhaliez quelque peu de vos propos de métal et de pierre et déployiez l’éclat de la beauté de ce site, afin que, puisant son parfum dans les âges à venir, l’on sache qu’au plus haut rang de notre dynastie il est un ministre capable, d’un goût détaché, de confier sa pensée lointaine aux lacs et aux montagnes à des milliers de li de là — n’est-ce pas là un triomphe ? Respectueusement je joins à cette lettre un exemplaire du Tableau d’un soir d’automne sur le Dongting, que je vous offre en présent ; au moment de tremper le pinceau, peut-être vous sera-t-il de quelque secours. Osant offenser votre sévère clarté, prosterné je ne suis que crainte et angoisse.
Yueyang Jisheng Huibian (Recueil des sites pittoresques de Yueyang)
东南之国富山水,惟洞庭于江湖名最大,环占五湖,均视八百里。据湖面势,惟巴陵最胜。濒岸风物,日有万态,虽渔樵云鸟,栖隐出没,同一光影中,惟岳阳楼最绝。古今才人巨公,登临寄傲,流叹声藻,散在编简,或传诵于人口者,才不过一二。惟唐相张燕公文字最著,询之耆旧,则曰:楼得名始命于公矣。
Les pays du Sud-Est sont riches en montagnes et en eaux ; mais, entre les fleuves et les lacs, c’est le Dongting dont le nom est le plus grand : il occupe en cercle cinq lacs et s’étend d’égale mesure sur huit cents li. Si l’on considère la position que donne le lac, c’est Baling qui en est la plus belle part. Quant aux aspects des rives, qui changent dix mille fois par jour, même si les pêcheurs et les bûcherons, les nuages et les oiseaux s’y abritent, s’y cachent, surgissent et disparaissent dans la même clarté et la même ombre, c’est le pavillon de Yueyang qui en est le plus accompli. Les hommes de talent et les grands seigneurs, de l’Antiquité à nos jours, s’y sont élevés et y ont confié leur fierté, ont répandu soupirs et beaux mots ; mais de ce qui est dispersé dans les écrits ou se transmet de bouche en bouche, il n’en subsiste qu’une ou deux parts sur dix. Seuls les écrits du ministre des Tang, le duc Zhang de Yan, sont les plus illustres ; si l’on interroge les anciens, ils disent : c’est de lui que le pavillon reçut d’abord son nom.
即指导往迹,参传其说,皆略而不书。顷罹三国,兹实战冲,镇守者间有贤杰,非尚智力,则任权术,处清境,殆距炉炭,岂暇优游坐啸,摅发清蕴也哉?六朝通三百三十七年,惟颜延年、阴子铿见于章句,余皆寂寥无闻。李唐恢宇,享祚甚宏远。岳去长安尤僻,在当时名贤辈出,能至此者,率自迁谪而来,故所属篇,类多离骚叹惋之意,然于徘徊幽觉,未尝出盈厌之语。殊俗移人,果如是乎?天宝中,苏源明刺东明,因石潴仿佛遐致,号小洞庭,芳晨良夜,以为留客宴喜之地。每冠盖盛集,酒行思缨,苏必雅吟自放,四顾赓唱,雕词丽句,传诵不泯。粤自元和五年,令狐楚节制汝上,相去方八十载,咨考故处,已茫然无得矣。既叹而愤,乃引金石以永好事之意。切寻古人之旷怀高韵,缅慕天末,写千里于一局之水,使彼时风月独异于他郡,所乐也犹如此,后贤惜其遗音逸事,孜孜重显之,盖于赏情爱景之心无少负也。
À supposer que l’on recherche, sur leurs indications, les traces d’autrefois et que l’on en collige les dires transmis, ceux-ci sont tous sommaires et n’en font pas le récit. Il y a peu, [la contrée] connut les Trois Royaumes, et cette terre fut véritablement un carrefour de guerre ; parmi ceux qui la gardèrent en garnison, il y eut parfois des hommes sages et valeureux, mais, n’admirant que la force et l’habileté, ou ne s’en remettant qu’aux ruses du pouvoir, placés dans ce site limpide, ils s’y trouvaient comme à distance d’un brasier ardent : auraient-ils eu le loisir de s’y promener, de s’y asseoir en sifflant, d’y épancher les ressources limpides de leur esprit ? Les Six Dynasties couvrirent en tout trois cent trente-sept ans, et seuls Yan Yannian et Yin Zikeng apparaissent dans des strophes ; les autres sont tous restés silencieux et inconnus. Les Li des Tang agrandirent leur empire, et leur possession en fut longue et durable. Yue[zhou] est particulièrement retirée, loin de Chang’an, et, à cette époque, de tous les hommes célèbres et sages qui surgissaient en foule, ceux qui purent venir jusqu’ici y étaient venus en général en exil ou en disgrâce ; c’est pourquoi les pièces qui la concernent portent presque toutes des sentiments de séparation plaintive et de regret — pourtant, dans leurs hésitations méditatives et leurs pressentiments profonds, jamais ils n’émettent de paroles de satiété ni d’ennui. Que les mœurs étrangères d’un lieu transforment les hommes, serait-ce donc vraiment ainsi ? Sous l’ère Tianbao, Su Yuanming fut préfet de Dongming ; parce qu’un renflement de pierres [dans la rivière] offrait une beauté lointaine, il le nomma « Petit Dongting » et, les beaux matins et les belles nuits, en fit un lieu où retenir ses hôtes pour festoyer en joie. Chaque fois que les chapeaux et les dais [des invités] s’y rassemblaient en nombre et que le vin circulait tandis que l’on songeait à détacher sa courroie, Su ne manquait pas d’entonner un chant raffiné et de s’abandonner à l’improvisation, regardant autour de lui et lançant des poèmes en réponse ; ses mots ciselés et ses phrases splendides furent transmis et récités sans s’éteindre. Or, depuis la cinquième année de l’ère Yuanhe, lorsque Linghu Chu fut commandant militaire de Ruzhou, à peine quatre-vingts ans s’étaient écoulés ; mais, à s’enquérir de l’ancien emplacement, il était déjà indistinct, et nul ne le retrouvait. [Linghu Chu] en éprouva à la fois soupir et dépit, et recourut alors au métal et à la pierre pour éterniser la pensée de cette noble entreprise. Si l’on recherche dans les sentiments magnanimes et les hautes cadences des Anciens, qui regrettaient tendrement les confins du ciel et qui peignaient mille li dans les eaux d’un seul plan, ils firent en sorte que le vent et la lune de ce temps-là fussent à eux seuls différents de ceux des autres commanderies ; et si ce dont ils se réjouissaient était encore ainsi, les sages d’après, chérissant leurs dernières résonances et leurs anecdotes, s’appliquèrent avec zèle à les faire reparaître en pleine lumière : n’est-ce pas que, dans leur cœur aimant à contempler les beaux paysages, ils ne voulaient point leur être infidèles ?
况仆忝宰于今,旦暮为湖山主事,弗虑乎?一旦众作,与桡栋同沦委,则后之议我者以为何如,亦将恐风月仇人不浅矣。遂用崇新基址,遍索墙堵间,及本朝诸公歌诗古赋,纪以时代,次以岁月,不以官爵贵贱为升降,俾镵石置于南北二壁中,庶几他日有闻韶忘味,君子知仆之志也。然历世寝远,必多遗难备,直以所存者笔之。如其删繁撷英,请俟来者焉。
À plus forte raison moi, qui, indigne, occupe ici une charge et suis matin et soir l’intendant de ces lacs et de ces monts — pourrais-je ne pas m’en soucier ? Si un jour l’ensemble de ces œuvres devait sombrer et périr en même temps que les poutres du toit, que diraient de moi ceux qui viendront après ? J’aurais à craindre, je suppose, que le vent et la lune ne me tiennent une rancune non légère. J’ai donc exhaussé et renouvelé l’assise, fouillé partout entre les murs et les cloisons, [recueilli] aussi les chansons, les poèmes et les fu anciens des seigneurs de la présente dynastie, les ai consignés selon l’époque et ordonnés selon les années et les mois, sans les élever ni les abaisser selon le rang ou la noblesse des offices, et les ai fait graver sur pierre pour les placer dans les deux parois nord et sud — espérant qu’aux jours à venir il y ait quelqu’un qui, entendant le Shao, en oublie le goût [de la viande], et que l’homme de bien connaisse mon dessein. Pourtant, comme les générations s’éloignent peu à peu, beaucoup manqueront assurément et ne pourront être réunis ; j’écris donc uniquement d’après ce qui subsiste. Quant à en élaguer la profusion et à en cueillir la fleur, j’en laisse la charge, s’il vous plaît, à ceux qui viendront.
岳阳楼在洞庭之滨,延庚挹辛,于登临最胜,创者寝不可考。自唐相张燕公出守于此,其名始著。庆历中,滕子京作而新之,时人以范记、苏书、邵篆,与兹楼号为天下四绝。元丰元年十月,不幸火起于牙城之西南隅,延及于楼。已而同宾僚登古址,石刻皆仆地而裂,独谢仙二字存焉。夫谢仙者,雷部中之神也。神能保其碑,而不能及其屋,何其异也!明年春,议复旧观,适湘神涌水浮至巨木百余,亟命邦人取以为用,若相厥役者,又何异耶?楼成,因镵诸石,一以彰雷笔之灵,一以侈湘神之助。他如登临知胜概者,自得之心目,何待予言。亦有范公记。
Le pavillon de Yueyang se dresse au bord du Dongting ; accueillant le soleil couchant et recevant la lumière de l’ouest, c’est le plus beau lieu où s’élever pour contempler, et celui qui le fonda s’est peu à peu perdu dans l’inconnaissable. Depuis que le ministre des Tang, le duc Zhang de Yan, vint en gouverneur en ce pays, son nom commença d’être illustre. Sous l’ère Qingli, Teng Zijing le refit et le renouvela, et les gens du temps nommèrent la chronique de Fan [Zhongyan], la calligraphie de Su [Zimei], la sigillographie de Shao [Song] et ce pavillon les Quatre Merveilles de l’empire. Au dixième mois de la première année de l’ère Yuanfeng, par malheur, un incendie s’éleva de l’angle sud-ouest de la cité et gagna le pavillon. Par la suite, montant avec mes hôtes et mes subordonnés sur l’ancien site, [nous vîmes] que les stèles gravées étaient toutes renversées à terre et fendues ; seuls les deux caractères « l’Immortel Xie » subsistaient. Or, l’Immortel Xie est un dieu du département du Tonnerre : qu’un dieu ait pu sauvegarder sa stèle sans pouvoir sauvegarder sa maison, quelle étrangeté ! Le printemps de l’année suivante, on délibéra de restaurer l’ancien aspect ; au moment même, le génie du Xiang, soulevant les eaux, fit flotter jusqu’à nous plus d’une centaine de troncs géants, et je m’empressai d’ordonner aux gens du pays de les recueillir pour les employer, comme si [le génie] secondait nos travaux — quelle étrangeté, encore ! Quand le pavillon fut achevé, je le fis donc graver sur la pierre, d’une part pour manifester la puissance du pinceau du Tonnerre, d’autre part pour exalter le secours du génie du Xiang. Quant au reste, celui qui monte ici et en connaît le beau spectacle le saisit de lui-même par ses yeux et son cœur — qu’attendrait-il de mes paroles ? Il y a d’ailleurs la chronique du seigneur Fan.
Kezhai Zagao (Brouillons divers du studio Kezhai)
洞庭天下之胜,岳阳楼又擅洞庭之胜。庆历之记尽矣,后有作者,未易加一辞。岁嘉熙丁酉,曾伯守是邦,每公余登眺,令人浮沤溟渤,培塿大块。缅怀唐开元而后,李、杜、张、孟诸贤,更赋迭咏,不可胜数。
Le Dongting est la merveille de l’empire, et le pavillon de Yueyang tient à lui seul la merveille du Dongting. La chronique de l’ère Qingli a tout dit ; que d’autres s’y essayent ensuite, il ne leur sera pas aisé d’ajouter un mot. En l’année dingyou de l’ère Jiaxi, moi, Zengbo, je fus gouverneur de ce pays ; chaque fois que, dans le loisir de ma charge, je m’y élevais pour contempler, cela me faisait voir l’océan Boréal comme une bulle d’écume et la terre entière comme une motte. Pensant avec nostalgie au temps depuis l’ère Kaiyuan des Tang, où Li [Bai], Du [Fu], Zhang [Yue], Meng [Haoran] et les autres sages se succédèrent en fu et en poésies qui ne sauraient se compter.
至我朝文正范公,惓惓焉以天下为忧乐,斯文一出,斯楼之伟观增重。去今二百载,星回物换,而江涛滚滚,与公风烈,盖巍然独存也。后十有四祀,曾伯以牧荆道过之,亟访徙倚,殆山川不可复识,乃知昔之栋宇久已灰烬,今楼非故楼矣,怆然为之感慨。越明年九月,郡侯浚仪赵汝归书来,以图示,则危栏杰观,葺废址而新之,君山本来面目,欣然如对立,属为之记。曾伯俯仰畴昔,虽不能忘情于此,率尔援笔,多见其不知量也。顾人事有因革,地势无古今,世之出新奇之见者,每至越故常,安简陋者又惮于改作,此天下事不能尽如人意者十八九。非有英材磊落之士,心眼轩豁,起古意于寂寥,舒世虑之郁勃,将视此为传舍,岂屑置念哉?如侯之心,足以经营四方,不以一楼而止。侯帝室之胄,所至有治行,及是楼与政俱成,会命提点本路刑狱,仍郡牧,徂重湖,泛巨波,川后山灵方尽听弹压,匪是亦畴克胜?余虽未获从侯凭高举酒,挹胜概于几席,意岳之人士将复见庆历气象,已于斯占之,庸记岁月云。楼之楹若干,暨费计若干,抑末耳,不书。
jusqu’à ce que, dans la présente dynastie, le seigneur Fan Wen Zhang, avec un cœur inlassable, fit des soucis et des joies de l’empire les siens : dès que ce texte parut, l’aspect grandiose de ce pavillon en reçut un poids nouveau. Deux cents ans ont passé depuis lors, les astres ont tourné et les choses se sont changées, et pourtant les vagues du fleuve déferlent toujours, et avec elles l’exemple ardent du seigneur, qui subsiste véritablement, imposant et unique. Quatorze ans plus tard, moi, Zengbo, passai de nouveau par là sur la route de mon poste de gouverneur de Jing ; m’empressant d’y aller et m’y attardant, [je vis que] presque les montagnes et les rivières elles-mêmes n’étaient plus reconnaissables, et je sus alors que les poutres et les toits d’autrefois étaient depuis longtemps cendre, et que le pavillon présent n’était plus l’ancien pavillon — et dans ma tristesse j’en fus profondément ému. L’année suivante, au neuvième mois, le préfet de la commanderie, Zhao Rugui de Junyi, m’envoya une lettre avec un plan : les hautes balustrades et le belvédère éminent avaient relevé le site en ruine et l’avaient renouvelé ; le mont Jun, dans sa physionomie première, semblait joyeusement se tenir face à moi, et il me chargea d’en composer la chronique. Moi, Zengbo, tournant et retournant ma pensée vers le passé, bien que je ne pusse oublier mon attachement pour ce lieu, pris néanmoins la plume à la légère, ne montrant guère que mon imprudence. Considérons pourtant que, dans les affaires des hommes, il y a continuité et changement, tandis que la configuration de la terre n’a ni antiquité ni présent. Ceux du monde qui produisent des vues nouvelles et étranges vont souvent jusqu’à franchir l’ordre ancien, tandis que ceux qui se contentent de la simplicité et de la médiocrité craignent de tout refaire : voilà pourquoi, des affaires de l’empire, huit ou neuf sur dix ne peuvent aller au gré des vœux. Sans un homme de talent héroïque et loyal, le cœur et les yeux grands ouverts, capable de faire surgir l’esprit antique du milieu du silence et de la solitude et de déployer l’élan comprimé des soucis du siècle, [le préfet] regarderait ce [pavillon] comme une auberge de passage — daignerait-il y penser ? Un cœur comme celui du préfet suffit à ordonner et à mener les quatre orients, et ne s’arrête pas à un seul pavillon. Le préfet est de la descendance de la maison impériale ; partout où il est passé, il a eu une administration accomplie, et ce pavillon fut achevé en même temps que son gouvernement. Au moment même il reçut l’ordre d’inspecteur judiciaire de cette circonscription tout en restant gouverneur de la commanderie ; partant vers les lacs jumeaux et voguant sur les grandes vagues, les seigneurs des rivières et les génies des monts seront tous à l’écoute de son autorité — n’était-ce lui, qui d’autre aurait pu y suffire ? Quant à moi, bien que je n’aie pu suivre le préfet pour m’appuyer sur la haute [balustrade] en levant ma coupe et puiser le beau spectacle depuis son siège, je pense que les gens de Yue reverront le climat de l’ère Qingli — c’est en ceci que je l’augure déjà. Je consigne simplement les années et les mois. Le nombre des colonnes du pavillon et le total des dépenses, ce sont là choses minimes — je ne les écris pas.
淳祐辛亥良月,覃怀李某记。
Le bon mois de l’année xinhai de l’ère Chunyou ; consigné par Li [Zengbo] de Tanhuai.
Yueyang Fengtu Ji (Chronique des mœurs et du terroir de Yueyang)
岳阳楼,城西门楼也。下瞰洞庭,景物宽阔。唐开元四年,中书令张说除守此州,每与才士登楼赋诗,自尔名著。其后,太守于楼北百步复创楼,名曰燕公楼。山海经言:洞庭沅、澧之交,潇湘之渊,是为九江之门。按澧、鼎、沅、湘合诸蛮、黔南之水,汇为洞庭,至巴陵与荆江合而东,州据其上。水经云:湘水右会小青口,资水也,世谓之益阳江,右则沅水注之,谓之横房口,东到微湖,世谓之糜湖,西流注为江,谓之糜湖口。左则澧水,谓之武陵江。凡此五水,注为洞庭,北会为大江,名曰五潴。战国策曰:秦与荆战,大破之,袭郢,取洞庭五潴。楚辞帝子降兮北潴。皆其地也。寰宇记云:郡有青草、洞庭、巴丘二湖,青草湖中有青草山,冬春水■,皆■■也。洞庭,洞府之庭,上有洞庭真君庙堂,巴丘之名今不著。
Le pavillon de Yueyang est la tour de la porte occidentale de la ville. En contrebas il domine le Dongting, et les aspects des choses y sont larges et ouverts. En la quatrième année de l’ère Kaiyuan des Tang, le directeur du secrétariat Zhang Yue fut nommé gouverneur de cette préfecture, et chaque fois il montait au pavillon avec des hommes de talent pour y composer des poèmes, et dès lors son nom devint illustre. Par la suite, un gouverneur fonda de nouveau un pavillon à cent pas au nord du pavillon, et le nomma pavillon du duc de Yan. Le Classique des monts et des mers dit : au confluent du Yuan et du Li du Dongting, dans l’abîme du Xiao et du Xiang, se trouve la porte des Neuf Fleuves. Note : le Li, le Ding, le Yuan et le Xiang rassemblent les eaux des divers Man et du sud du Qian, et s’unissent pour former le Dongting ; parvenu à Baling, [le lac] se confond avec le Jingjiang et coule vers l’est, et la préfecture se dresse au-dessus. Le Classique des eaux dit : à droite, le Xiang rejoint l’embouchure de la Petite Qing, qui est la Zishui, que le monde appelle la rivière Yiyang ; à droite encore le Yuanshui s’y déverse, et l’on parle de l’embouchure Hengfang ; à l’est elle parvient au lac Wei, que le monde appelle le lac Mi, et coule vers l’ouest pour se déverser dans le fleuve, et l’on parle de l’embouchure du lac Mi. À gauche se trouve le Lishui, que l’on appelle la rivière Wuling. Toutes ces cinq eaux se déversent pour former le Dongting, et au nord elles se rejoignent en un grand fleuve : c’est ce qu’on nomme les Cinq Zhu. Les Stratagèmes des Royaumes combattants disent : les Qin combattirent les Jing, les mirent en grand déroute, attaquèrent Ying et prirent les Cinq Zhu du Dongting. Les Élégies de Chu disent : les filles de l’Empereur descendirent au Zhu du Nord. Tous ces textes parlent de ce lieu. Le Recueil universel dit : la commanderie possède les [deux] lacs Qingcao, Dongting et Baqiu ; dans le lac Qingcao se trouve le mont Qingcao, et l’hiver et le printemps, les eaux ■, sont tous ■■. Dongting signifie « la cour de la demeure souterraine » ; au-dessus s’élèvent le temple et la salle du Vrai Souverain du Dongting, et le nom de Baqiu n’est plus en usage aujourd’hui.
Chongjian Yueyang Lou Ji (Chronique de la reconstruction du pavillon de Yueyang)
岳阳楼在岳州府治西南右瞰洞庭左挹君山波光峦影万景在目诚一郡伟观也图志莫详创始然考之唐李杜诸贤皆有赋岳阳楼诗其来巳久至宋庆历间郡守滕宗谅子京重建范文正公希文作记而后岳阳楼之名益显于世庆历至是四百余年中间兴废不知其几矣成化丁亥进士眉山吴节以郎官有声出守兹郡登览之余怃然有感谓湖山景象不减旧闻而楼之规模大非昔比询之则后来郡人所构卑陋弗称亟欲改作还于旧观适视篆之初年饥用乏力未暇及久之政务渐举𡻕时渐稔廪有积粟库有积贰乃谋诸僚住稍出羡余兼助巳俸募工饬材撤其旧而新之始事于辛卯冬十一月讫工于壬辰夏五月杰栋峥嵘层檐翚飞高宏壮丽有加于前落成之日众皆欣悦以为盛事不可无述于是太守具事状介太仆寺丞邓君廷瓒来征予记嗟乎物不自美因人而美此理也夫以岳阳为楼据有洞庭之胜既云美矣而范公为记又历叙阴晴变态之妙以寓夫先忧后乐之心使人诵而味之非惟不出户庭而湖山景物尽在目中凡素存忧国忧民之念者自将惕然警省而油然兴起矣然则是楼之建岂为游观之好哉盖深有慕于公之为人而追寻芳躅思欲企而及之者也予闻太守治岳廉慎有为九载之间士安其教民安其政而吏亦怡然于禁令之下无敢侈然以肆者夫为郡而能仁于其民无愧于公之心也建楼无愧于公之文也公何人也希之则是子于太守有取焉于是乎书
Le pavillon de Yueyang se trouve au sud-ouest du siège de la préfecture de Yuezhou ; dominant à droite le Dongting et recevant à gauche le mont Jun, les lueurs des vagues et les ombres des pics, les dix mille aspects sont devant les yeux : c’est véritablement le grand spectacle d’une commanderie. Les cartes et les chroniques ne disent pas en détail qui le fonda ; pourtant, à y regarder, sous les Tang, Li [Bai], Du [Fu] et les autres sages eurent tous des poèmes sur le pavillon de Yueyang, si bien qu’il remonte à une antiquité lointaine. Parvenu à l’ère Qingli des Song, le gouverneur de la commanderie Teng Zongliang, de nom social Zijing, le reconstruisit, et après que Fan Wenzheng, de nom social Xiwen, en eut fait la chronique, le nom du pavillon de Yueyang brilla davantage encore dans le monde. De l’ère Qingli jusqu’à présent, plus de quatre cents ans ont passé, et l’on ne sait combien de fois, dans cet intervalle, il s’est relevé et s’est ruiné. En l’année dinghai de l’ère Chenghua, le lauréat des examens Wu Jie, de Meishan, sortant avec réputation de sa charge de directeur, vint comme gouverneur de cette commanderie. Dans les loisirs de ses ascensions et de ses contemplations, il éprouva un vif sentiment, disant : les aspects de ce lac et de ces monts n’ont rien perdu de ce qu’en rapporte l’ancienne renommée, mais l’ampleur du pavillon est loin d’égaler celle d’autrefois ; à s’en enquérir, [on apprit que] ce que des gens de la commanderie avaient construit par la suite était bas et mesquin, indigne [du site], et il souhaita aussitôt le refaire et lui rendre son aspect ancien. Or c’était au début de sa prise en charge du sceau ; l’année était de disette et les ressources insuffisantes, et il n’eut pas le loisir d’y toucher. Longtemps après, les affaires de l’administration s’engagèrent peu à peu, les saisons devinrent peu à peu abondantes, les greniers eurent du grain accumulé et la trésorerie des réserves ; il en délibéra alors avec ses subordonnés, préleva légèrement sur les excédents, y joignit une aide sur son propre traitement, leva des ouvriers, fit apprêter les matériaux, abattit l’ancien et en fit du neuf : commencée au onzième mois de l’hiver de l’année xinmao, l’œuvre fut achevée au cinquième mois de l’été de l’année renchen. Les faîtes éminents s’y dressent en hauteur, les avant-toits superposés s’y élancent comme des ailes de faisan : haute, vaste, forte et belle, elle a surpassé celle d’avant. Le jour où l’ouvrage fut achevé, tous se réjouirent, estimant qu’une si grande entreprise ne pouvait rester sans récit ; alors le gouverneur rédigea un état de l’affaire et, par l’entremise du seigneur Deng Tingzuan, sous-préfet de la Cour du haras impérial, vint me demander une chronique. Hélas ! Les choses ne sont pas belles d’elles-mêmes : c’est par les hommes qu’elles le deviennent — telle est la loi. Que, pour le pavillon de Yueyang, l’on possède la merveille du Dongting, on peut certes dire que c’est beau ; mais le seigneur Fan, dans sa chronique, a en outre exposé l’enchaînement des merveilles des transformations du ciel couvert et du ciel clair, pour y loger son cœur de « s’affliger avant, jouir après », faisant que celui qui le récite et le goûte, non seulement sans franchir sa porte a les aspects du lac et des monts tous devant ses yeux, mais encore que quiconque nourrit depuis toujours la pensée de s’inquiéter pour l’État et de s’inquiéter pour le peuple s’en trouve de lui-même averti et saisi d’alarme, et en ressent une exaltation spontanée ! Cela étant, la construction de ce pavillon fut-elle faite pour le plaisir des excursions et des contemplations ? C’est que [le gouverneur] admire profondément l’homme que fut le seigneur, poursuit ses traces parfumées et songe à s’élever jusqu’à l’atteindre. J’ai entendu dire que le gouverneur, gouvernant Yue[zhou], fut intègre, prudent et entreprenant ; en neuf ans, les lettrés ont trouvé la paix dans son enseignement, le peuple la paix dans son administration, et les officiers subalternes eux-mêmes sont à l’aise sous ses règles et ses défenses, nul n’osant s’y livrer à la licence. Être à la tête d’une commanderie et pouvoir être bienfaisant envers son peuple, c’est n’être pas indigne du cœur du seigneur ; bâtir ce pavillon, c’est n’être pas indigne des écrits du seigneur. Quel homme était le seigneur ? Désirer ardemment [le suivre] et prendre modèle sur lui — voilà en quoi j’ai trouvé le gouverneur digne d’être retenu. C’est ainsi que je l’ai écrit.
Xianmei Tang Ji (Chronique de la salle du Prunier immortel)
崇祯十二年六月晦,岳阳楼灾。其明年冬,余衔天子命至其地,则郡守告成事矣。楼左筑掌大室,附耳为仙梅亭。讯之云:建楼时,掘东南隅数拏,获石,长尺许,阔三之一,石上有墨迹,斜折一枝,错落数萼,墨高于石,可半米,凌凌然具衔霜茹雪之致,观者诧为神物。此仙梅堂所由与楼伊始也。今其石故在壁间,予熟视之,良然。予闻之,掘土得石,譬则破肉得骨也。石之有画文,譬天之有云气,万象百怪,无所不可,何独于梅而异之。天下岂真有神仙出没人间哉?予于此窃有感也。
Au dernier jour du sixième mois de la douzième année de l’ère Chongzhen, le pavillon de Yueyang connut un sinistre. L’hiver de l’année suivante, porteur de l’ordre du Fils du Ciel, je parvins en ce lieu, et le gouverneur de la commanderie m’annonçait déjà l’achèvement [de la reconstruction]. À gauche du pavillon on avait bâti une chambre grande comme la paume, jointe en appendice, pour [en faire] le pavillon du Prunier immortel. À qui j’en demandai la raison, l’on dit : lors de la construction du pavillon, en creusant de quelques brasses à l’angle sud-est, on découvrit une pierre, longue d’un pied et quelque, et large du tiers ; sur la pierre il y avait une trace d’encre, un rameau oblique et brisé, aux quelques boutons disposés en désordre, et l’encre s’élevait au-dessus de la pierre d’un demi-mètre environ ; nette et claire, elle possédait tout l’aspect d’une fleur qui porte le givre et se nourrit de neige, et ceux qui la virent s’étonnèrent d’un objet divin. Voilà d’où vint que la salle du Prunier immortel commença en même temps que le pavillon. Aujourd’hui cette pierre se trouve encore dans la paroi ; je l’ai regardée attentivement, et c’est bien ainsi. J’ai entendu dire : creuser la terre et trouver une pierre, c’est, en comparaison, fendre la chair et trouver l’os. Qu’une pierre porte des veines dessinées, c’est comme le ciel qui porte des nuages et des vapeurs : les dix mille images et les cent bizarreries n’ont rien d’impossible ; pourquoi donc s’étonner du seul prunier ? Y aurait-il vraiment, sous le ciel, des esprits et des immortels qui vont et viennent parmi les hommes ? Voilà sur quoi je me suis senti, en secret, remué.
当夫赤焰浃月,寒烬经年,湖山黯淡,乌鹊栖迟,潸然顾之,大难为怀。一日而役千夫,兴百堵,居人过客,怂恿观成,而瑞呈若此,盈城罢市,相顾动色,人人如有所获,岂偶然之故乎?自昔祸福同门,其来莫测。是故,涸川可以得珠,崩崖可以得玉,亦莫不以其所损为其所益,以其所不祥为其所祥。引而伸之,外宁者必内忧,先忧者必后乐,理势实然,天下事皆应作如是观也。
Au temps où la flamme rouge avait duré un mois entier et les cendres froides une année entière, le lac et les monts étaient sombres et ternes, les corneilles et les pies y venaient se percher ; à les regarder en pleurant, on gardait au cœur une grande affliction. Puis, en un seul jour, mille hommes furent mis à la besogne et cent murs s’élevèrent ; habitants et passants s’exhortaient mutuellement à contempler l’ouvrage accompli, et un présage tel que celui-ci se manifesta : la ville entière interrompit son marché, se regardant les uns les autres avec des visages changés, chacun comme s’il avait reçu quelque chose — serait-ce l’effet du hasard ? Depuis l’Antiquité, malheur et bonheur tiennent à la même porte, et leur venue ne se laisse pas sonder. C’est pourquoi une rivière tarie peut donner une perle et une falaise écroulée peut donner du jade ; en tout, invariablement, l’on fait de sa perte son profit, de ce qui lui était inauspicieux ce qui lui est auspicieux. En tirant le fil et en l’étendant : celui qui a l’extérieur paisible aura assurément le souci intérieur ; celui qui s’afflige avant assurément jouira après. La raison et la circonstance sont véritablement ainsi, et c’est ainsi que toutes les affaires de l’empire doivent être regardées.
且夫以梅之从来久远也,商、周之际,往往言之。然《说命》言味,《召南》言实,而皆略其华。故桃李舜英,竞胜于《国风》;江蓠杜若,齐芳于《楚骚》。独千百余年,梅无显者。崎岖六朝南北,而梅一日以花闻于天下。积渐至唐与宋,然后极盛。今兹之成形于石,埋光于土,迟之又久,达可而后大行,岂养晦待时,天地亦自然欤?君子观一物之得所、一物之失所,莫不有盛衰兴废之感焉!才人嗟遇,劳臣忧国,睹此将无动心欤!
Et de plus, que le prunier vienne de loin, on en parle déjà au temps des Shang et des Zhou. Pourtant le Shuoming parle de sa saveur et le Zhaonan de ses fruits, et tous deux laissent de côté sa fleur. C’est pourquoi le pêcher et le prunier de Chine et l’althée rivalisent d’éclat dans les Airs des Royaumes, et la lycopode des rives et la pollia excellent en parfum dans les Élégies de Chu ; seul, pendant plus de mille ans, le prunier n’eut pas d’éclat. Puis, par les chemins escarpés des Six Dynasties, du Sud et du Nord, le prunier devint en un jour célèbre sous le ciel pour sa fleur. S’accumulant peu à peu jusqu’aux Tang et aux Song, il atteignit alors son plus haut épanouissement. Qu’aujourd’hui il ait pris forme dans la pierre et enfoui sa lumière dans la terre, et qu’après une longue, longue attente, parvenu à l’accomplissement, il se répande alors largement — serait-ce que, nourrissant son obscurité en attendant son heure, le ciel et la terre aussi agissent par eux-mêmes ? L’homme de bien, contemplant qu’une chose obtient son lieu ou qu’une chose perd son lieu, n’en éprouve jamais qu’un sentiment d’épanouissement et de déclin, d’essor et de ruine ! Que l’homme de talent soupire sur sa fortune, que le ministre laborieux s’inquiète pour l’État — à voir cela, leur cœur ne sera-t-il pas ému ?
予闻之,物之神者,其生也必有以,其出也必有为。云门之桃,可以疗饥;太原之枣,可以克贼,其往事也。今日者,戎马生郊,饥馑荐至。登斯楼也,诵杜老“凭轩涕泗”之句,聚麋子国循良之吏与介胄之士,究图荒政,箸筹牧圉,后乐先忧,梅其与有助焉。吾以是为梅祝,梅果仙矣!若为是区区藏石在土、画文在石而异之,而神仙之也,天下岂真有神仙在人间哉!
J’ai entendu dire : pour les choses divines, leur naissance a assurément une cause, et leur apparition a assurément une mission. La pêche de Yunmen peut guérir la faim ; la jujube de Taiyuan a pu vaincre les brigands — ce sont là des faits anciens. Or aujourd’hui les chevaux de guerre paissent aux portes, et la famine se succède à elle-même. En montant en ce pavillon, à réciter le vers du vieux Du « m’appuyant à la balustrade, mes larmes coulent », à rassembler les bons magistrats de ce petit pays de Mi et les hommes en armes, à examiner à fond les mesures contre la disette, à appliquer les baguettes de calcul aux parcs et aux élevages, à jouir après et à s’affliger avant — le prunier, peut-être, y sera-t-il de quelque aide. C’est pour le prunier que je fais ce vœu : alors le prunier sera véritablement immortel ! Si, au contraire, pour si peu de chose — une pierre enfouie dans la terre, un dessin tracé sur la pierre — l’on s’en étonnait et l’on en faisait un prodige d’immortel, y aurait-il vraiment, sous le ciel, des esprits et des immortels parmi les hommes !
今天子文武,维后太平可俟,老成过计,或以外宁为忧,而好事者将侈谈蓬莱,以广大帝德。予不佞,断断然不敢以仙名梅,以自附于不著封禅之义,即以是记仙梅堂可矣!
Le Fils du Ciel d’aujourd’hui est cultivé et martial ; avec un tel souverain, la grande paix peut être attendue. Les vieillards expérimentés, dans leurs calculs excessifs, font peut-être de la paix extérieure un sujet de souci, tandis que les amateurs de prodiges se répandront en discours pompeux sur le Penglai, pour magnifier la vertu de l’Empereur. Moi, sans talent, résolument je n’ose donner au prunier le nom d’immortel, m’attachant ainsi au sens de ceux qui ne consignèrent pas les [sacrifices] Feng et Shan ; qu’en ceci donc la chronique de la salle du Prunier immortel suffise !
Nianyuan Cungao (Brouillons conservés du jardin Nian)
湖之有洞庭,楼之有岳阳,东南巨观也,详宋范文正公记中。历今数百年,兵燹之后,山川不改,而人民已非。楼虽岿然仅存,亦倾圯非故。顺治八年,江防兵备楼公晟、知府李公某来莅岳郡,郡则虚无人焉。盖自明末群盗所薮,虎狼榛莽,争此瓦砾之场。大清受命,王师底定楚疆,始留兵戍守,灶垒之外,虚无人犹昔也。赖两公竭力招徕之,然后负耒占茆者稍集。逾年,烟火渐繁,又以威辑兵,俾民与兵画然相安,郡称无事。两公乃登楼纵观而叹曰:域民不以封疆之界,固国不以山溪之险,威天下不以兵革之利,信乎吾与吾民乃今而后乐有斯楼也。于是捐金募役,因其坏缺而修葺之,计费不征派,劳不动众,楼之旧观顿复。
Que parmi les lacs il y ait le Dongting et parmi les pavillons le Yueyang, c’est là le grand spectacle du Sud-Est, exposé en détail dans la chronique du seigneur Fan Wenzheng des Song. Des siècles ont passé depuis lors ; après les incendies de la guerre, les montagnes et les rivières n’ont pas changé, mais le peuple n’est plus le même. Bien que le pavillon subsiste imposant et seul, il penche aussi, en ruine, et n’est plus l’ancien. En la huitième année de l’ère Shunzhi, le seigneur Lou Sheng, intendant militaire de la défense fluviale, et le seigneur Li [Ruoxing], préfet, vinrent administrer la commanderie de Yue, et la commanderie était vide et sans habitants. C’est que, depuis la fin des Ming, elle avait été le repaire de bandes de brigands ; les tigres et les loups [y régnaient] dans les broussailles, se disputant ce champ de décombres. Lorsque le Grand Qing reçut le Mandat et que l’armée royale eut pacifié les marches du Chu, on y laissa pour la première fois des troupes en garnison ; mais au-delà des fours et des retranchements, le vide sans habitants était comme avant. Grâce à l’effort total des deux seigneurs pour attirer [les gens], ceux qui portaient la charrue et occupaient les huttes se rassemblèrent peu à peu. L’année passée, les fumées des foyers se firent graduellement nombreuses, et ils apaisèrent en outre les soldats par leur prestige, de sorte que le peuple et les soldats se trouvèrent nettement en paix réciproque, et la commanderie fut dite sans incident. Les deux seigneurs montèrent alors au pavillon et, le contemplant de tout leur regard, soupirèrent : « Pour retenir le peuple, on ne s’en tient pas aux frontières du territoire ; pour affermir l’État, on ne s’en tient pas à l’escarpement des monts et des vallées ; pour faire régner sa crainte sur l’empire, on ne s’en tient pas à l’acuité des armes » — en vérité, c’est à partir d’aujourd’hui que nous et notre peuple nous réjouissons de posséder ce pavillon. Alors ils firent don de l’argent et levèrent des corvées, et, suivant ses brèches et ses manques, le réparèrent et le remirent en état ; le coût calculé ne fut pas imposé par taxe, la peine ne remua pas la multitude, et l’ancien aspect du pavillon fut aussitôt restauré.
八年孟冬,予以使过而登之,两公具述其役,因属予为记。今夫孩提之童,父母爱之,不徒欲其饱暖之而已,或导之游戏之区,授之玩乐之具,凡以教之适心志,忘疲病也。岳父老子弟困极矣,彼习见知其地有大湖之奇、楼观之美,一旦沦废,未有不愀然伤之,不后其衣食者。今即嗷嗷者未息,而斯楼既复,郡之荒陋,楼之崇丽,足以盖之。朝夕登楼一望,犹见湖波晏然,估舶渔艇,往来停泊于楼之下,伊何人之赐邪?则两公今日之役,固所以率作其乐生之心,而两公之能乐民之乐,亦可知已。愿以嗣文正先忧后乐之旨。
Au premier mois d’hiver de la huitième année, passant en mission, je le montai ; les deux seigneurs me racontèrent leurs travaux en détail et me chargèrent d’en faire la chronique. Or considérez : un enfant au berceau, ses parents l’aiment, et ne veulent pas seulement qu’il soit repu et vêtu chaudement ; ils le guident aussi vers un lieu où il joue et se divertit, lui donnent les instruments de ses jeux et de ses plaisirs — tout cela pour lui apprendre à satisfaire son cœur et sa volonté et à oublier la fatigue et la maladie. Les anciens, les pères et les fils de Yue étaient épuisés à l’extrême ; ceux-là savaient par usage que leur terre possédait la merveille d’un grand lac et la beauté de pavillons et de belvédères ; à les voir un jour sombrer et périr, nul n’eût manqué d’en être attristé et de le plaindre, et de les mettre après ses vêtements et sa nourriture. Aujourd’hui, même si les gémissements ne sont pas encore apaisés, ce pavillon est néanmoins restauré ; la désolation de la commanderie, l’élévation et la splendeur du pavillon suffisent à la couvrir. Matin et soir, à monter au pavillon et à jeter un regard, l’on voit encore les vagues du lac paisibles et calmes, et les barques des marchands et les esquifs des pêcheurs aller, venir et mouiller au-dessous du pavillon — de qui donc est-ce le don ? Alors les travaux d’aujourd’hui des deux seigneurs sont véritablement ce qui mène et fait agir le cœur qui se réjouit de vivre, et que les deux seigneurs sachent se réjouir de la joie du peuple, on peut aussi le connaître. Puisse [cette chronique] faire suite au sens du seigneur Wenzhang : « s’affliger avant, jouir après ».
Yuezhou Fuzhi (Chronique de la préfecture de Yuezhou)
山首衡岳,波首洞庭,此吾楚之大观也。洞庭浩淼八百里,纳九水而吞吐之,而惟岳阳收揽湖山之气,以约束其精华,故形胜甲于天下,此楼所由昉乎?楼之创始莫考,自子京增其式廓,希文力为表章,楼观直与湖山并传。后此兴废靡常,陵谷变迁,而兹楼如日星河岳之不可易。
Les monts ont pour premier ceux de Heng, les vagues pour premier le Dongting — tel est le grand spectacle de notre Chu. Le Dongting, vaste et immense sur huit cents li, reçoit neuf eaux et les avale et les recrache, et c’est Yueyang seul qui recueille et empoigne le souffle du lac et des monts pour en tenir liée l’essence fleurie ; c’est pourquoi sa beauté de position est la première de l’empire. Est-ce là d’où ce pavillon prit son commencement ? La fondation du pavillon ne peut être examinée ; depuis que Zijing en agrandit l’ampleur et que Xiwen déploya ses forces pour le faire paraître, le pavillon et le belvédère se transmirent de droit en même temps que le lac et les monts. Par la suite, essors et ruines n’eurent pas de constance, les collines et les vallées changèrent et se déplacèrent, et pourtant ce pavillon est comme le soleil, les étoiles, le fleuve et les pics : il ne peut être changé.
今上偃武修文,图成王会。我郡伯李公,于退食之暇,登临怀古,慨然以修复为己任,鸠工庀材,踵华增美,规模宏敞,顿复旧观。既成,属予纪其事。予惟湖山胜概,昔人已先我言之,何敢以不文续貂焉。读先忧后乐之语,未尝不三复流连也。姑即以往事证之:荆山铸鼎,骑龙上升,是帝子之所凭依也;张乐广野,钧天奏响,是神人之所窟宅也;湘灵鼓瑟,泪竹成斑,是妃子之所倘佯也。厥后祖龙浮湘,风涛大作,焚山赭树;武帝索酒香山,竟为东方生窃饮。两人求仙,而仙卒不至,山川似亦有灵焉。
Notre souverain d’aujourd’hui a mis au repos les armes et cultivé les lettres, projetant d’accomplir l’Assemblée des rois. Notre préfet de commanderie, le seigneur Li, dans les loisirs qui suivent ses repas [de fonction], s’élevant pour contempler et chérissant l’antiquité, prit avec un vif sentiment la restauration pour sa charge propre, rassembla des ouvriers et apprêta des matériaux, poursuivit sa splendeur et accrut sa beauté ; l’ampleur en fut grande et ouverte, et l’ancien aspect aussitôt restauré. L’ouvrage achevé, il me chargea de consigner l’affaire. Je pense : du beau spectacle du lac et des monts, les hommes d’autrefois ont parlé avant moi ; comment oserais-je, sans talent littéraire, y joindre une queue de zibeline ? Mais à lire les paroles « s’affliger avant, jouir après », je ne puis m’empêcher de les répéter trois fois en m’y attardant. Essayons néanmoins d’en faire la preuve par les faits anciens : sur le mont Jing on fondit le trépied, et l’on monta au ciel sur un dragon — c’est là où les fils de l’Empereur se tiennent appuyés ; on fit jouer la musique dans la vaste plaine, et l’harmonie du ciel résonna — c’est là où les dieux et les hommes ont leur caverne et leur demeure ; le génie du Xiang pince sa cithare, et les bambous des larmes se marbrent — c’est là où les épouses [de Shun] ont flâné. Par la suite, le Dragon Ancestral flotta sur le Xiang, et les vagues s’élevèrent en grande fureur, il brûla la montagne et rougit les arbres ; l’empereur Wu quêta du vin sur le mont Parfumé, et il fut, à la fin, bu en secret par Dongfang Shuo. Deux hommes recherchèrent les immortels, et les immortels, à la fin, ne vinrent pas : les montagnes et les rivières semblent posséder elles aussi un esprit.
夫山川之气,与天地相为表里。天地之所爱惜者,山川亦输诚效款;天地之所妒忌者,山川亦惨淡改观。勿谓此薮泽之微,无关于治乱剥复之数。由斯以观,有道之世,天河绳,器车出,醴泉涌,非虚语也。小范先忧后乐之旨,不旷世而同揆乎!比者河清海晏,湖光时露蜃楼之奇,是亦山川效灵之一证。
Or le souffle des montagnes et des rivières fait avec le ciel et la terre l’office du dehors et du dedans. Ce que le ciel et la terre chérissent et épargnent, les montagnes et les rivières le leur rendent aussi en sincérité et en hommage ; ce que le ciel et la terre jalousent, les montagnes et les rivières en changent aussi en tristesse et en pâleur. Ne dites pas que la petitesse de ce marais et de cette étendue n’a nulle part dans le nombre de l’ordre et du désordre, de la dépouille et du retour. À le regarder d’ici : dans un âge qui possède la Voie, le fleuve Céleste se fait corde, les chars merveilleux paraissent, les sources douces jaillissent — ce ne sont pas là des paroles vaines. Le sens du petit Fan, « s’affliger avant, jouir après », n’est-il pas, à travers des âges lointains, d’une même mesure ? Récemment, le fleuve s’est clarifié et les mers se sont apaisées, et la lumière du lac laisse paraître parfois la merveille des mirages — c’est là aussi une preuve que les montagnes et les rivières rendent leur puissance.
我公以政通人和之余,为此修废举坠之事,于以作镇方州,绍休芳轨,裨益于风俗、人心者不小,岂南楼之风月、黄鹄之烟云所能颉颃哉!是役也,力不劳于民,财不取于帑,经始于癸亥首春,落成于甲子仲夏。遥望层城,丹楼如霞,目之者不能发一语。游者熙熙,如登春台。吾有以卜:公之后天下之乐而乐矣!
Notre seigneur, dans le loisir d’une administration en harmonie et d’un peuple en concorde, a accompli cette œuvre de réparer ce qui était tombé et de relever ce qui était brisé, pour en faire le pilier qui garde la province et pour continuer l’éclat des beaux exemples ; son profit pour les mœurs et pour le cœur des hommes n’est pas petit — comment le vent et la lune de la Tour du Sud ou les nuages et les brumes de la [tour de la] Grue jaune pourraient-ils lutter avec lui ? De ces travaux, la peine ne fatigua pas le peuple, l’argent ne fut pas pris sur la trésorerie ; commencés au premier printemps de l’année guihai, ils furent achevés au milieu de l’été de l’année jiazi. À regarder de loin les murs superposés, le pavillon de cinabre est comme des nuées de rosée du matin ; ceux qui le voient ne peuvent proférer une parole. Les promeneurs s’y pressent en liesse, comme s’ils montaient à la terrasse du printemps. J’ai de quoi en tirer le pronostic : le seigneur « ne jouira qu’après toutes les joies de l’empire » !
岳郡介在湖滨,西城上有岳阳楼,历年永久,兴废无常。予于己未秋叱驭至此,见楼欹斜将圯,宜葺而新之。然而君子居是官,则当尽是职。太守一官,主于勤农、赈贫、察奸、决讼、兴革利弊、鼓舞人文。昔贾琮升车褰裳,而百姓震悚;孙成赈发救饥,而户口益增;文翁兴学校于成都,能令风同齐鲁;龚遂卖剑刀于渤海,辄使俗务农桑。凡此政绩,迄今颂述不衰,未闻以楼台亭阁为事而播声誉于无穷也。况郡当逆陷,后继以饥馑,荆榛遍野,瓦砾盈城,窜者未归,窃者未靖,朴者不暇耕耘,秀者不遑弦诵,劳于王事者不得休息。若以修楼为先务,毋乃轻重失衡、缓急倒置,而大违致泽之初心乎?于是作而止,议而寝,以专精其思于吏治,不顾斯楼之日就圯。
La commanderie de Yue se trouve en bordure du lac ; sur la muraille occidentale de la ville se dresse le pavillon de Yueyang, qui a traversé de longues années, et ses essors et ses ruines n’ont pas eu de constance. À l’automne de l’année jiwei, fouettant mes chevaux, je parvins ici et vis le pavillon penché au point de s’écrouler : il aurait fallu le réparer et le renouveler. Mais l’homme de bien, lorsqu’il occupe cette charge, doit en remplir pleinement l’office. La charge unique de préfet consiste à s’occuper avec zèle de l’agriculture, à secourir les pauvres, à examiner les perfides, à juger les procès, à faire surgir le profit et abolir le préjudice, et à encourager les lettres et les hommes. Jadis, Jia Cong, montant en voiture, souleva le rideau, et les cent familles en furent saisies de crainte respectueuse ; Sun Cheng distribua des secours et sauva de la famine, et les foyers s’en accrurent davantage ; Wen Weng fit fleurir les écoles à Chengdu, et put faire que les mœurs égalassent celles du Qi et du Lu ; Gong Sui vendit les épées et les sabres au Bohai, et fit aussitôt que la coutume s’attachât à l’agriculture et à la sériciculture. Toutes ces œuvres d’administration, jusqu’à aujourd’hui, on les loue et on les raconte sans relâche ; jamais on n’a entendu dire que quelqu’un, s’occupant de pavillons, de tours et de kiosques, ait répandu sa renommée sans fin. À plus forte raison lorsque la commanderie venait d’être perdue aux rebelles, que la famine s’y était succédé, que les ronces et les buissons couvraient la campagne, que les décombres emplissaient la ville, que ceux qui avaient fui n’étaient pas encore revenus, que ceux qui pillaient n’étaient pas encore apaisés, que les simples n’avaient pas le loisir de labourer ni de moissonner, que les lettrés n’avaient pas le loisir de chanter ni de lire, et que ceux qui peinaient au service du roi ne pouvaient prendre de repos : si, en un tel moment, j’avais fait de la réparation du pavillon ma tâche première, n’aurais-ce pas été déséquilibrer le léger et le grave, renverser l’urgent et le patient, et violer grandement le dessein premier d’étendre la grâce ? Alors, je le fis et m’arrêtai, j’en parlai et y renonçai, pour concentrer ma pensée avec précision sur le gouvernement des fonctionnaires, sans m’occuper de ce pavillon qui allait chaque jour davantage vers la ruine.
越三年,滇黔荡涤,四境晏如,疮痍起色,以暇以宁,融融然,彬彬然,非复昔日景象。夫然后登君山,瞻乌石,览洞庭,眺天岳,倍饶佳致,惜斯楼益欹斜不堪。予惟揽辔问俗以来,兴废举坠,罔敢传舍视也,独斯楼任其倾颓,宁不获罪创修诸先辈耶?乃从万难拮据中,点金匡正之,俾勿即于废。苦更桷加榜,置楹易楠,增陶瓦,立墉垣,施黝垩,图厥完壮,费实不赀,予何能胜任?恭请上台,捐囊首倡,谋诸僚庶,各输镪有差。远近欣然,而集者又复有人。遂购材募匠,弗烦民力,并日鸠工,而次第竣事焉。
Trois ans passés, le Dian et le Qian furent balayés et lavés, les quatre frontières furent paisibles et calmes, les plaies et les blessures prirent de belles couleurs ; avec le loisir et avec la paix, tout fut paisible et harmonieux, ordonné et poli, et ce n’était plus l’aspect des jours anciens. Ce n’est qu’alors que je montai au mont Jun, que je contemplai la Pierre du Corbeau, que je parcourus du regard le Dongting et que je regardai au loin le pic Tianyue : le double de beaux enchantements, hélas que ce pavillon en était de plus en plus penché et insoutenable ! Je pense : depuis que je tins les rênes et m’enquis des mœurs, relevant ce qui était tombé et restaurant ce qui était brisé, je n’osai jamais rien regarder comme une auberge de passage ; laisser ce seul pavillon aller à sa chute et à sa ruine, n’aurais-je pas péché envers tous les anciens qui le fondèrent et le bâtirent ? Alors, du milieu de mille difficultés et d’une grande gêne, je recueillis l’argent et le redressai, afin qu’il ne s’achemine point à la ruine. Je fis amèrement remplacer les chevrons et ajouter les poutres, poser les colonnes et changer le bois de nanmu, augmenter les tuiles de terre cuite, dresser les murs et les murailles, appliquer le noir et la chaux, projetant son achèvement et sa force — la dépense en fut véritablement incalculable, et comment aurais-je pu, seul, y suffire ? Respectueusement je le demandai aux hautes instances, qui vidèrent leurs bourses pour donner l’exemple ; je m’en ouvris aux subordonnés et aux officiers, qui versèrent chacun de l’argent selon leur mesure. De près et de loin, on y prit plaisir, et il y eut encore des gens qui s’assemblèrent [pour contribuer]. Alors j’achetai des matériaux et levai des artisans, sans fatiguer la force du peuple ; les jours furent joints pour rassembler les ouvriers, et l’ouvrage fut achevé étape par étape.
考斯楼,唐以前不甚显。自开元初,中书令张燕公出守是郡,登临歌咏,日相播扬。暨宋庆历间,郡守滕子京重建,希文范公作记,流传海内。高人名士、缙绅先生,无不愿见之也。先是楼右有净土庵,废之久矣;今复构室三间,召浮屠栖之,则循古以为辙也。先是楼左有屋数楹,以有纯阳之梅在,谓之仙梅亭,然而其实非亭;今于故址建亭,以副厥名,此则更新以为弦也。岁在甲子,运届上元,斯楼焕然一新。士女讴吟,渔樵唱答,游人辐辏,则又天人之会合也。诸父老请予以示永久。嘻,有范公之记,予妄言之,岂非听白雪之音、观绿水之节,而东野巴人不自觉其蚩鄙,载笑载言也哉!诸父老固请无已,笔斯以勒于石,又置二碑:一以重刊文正公之记,一以胪列各捐修之数。俟后君子征前事,复征今事也。
Si l’on examine ce pavillon, avant les Tang il n’était pas fort illustre. Depuis le début de l’ère Kaiyuan, lorsque le directeur du secrétariat, le duc Zhang de Yan, sortit comme gouverneur de cette commanderie, s’élevant pour contempler, chantant et poétisant, il le répandit jour après jour davantage. Parvenu à l’ère Qingli des Song, le gouverneur de la commanderie Teng Zijing le reconstruisit, et le seigneur Fan Xiwen en fit la chronique, et il se répandit par tout l’empire. Hommes éminents et lettrés célèbres, officiers de cour et gentilshommes, tous souhaitèrent le voir. Auparavant, à droite du pavillon se trouvait le couvent de la Terre pure, en ruine depuis longtemps ; aujourd’hui j’y ai bâti de nouveau trois travées et convoqué un bouddhiste pour y demeurer : c’est suivre l’antique pour en faire la voie. Auparavant, à gauche du pavillon se trouvaient quelques travées de maison, qui, parce que s’y trouvait le prunier de [Lü] Chunyang, furent appelées pavillon du Prunier immortel ; pourtant, en réalité, ce n’était pas un pavillon ; aujourd’hui, sur l’ancien site, j’ai bâti un pavillon pour correspondre à son nom : c’est renouveler pour en faire la corde. En l’année jiazi, le cycle parvint à l’origine suprême, et ce pavillon resplendit de nouveauté. Les lettrés et les dames y chantent et y récitent, les pêcheurs et les bûcherons s’y répondent en chansons, les promeneurs y convergent comme les rayons d’une roue : c’est là encore une rencontre du ciel et des hommes. Les pères anciens me prièrent de le montrer pour la perpétuité. Hé ! Avec la chronique du seigneur Fan, si je parle à l’étourdie, n’est-ce pas écouter le son de la Neige blanche, contempler la mesure des Eaux vertes, et que l’homme des champs de Ba ne s’aperçoive pas lui-même de sa rusticité, riant et parlant à la fois ? Les pères anciens insistèrent sans relâche ; j’écrivis ceci pour le graver sur la pierre, et j’y plaçai en outre deux stèles : l’une pour graver de nouveau la chronique du seigneur Wenzhang, l’autre pour énumérer en ordre les montants des divers dons de la restauration — afin que les hommes de bien d’après puissent vérifier les faits anciens et vérifier aussi les faits d’aujourd’hui.
Da Ming Yitong Mingsheng Zhi (Chronique des sites illustres du Grand Ming unifié)
岳阳楼著名海内,创始不知为谁。唐开元年,张说出守是邦,日与才士登临,赋咏其中,自尔名著。宋庆历间,膝宗谅作而新之,范希文为之记,苏子美书丹,邵竦篆额,时称四绝。
Le pavillon de Yueyang est célèbre dans tout l’empire ; qui le fonda, on ne le sait pas. Sous l’ère Kaiyuan des Tang, Zhang Yue sortit comme gouverneur de ce pays et montait chaque jour avec des hommes de talent pour y contempler et y composer des poèmes ; dès lors son nom devint illustre. Sous l’ère Qingli des Song, Teng Zongliang le refit et le renouvela ; Fan Xiwen en fit la chronique, Su Zimei la traça au cinabre, et Shao Song en grava le titre en sigillaire : le temps les nomma les Quatre Merveilles.
诗记云:中书今张说,徙知岳州,为文凄婉,人以为得江山之助。贾至贬岳州司马,初至马陵,兴李白泛洞庭诗:枫岸纷纷落叶多,洞庭秋水晚来波。乘兴经舟无远近,白云明月吊湘娥。太白诗:洞庭西望楚江分,水尽南天不见云。日落长沙秋色远,不知何处吊湘君。孟浩然诗:八月湖水平,涵虚混太清。气蒸云梦尘,波撼岳阳城。欲济无舟楫,端居耻圣明。坐观垂钓者,徒有羡鱼情。杜子美诗:昔闻洞庭水,今上岳阳楼。吴楚东南圻,乾坤日夜浮。亲朋鱼一字,老病有孤舟。戒马关山北,凭轩涕泗流。按元稹作杜甫墓铭曰:子美扁舟荆楚间,竟以寓卒,旅殡岳阳。后四十年,子美之孙嗣业启枢葬于偃师,时元和之癸巳岁也。
La Chronique des poèmes dit : le directeur du secrétariat Zhang Yue fut muté comme administrateur de Yuezhou ; sa prose était plaintive et gracieuse, et les gens estimaient qu’il avait reçu l’aide des monts et du fleuve. Jia Zhi fut rétrogradé au poste de maréchal de Yuezhou ; nouvellement arrivé à Maling, il composa avec Li Bai le poème En barque sur le Dongting : « Sur les rives d’érables, en foule tombent les feuilles nombreuses ; sur les eaux d’automne du Dongting, les vagues viennent du soir. Portés par l’humeur, en barque légère, sans mesurer le proche ni le lointain ; les nuages blancs et la lune brillante pleurent la nymphe du Xiang. » Le poème de Taibai : « Du Dongting regardant vers l’ouest, le fleuve du Chu se partage ; les eaux s’achèvent, le ciel du sud ne laisse voir aucun nuage. Le soleil se couche, les couleurs d’automne de Changsha s’éloignent ; on ne sait en quel lieu pleurer le Souverain du Xiang. » Le poème de Meng Haoran : « Au huitième mois, les eaux du lac sont à niveau, étreignant le vide et mêlées à la Grande Pureté ; la vapeur s’élève du marais de Yunmeng, les vagues secouent la ville de Yueyang. Voulant le traverser, je n’ai ni barque ni rames ; rester assis à l’écart, j’ai honte devant le sage et l’éclairé. Assis, je contemple celui qui pêche à la ligne : en vain j’ai l’envie du poisson. » Le poème de Du Zimei : « Jadis j’entendais parler des eaux du Dongting ; aujourd’hui je monte au pavillon de Yueyang. Le Wu et le Chu se fendent au sud-est ; le ciel et la terre, nuit et jour, y flottent. Des parents et des amis, pas une lettre ; vieux et malade, une barque solitaire. Les chevaux de guerre sont au-delà des monts du nord ; m’appuyant à la balustrade, mes larmes coulent. » Note : Yuan Zhen, dans l’inscription funéraire de Du Fu, dit : Zimei, en barque légère entre le Jing et le Chu, finit par mourir dans sa demeure d’exil, et sa dépouille fut mise en bière de voyage à Yueyang. Quarante ans plus tard, le petit-fils de Zimei, Siye, ouvrit le cercueil et l’inhuma à Yanshi : c’était l’année guisi de l’ère Yuanhe.
滕子京岳阳集序云:六朝通三百三十七载,惟颜延年、阴子坚见于章句子。按延之有始安郡还都兴,张湘州登巴陵作,阴铿有渡青草湖诗,似非颛指岳阳楼者。然初盛唐诗但作巴陵城楼,未当名岳阳楼也。大历间,杜子美有今上岳阳楼之句,故后人颛目为岳阳耳。宋范致明有岳阳风土记三卷,国朝有岳阳纪胜巢编四卷。
La préface au recueil de Yueyang de Teng Zijing dit : les Six Dynasties couvrirent en tout trois cent trente-sept ans, et seuls Yan Yannian et Yin Zijian apparaissent dans des strophes. Note : Yan [Yan]zhi a le poème composé, au retour de la commanderie de Shi’an vers la capitale, en montant à [la tour de] Baling avec Zhang de Xiangzhou ; Yin Keng a le poème Passage du lac Qingcao ; il semble qu’ils ne désignent pas spécialement le pavillon de Yueyang. Or les poèmes des premiers Tang et des Tang florissants ne parlent encore que de « la tour de Baling » et ne la nomment pas pavillon de Yueyang. Sous l’ère Dali, Du Zimei eut le vers « aujourd’hui je monte au pavillon de Yueyang » ; c’est pourquoi les hommes d’après la nomment spécialement Yueyang. Fan Zhiming des Song a la Chronique des mœurs et du terroir de Yueyang en trois volumes ; la dynastie présente a la Compilation des merveilles de Yueyang en quatre volumes.
风土记云:岳阳楼,城西门楼也。南楼、杨公台,皆见岳阳诗。访今并无遗迹可践。或云楚泽门,旧南楼也。又云:楚泽门、碧湘门,皆瓮城门,而楚泽门以经火不复治。
La Chronique du terroir dit : le pavillon de Yueyang est la tour de la porte occidentale de la ville. La Tour du Sud et la terrasse du seigneur Yang apparaissent toutes deux dans les poèmes de Yueyang ; à les visiter aujourd’hui, il n’y a en outre aucune trace où l’on puisse marcher. Certains disent que la porte Chuze était l’ancienne Tour du Sud. Il est dit encore : les portes Chuze et Bixiang étaient toutes deux des portes d’enceinte, et la porte Chuze, ayant subi un incendie, ne fut plus réparée.
Wang Taichu Xiansheng Wuyue Youcao (Esquisses de voyage aux Cinq Pics de maître Wang Taichu)
楼阁古有名者,仲宣楼在荆州城上,所见惟平楚,亦非其旧址也。太白楼在济宁州城上,济、汶、泗水横络其前,帆樯千百,过酒楼下,时有胜致。及登南昌王阁,章贡大水西来注北,阁与水,称杰然大观,然不若武昌黄鹤楼。虽水与王来公不殊,而楼制工巧奇丽,立黄鹄矶上,且三面临水,又西对晴川楼、汉阳城为佳。总之又不若岳州岳阳楼。君山一发,洞庭万顷,水天一色,杳无际涯,非若滕王、黄鹤,眼界可指,故其胜为家。三楼皆西向,岳阳更雄
Parmi les pavillons et les tours renommés depuis l’Antiquité, la tour Zhongxuan se dresse sur la muraille de Jingzhou ; ce qu’on y voit n’est que la plaine du Chu, et ce n’est pas non plus son ancien emplacement. La tour de Taibai se dresse sur la muraille de la préfecture de Jining ; le Ji, le Wen et le Si s’entrecroisent devant elle, et des voiles et des mâts par centaines et par mille passent au-dessous de la tour des vins : il y a là parfois un bel enchantement. Et lorsque je montai au pavillon du [prince] Teng de Nanchang, les grandes eaux du Zhang et du Gong viennent de l’ouest et se déversent au nord ; le pavillon et les eaux méritent le nom de spectacle grandiose, et pourtant il n’égale pas la tour de la Grue jaune de Wuchang. Bien que ses eaux ne diffèrent guère de celles du pavillon du prince Teng, la construction de la tour est ouvragée, étrange et belle ; dressée sur la falaise de la Grue jaune, et de plus regardant l’eau sur trois faces, tandis qu’à l’ouest elle fait face à la tour Qingchuan et à la ville de Hanyang — voilà qui est beau. En somme, [toutes] n’égalent pas le pavillon de Yueyang de Yuezhou. Le mont Jun est une chevelure [à l’horizon], le Dongting dix mille ares ; l’eau et le ciel sont d’une seule couleur, lointaine, sans bord que l’on puisse voir — ce n’est pas comme le [pavillon du prince] Teng ou la [tour de la] Grue jaune, dont le champ du regard peut se désigner [du doigt] ; c’est pourquoi sa beauté est sans pareille. Les trois tours sont toutes tournées vers l’ouest, et Yueyang est encore plus majestueuse…
Hunan Tongzhi (Chorographie générale du Hunan)
岳阳楼在县西。风土记:城西门楼也。下瞰洞庭,景物宽阔。唐开元四年,中书令张说除守此州,每与才士登楼赋诗,自尔名著。其后,太守于楼北百步复创楼,名日燕公楼。三才图会:岳阳楼,其制三层,四面突轩,状如十字,面各二溜水。方舆胜览:岳阳楼宋滕宗谅作而新之,范希文为之记,苏子美书丹,邵竦篆额,时称四绝。府志:岳阳楼自明成化以后,屡圯。康熙二十二年重建,复灾。乾隆五年复修,始还旧观。
Le pavillon de Yueyang se trouve à l’ouest du chef-lieu du district. La Chronique du terroir : c’est la tour de la porte occidentale de la ville. En contrebas il domine le Dongting, et les aspects des choses y sont larges et ouverts. En la quatrième année de l’ère Kaiyuan des Tang, le directeur du secrétariat Zhang Yue fut nommé gouverneur de cette préfecture, et chaque fois il montait au pavillon avec des hommes de talent pour y composer des poèmes, et dès lors son nom devint illustre. Par la suite, un gouverneur fonda de nouveau un pavillon à cent pas au nord du pavillon, et le nomma pavillon du duc de Yan. Les Schémas assemblés des trois puissances : le pavillon de Yueyang, sa construction compte trois étages, des galeries saillantes sur les quatre faces, en forme de croix, chaque face ayant deux chutes d’eau. Le Miroir des merveilles du monde : le pavillon de Yueyang fut refait et renouvelé par Teng Zongliang des Song ; Fan Xiwen en fit la chronique, Su Zimei la traça au cinabre, Shao Song en grava le titre en sigillaire : le temps les nomma les Quatre Merveilles. La chronique de la préfecture : depuis l’ère Chenghua des Ming, le pavillon de Yueyang s’est écroulé à plusieurs reprises. Reconstruit en la vingt-deuxième année de l’ère Kangxi, il connut de nouveau un sinistre. Réparé de nouveau en la cinquième année de l’ère Qianlong, il retrouva alors son ancien aspect.
Photographies anciennes
Vers 1900-1912
La plateforme Historical Photographs of China de l’université de Bristol conserve des vues anciennes des rives du lac prises à trois époques : la collection Banister Family, cote Ba-s050, prise vers 1900 ; Sw13-043, photographiée par G. Warren Swire en 1906-1907, et Sw16-055, photographiée en 1911-1912 ; les négatifs d’origine sont conservés aux Archives et collections spéciales de l’École des études orientales et africaines (SOAS) de l’université de Londres, et les droits appartiennent à John Swire & Sons Ltd. Les trois photographies conservent, depuis des distances différentes, la relation entre le pavillon de Yueyang, la porte de la ville, de longs tronçons de muraille, les habitations riveraines, les barques amarrées et la surface du lac Dongting. La plateforme publie ces images en basse définition sous licence CC BY-NC-ND 4.0.
1926
La troisième série du 《亚细亚大观》 (Grand panorama de l’Asie) conserve une vue d’ensemble ancienne du pavillon de Yueyang et des murailles regardés de loin depuis le côté du lac Dongting ; l’édition originale indique une prise de vue en 1926.
Des années 1920 aux années 1930
Le troisième volume du Shina Bunka Shiseki (Vestiges historiques de la culture chinoise), dirigé par Tokiwa Daijō et Sekino Tadashi, recueille des vues anciennes de l’aspect extérieur du pavillon de Yueyang donnant sur la rue et de son intérieur.
1932-1938
Deux vues anciennes du pavillon de Yueyang conservées aux Archives municipales de Yueyang furent prises respectivement après la grande restauration de la vingt-et-unième année de la République et en la vingt-septième année de la République : la première conserve de près la forme du pavillon principal, des pavillons latéraux et de la cour ; la seconde fut prise depuis l’extérieur de la porte « Au sud, jusqu’au Xiang » et montre la tour-porte, les pavillons latéraux et le pavillon principal. Dans le dossier thématique de ce fonds publié par les Archives en 2025 pour la « Journée du pavillon de Yueyang », sont encore réunies des peintures du pavillon de Yueyang des époques Song, Yuan, Ming et Qing, des photographies et des plans d’avant et d’après la grande restauration par démontage de 1983-1984, ainsi que des reproductions de la Chronique du pavillon de Yueyang calligraphiée par Mi Fu, Zhu Yunming, Wen Zhengming et d’autres calligraphes des époques passées.
1938
Le dixième volume du Yadong Yinhua Ji (Recueil d’images de l’Asie orientale), livraison 163, « Aux environs du lac Dongting », publie une vue plongeante de la ville de Yuezhou datée de février 1938, où les habitations denses se déploient le long de la rive du lac.
1938-1945
Une carte postale du pavillon de Yueyang éditée durant l’occupation japonaise montre le pavillon principal et les pavillons latéraux depuis la cour devant le pavillon ; l’image de l’original est actuellement fournie comme document du domaine public par Wikimedia Commons.
Références
- Comité de rédaction des chorographies locales de la province du Hunan (dir.) : 《岳阳楼志》 (Chronique du pavillon de Yueyang), éditions Fangzhi, 2016, chap. 3 « Vicissitudes de l’ancien pavillon », p. 64-87.
- Comité de rédaction des chorographies locales de la province du Hunan (dir.) : 《岳阳楼志》 (Chronique du pavillon de Yueyang), éditions Fangzhi, 2016, chap. 6 « Florilège des arts et des lettres », section 2 « Prose », p. 165-180.
- Chorographies locales de la ville de Yueyang : « Chronique du pavillon de Yueyang », chap. 6 « Florilège des arts et des lettres », section 2 « Prose » ; le contenu de la page correspond aux pages 165-180 de l’ouvrage précédent.
- Chorographies locales de la ville de Yueyang : « Chronique des événements majeurs » de la Chronique du pavillon de Yueyang, qui recueille les notices sur la reddition et la garnison de 1945, la réparation de 1950 et la grande restauration par démontage de 1983-1984.
- Chorographies locales de la ville de Yueyang : « Chronique de la ville de Yueyang », section 5 « Gestion du pavillon de Yueyang », qui consigne les réparations et la gestion successives depuis la fondation de la République populaire de Chine.
- Archives municipales de Yueyang : « Achèvement des travaux de la grande restauration du pavillon de Yueyang », qui consigne la grande restauration par démontage de 1983-1984.
- Chinanews (China News Service) : « Le millénaire pavillon de Yueyang achève sous la pluie sa grande restauration en conservant son aspect historique », 28 septembre 2010.
- Liu Qingli et Wu Shiyu : « Le Yueyang dans les archives : la Journée du pavillon de Yueyang — un pavillon, une chronique, un esprit », Archives municipales de Yueyang, 2025.