Introduction
En 1414, douzième année de l’ère Yongle, Shakya Yeshe, disciple de Tsongkhapa, se rendit à la cour. L’année suivante, la cour des Ming lui conféra le titre de grand précepteur d’État[1] et lui remit un sceau et des lettres patentes ; lorsqu’il prit congé en la quatorzième année de Yongle, il reçut en outre des écritures bouddhiques, des images du Bouddha, des insignes rituels, des robes monastiques, des étoffes de soie et des vases d’or et d’argent. En 1419, sur l’ordre de Tsongkhapa, Shakya Yeshe fonda un grand monastère sur le mont Sera. On y sculpta, dans le santal qu’il avait rapporté de l’intérieur de la Chine, des images du Bouddha Shakyamuni, des dix-huit arhats et d’autres divinités ; on construisit aussi les collèges supérieur et inférieur[2] ainsi que quatre petits temples, où des moines furent installés.
En 1642, le cinquième dalaï-lama fonda le gouvernement du Ganden Podrang avec le soutien militaire de Güshi Khan, chef des Mongols Qoshot ; les khans qoshots conservaient en même temps leur puissance militaire et participaient à la politique de Lhassa. En 1705, Lhabzang Khan, descendant de Güshi Khan, s’empara du pouvoir à Lhassa. Sous son règne, l’ancienne salle d’assemblée de Sera ne pouvait déjà plus accueillir l’ensemble des moines du monastère. Il promit de bâtir pour le monastère une salle d’assemblée plus vaste, à condition que l’ancienne salle soit remise à sa communauté rituelle privée. La nouvelle salle devint la grande salle Tsokchen[3], où se réunissaient tous les moines, tandis que la communauté de Lhabzang Khan célébrait ses rites dans l’ancienne. En 1717, l’armée dzoungare entra dans Lhassa et Lhabzang Khan fut tué ; la communauté qui continua d’utiliser l’ancienne salle devint peu à peu le collège tantrique de Sera.
Sous les Qing, l’enceinte de Sera comptait trois salles dorées et plusieurs pavillons circulaires ; les bâtiments à étages et les logements monastiques se déployaient le long de la montagne, et le dalaï-lama venait chaque année y enseigner les écritures. Le monastère conservait précieusement un vajra de fer dompteur de démons, long de moins de deux chi, dont une extrémité évoquait une masse à trois arêtes et l’autre trois têtes humaines. La tradition rapporte qu’il s’était envolé du « Grand paradis occidental » lors de la construction du monastère ; les Tibétains lui rendaient un hommage annuel et, le vingt-septième jour, le monastère portait le « vajra volant » jusqu’à Lhassa pour la procession autour du Jokhang.
Au XXe siècle, un geshe[4] qui avait étudié au collège Sera Jé se souvint que les moines participaient chaque jour à plusieurs sessions de débat dialectique au collège, sans pouvoir emporter de livres : les textes cités devaient être récités de mémoire. Certaines classes débattaient en outre une nuit sur deux jusqu’au matin dans une cour sans toit. Les nuits d’hiver de Lhassa sont très froides ; à force de claquer des mains sans relâche, les moines avaient souvent les paumes gercées jusqu’au sang.
Documents historiques
Ébauche de l’histoire des Ming
大慈法王名释迦也失,亦乌斯藏僧称为尚师者也。永乐中。既封二法王,其徒争欲见天子邀恩宠,于是来者趾相接。释迦也失亦以十二年入朝,礼亚大乘法王。明年,命为妙觉圆通慈慧普应辅国显教灌顶弘善西大佛子大国师,赐之印诰。十四年,辞归,赐佛经、佛像、法仗、僧衣、绮帛、金银器,且御制赞词赐之,其徒益以为荣。明年,遣使来贡。十七年,命中官杨三保赍佛像、衣币往赐。二十一年,复来贡。宣德九年入朝,帝留之京师,命成国公朱勇、礼部尚书胡淡持节册封为万行妙明真如上胜清净般若弘照普慧辅国显教至善大慈法王、西天正觉如来自在大圆通佛。宣宗崩,英宗嗣位,礼官先奏汰番僧六百九十人。正统元年,复以为请,命大慈法王及西天佛子如故,余遣还。不愿者减酒馔、廪饩,自是辇下稍清。西天佛子者,能仁寺僧智光也。本山东庆云人。洪武、永乐中,数奉使西国。成祖赐号国师,仁宗加号圆融妙慧净觉弘济辅国光范演教灌顶广善大国师,赐金印、冠服、金银器。至是复加西天佛子。未几卒。已释迦也失亦卒。
Le roi de la Loi de la Grande Compassion se nommait Shakya Yeshe ; c’était lui que les moines d’Ü-Tsang appelaient le Maître supérieur. Sous l’ère Yongle, après l’investiture de deux rois de la Loi, leurs disciples rivalisèrent pour voir le Fils du Ciel et solliciter ses faveurs, et les arrivants se succédaient sans interruption. Shakya Yeshe vint lui aussi à la cour en la douzième année, avec des honneurs juste inférieurs à ceux du roi de la Loi du Grand Véhicule. L’année suivante, il fut nommé « grand précepteur d’État, fils du Bouddha du Grand Occident, propagateurs du bien, couronné, manifestant l’enseignement, soutien de l’État, répondant universellement, compatissant et sage, parfaitement pénétrant et merveilleusement éveillé » et reçut un sceau et des lettres patentes. En la quatorzième année, il prit congé pour retourner au pays ; on lui accorda des écritures bouddhiques, des images du Bouddha, des insignes rituels, des robes monastiques, des étoffes de soie et des vases d’or et d’argent, et l’empereur composa lui-même un éloge à son intention, honneur dont ses disciples furent plus fiers encore. L’année suivante, il envoya des ambassadeurs offrir un tribut. En la dix-septième année, l’eunuque Yang Sanbao reçut l’ordre de lui porter des images du Bouddha, des vêtements et de la soie. En la vingt-et-unième année, il vint de nouveau offrir un tribut. En la neuvième année de l’ère Xuande, il se rendit à la cour ; l’empereur le retint dans la capitale et chargea le duc de Chengguo Zhu Yong et le ministre des Rites Hu Dan de l’investir solennellement, avec les insignes, des titres de « roi de la Loi de la Grande Compassion parfaite, manifestant l’enseignement, soutien de l’État, universellement sage, rayonnant de la prajñā, pur et suprêmement victorieux, vraie nature merveilleusement lumineuse, accomplissant les dix mille pratiques » et de « bouddha de la Grande Pénétration parfaite, libre comme le Tathāgata de l’éveil correct du paradis occidental ». À la mort de l’empereur Xuanzong, Yingzong monta sur le trône ; les officiers des rites avaient auparavant proposé de renvoyer six cent quatre-vingt-dix moines étrangers. En la première année de l’ère Zhengtong, la demande fut renouvelée : il fut décidé que le roi de la Loi de la Grande Compassion et le fils du Bouddha du paradis occidental resteraient en place, tandis que les autres seraient renvoyés. Ceux qui refusaient de partir virent leurs rations de vin, de nourriture et de grain réduites, et les environs de la capitale s’apaisèrent peu à peu. Le fils du Bouddha du paradis occidental était Zhiguang, moine du temple Nengren, originaire de Qingyun dans le Shandong. Sous les ères Hongwu et Yongle, il avait plusieurs fois servi d’envoyé dans les pays occidentaux. L’empereur Chengzu lui avait conféré le titre de précepteur d’État ; l’empereur Renzong l’avait élevé au titre de « grand précepteur d’État, vaste bienfaisance, couronné, déployant l’enseignement, modèle resplendissant, soutien de l’État, vaste assistance, éveil pur, sagesse merveilleuse et parfaite pénétration » et lui avait accordé un sceau d’or, un bonnet, une robe et des vases d’or et d’argent. Il fut alors de nouveau honoré comme fils du Bouddha du paradis occidental. Il mourut peu après. Peu de temps après, Shakya Yeshe mourut également.
Gazette générale de l’Ü-Tsang
色拉寺唐古忒语:色,金也。抗,山也。其山出金,故名。拉撒北十里色拉山。宗喀巴在色拉曲顶居住之时,观其地可建庙宇。其弟子甲木庆曲结、沙克伽伊喜明时入中国为禅师,赐物甚盛。回藏后,宗喀巴令其在色拉建立大寺。所供佛像,系由内地带檀香,雕刻释迦佛、十八罗汉及诸佛像。又修上下札仓、札仓,译言僧房也。嘉庚、赞仲钟顶小寺四所,招喇嘛居住。其寺依山势,建金殿三座,层楼高耸,达赖喇嘛亦岁至讲经。寺中供一降魔铁杵,长不足二尺,头如三棱锏,一头如人头状,番语呼为多尔济。相传建寺时,自大西天飞来。其寺堪布珍之,番人必岁一朝供。
Le monastère de Sera — en langue tibétaine, se signifie « or » et kang « montagne » ; cette montagne produit de l’or, d’où son nom — se trouve sur le mont Sera, à dix li au nord de Lhassa. Lorsque Tsongkhapa résidait à l’ermitage de Sera Chöding, il observa que ce lieu permettait d’y bâtir un temple. Ses disciples Jamchen Chöjé et Shakya Yeshe entrèrent en Chine sous les Ming comme maîtres chan et reçurent de très riches présents. De retour au Tibet, Tsongkhapa leur ordonna de fonder un grand monastère à Sera. Les images du Bouddha qui y sont vénérées furent sculptées dans le santal rapporté de l’intérieur de la Chine : le Bouddha Shakyamuni, les dix-huit arhats et divers bouddhas. On y construisit aussi les collèges supérieur et inférieur — zhacang se traduit par « logement des moines » — ainsi que quatre petits temples, dont Jiageng et Zanzhong Zhongding, où des lamas furent installés. Le monastère épouse le relief de la montagne ; on y bâtit trois salles dorées aux étages élevés, et le dalaï-lama vient lui aussi chaque année y enseigner les écritures. Le temple conserve un vajra de fer dompteur de démons, long de moins de deux chi, dont une extrémité ressemble à une masse à trois arêtes et l’autre à des têtes humaines ; en tibétain on l’appelle dorjé. Selon la tradition, il s’envola du Grand paradis occidental lors de la construction du monastère. Le khenpo du monastère le tient pour un trésor, et les Tibétains viennent chaque année le vénérer.
Gazette du Sichuan de l’ère Yongzheng
塞喇寺在西藏北十里,筑土为城,留门三。内建大寺二座,设经堂、佛像。住坐堪布大喇嘛一名,掌事僧官三名,管辖喇嘛八千余众。多系陕西杨鲁等土司及河州一带僧人,在此受戒传经。俱于城内土房居住。寺内有一降魔杵,番民呼为多尔济,传自大西天飞来该寺,掌教珍之,置密室,番人岁一朝观。
Le monastère de Sèlǎ se trouve à dix li vers le nord au Tibet. Une levée de terre forme son enceinte, percée de trois portes. À l’intérieur furent bâtis deux grands temples, dotés de salles des écritures et d’images du Bouddha. Un grand lama-abbé y réside en permanence, assisté de trois fonctionnaires monastiques, qui administrent plus de huit mille lamas. Ceux-ci viennent pour la plupart des chefferies Yang et Lu du Shaanxi ainsi que de la région de Hezhou ; ils y reçoivent les préceptes et y étudient les écritures, et logent tous dans des maisons de terre à l’intérieur de l’enceinte. Le temple possède un vajra dompteur de démons que les Tibétains appellent dorjé ; on dit qu’il s’envola du Grand paradis occidental jusqu’à ce monastère. Le maître de l’enseignement le tient pour un trésor et le conserve dans une chambre secrète ; les Tibétains viennent le vénérer une fois par an.
Chronique du Tibet
色拉寺召北十里,依山成势,碉房层楼,参差高耸,围墙如廊。内金殿三座,圆亭数处。达赖喇嘛岁至讲经一次。寺有掌教呼图克图主之,喇嘛约四五千众。内有铁杵一枝,长不足二尺,一头如三棱锏,一头如人头状者三,如韦䭾所执降魔杵。云昔建寺时,自西天飞来者,人咸争礼之。
Le monastère de Sera se trouve à dix li au nord du Jokhang, adossé à la montagne ; ses tours et ses étages s’élèvent à des hauteurs variées et son enceinte s’étend comme une galerie. À l’intérieur se trouvent trois salles dorées et plusieurs pavillons circulaires. Le dalaï-lama vient une fois par an y enseigner les écritures. Le monastère est dirigé par un khutuktu maître de l’enseignement et compte environ quatre à cinq mille lamas. Il renferme un vajra de fer long de moins de deux chi, dont une extrémité évoque une masse à trois arêtes et l’autre trois têtes humaines, semblable au vajra dompteur de démons que brandit Weituo. On dit qu’il s’envola du paradis occidental lors de la construction du monastère, et tous se pressent pour le vénérer.
二十三日,郡王及噶隆牒巴并有名大喇嘛,各出八九名以至十四五岁幼童数名,快马数匹,跑马自色拉寺东山脚起,由布达拉后至工布堂,约三十里,一气跑到。先到者赏经䌷、哈达、银钱等物,其次到、后到者,各分赏有差。又选善走之人数十名,自布达拉西跑至拉撒东止,约十余里,亦一气跑到,别其先后分赏。赏毕,绕召跑三匝而散。此以为一年抢标夺彩之戏。
Le vingt-troisième jour, le prince, les kalön, les depa et les grands lamas de renom fournissent chacun de huit ou neuf cavaliers, voire des enfants de quatorze ou quinze ans, et plusieurs chevaux rapides. La course part du pied oriental de la montagne de Sera, passe derrière le Potala et aboutit à Gongbutang, soit environ trente li parcourus d’une seule traite. Le premier arrivé reçoit des étoffes de soie, des khata et de l’argent ; les seconds et les derniers reçoivent des récompenses dégressives selon leur rang. On choisit aussi plusieurs dizaines de coureurs rapides, qui partent de l’ouest du Potala jusqu’à l’est de Lhassa, soit plus de dix li, également d’une traite, et sont récompensés selon leur ordre d’arrivée. Après la remise des prix, les participants font trois fois le tour du Jokhang en courant avant de se disperser : c’est le jeu annuel de la conquête des fanions et des honneurs.
至二十七日,迎色拉寺之飞来杵至拉撒转召。二月三十日,布达拉悬挂大佛,其佛像系五色縀堆成,自布达拉第五层楼垂至山脚,长约三十丈,将大召中所有宝玩、金珠器皿陈列。喇嘛装束神鬼诸妖,各番国人物、牛、虎、象等兽,转召三次,至布达拉大佛前,各跳舞歌唱,如此一半月间始散。乃其地之春戏,神鬼人兽等衣着,颇极精巧华丽,其宝玩无穷,不能枚举。
Le vingt-septième jour, on accueille à Lhassa le vajra volant du monastère de Sera pour la procession autour du Jokhang. Le trentième jour du deuxième mois, une grande image du Bouddha est suspendue au Potala : elle est formée de pièces de soie de cinq couleurs et descend du cinquième étage du Potala jusqu’au pied de la montagne, sur une longueur d’environ trente zhang, tandis que tous les trésors, perles d’or et vases précieux du grand Jokhang sont étalés. Des lamas se costument en dieux, démons et esprits, en personnages des différents pays étrangers et en bêtes — bœufs, tigres, éléphants — et font trois fois le tour du Jokhang ; devant la grande image du Bouddha du Potala, chacun danse et chante, et il faut un mois et demi avant que tout se disperse. C’est la fête printanière du pays ; les costumes des dieux, démons, hommes et bêtes sont d’une finesse et d’une splendeur extrêmes, et les trésors sont si nombreux qu’on ne saurait les énumérer.
六月三十日,别蚌寺色拉寺挂大佛,亦装神鬼等类,垂仲下神。番民男女并皆华服艳装,或歌或唱,翻杆子、跌打各种跳舞,亦二寺之大会也。七月十五日,另雇牒巴一人,以司农事,其他之头目,牒巴陪之游街,佩弓挟矢,旗幡导引,遍历郊圻,以观田禾。射饮一日,以庆丰年,然后土民刈𮒗。
Le trentième jour du sixième mois, les monastères de Drepung et de Sera suspendent leur grande image du Bouddha ; il y a également des dieux et démons costumés, et un oracle Chuichong fait descendre la divinité. Hommes et femmes tibétains portent tous de splendides habits et parures ; chants, acrobaties à la perche, luttes et danses de toutes sortes s’y donnent : c’est aussi la grande assemblée des deux monastères. Le quinzième jour du septième mois, on engage en outre un depa chargé des affaires agricoles ; les autres chefs l’accompagnent dans une tournée à travers les rues et, portant arcs et flèches, précédés de bannières, ils parcourent les campagnes pour inspecter les récoltes. On tire à l’arc et l’on boit un jour entier pour célébrer l’année d’abondance, après quoi les paysans moissonnent.
Notes de voyage au Kham
四月十五日,寺门洞开,亦然灯达日,任蕃人游玩。六月三十日,别蚌、色拉两寺亦悬大佛像,有垂仲降神。蕃民男妇皆华服艳肱,歌唱翻杆相扑,诸戏咸备,亦二寺之大会也。
Le quinzième jour du quatrième mois, les portes du temple s’ouvrent toutes grandes ; c’est également la fête des lampes, où les Tibétains se divertissent librement. Le trentième jour du sixième mois, les monastères de Drepung et de Sera suspendent eux aussi une grande image du Bouddha, et une divinité descend sur un oracle Chuichong. Hommes et femmes tibétains portent de splendides habits et parures ; chants, acrobaties à la perche, lutte — tous les divertissements sont réunis. C’est également la grande assemblée des deux monastères.
Gazette de la sous-préfecture de Lhassa
色拉寺大召北十里山,层楼房屋参差,围墙内金殿三座,园亭数处。达嚬喇嘛岁至续经一回寺掌教呼图克图之主,喇嘛约五千。
Le monastère de Sera se trouve sur la montagne à dix li au nord du grand Jokhang ; ses étages et ses bâtiments s’élèvent à des hauteurs variées, et son enceinte renferme trois salles dorées et plusieurs pavillons de jardin. Le dalaï-lama vient chaque année y réciter une fois les écritures ; le monastère est dirigé par un khutuktu maître de l’enseignement et compte environ cinq mille lamas.
Récit de voyage en Inde
色拉寺在拉攃前藏地名,又名拉擏。北十里,依山建金殿,三岑楼高耸。达赖喇嘛岁至讲经。相传寺有降魔杵一,番语呼为多尔济,从大西天飞来,番人岁一朝观焉。按西藏在打箭炉之西南,而番民谓小西天、大西天尚在其西,计程可达,似时时有人往来其地者,亦如华人之慕西土焉,予不得而知之矣。色金也拉,山也。此山后出金矿,故名。达赖喇嘛派人经管,不准私开,每年只供商上采用。余所见生金有十余两成块,中裹砂石,炼出,色亦较淡,必数炼方佳。彼中佛像装金皆用之。寺有五千余众,为四大寺之一。余询之卡契,自前藏至甲喀尔,约可四十余日。甲喀尔在西海之边,大西天尚须过海,约半月之程云。西藏寺庙皆用铜缸贮酥油,难以供佛。上元节谓光明佛生辰,寺庙街肆贮酥油于盏,难之如星球万点,照耀无异白昼。
Le monastère de Sera se trouve à Lasa, nom de lieu du Tibet antérieur, également écrit Laqing. À dix li au nord, adossées à la montagne, furent bâties des salles dorées aux trois étages élevés. Le dalaï-lama vient chaque année y enseigner les écritures. La tradition rapporte que le temple possède un vajra dompteur de démons, appelé dorjé en tibétain, venu en volant du Grand paradis occidental ; les Tibétains viennent le vénérer une fois par an. À noter : le Tibet se situe au sud-ouest de Dajianlu, et selon les Tibétains le Petit et le Grand paradis occidentaux se trouvent encore plus à l’ouest, accessibles par étapes ; il semble que des gens s’y rendent à tout moment, comme les Chinois rêvent des terres de l’Ouest — je n’ai pas pu le vérifier. Se signifie « or » et la « montagne » : derrière cette montagne se trouve une mine d’or, d’où le nom. Le dalaï-lama délègue des gens pour l’administrer ; l’exploitation privée est interdite et la production annuelle est réservée à l’administration. J’ai vu de l’or brut en blocs de plus de dix liang, enveloppant du sable et des pierres ; après fonte, sa couleur est plus pâle et il faut plusieurs raffinages pour qu’il soit de bonne qualité. Là-bas, on l’utilise pour dorer les images du Bouddha. Le monastère compte plus de cinq mille religieux et fait partie des quatre grands monastères. J’ai interrogé un Kashmiri : de l’Ü à Jiaka’er, il faut plus de quarante jours. Jiaka’er se trouve au bord de la Mer occidentale ; pour le Grand paradis occidental, il faut encore traverser la mer, soit environ un demi-mois de voyage, dit-on. Les temples du Tibet conservent tous le beurre dans des jarres de cuivre, difficilement utilisables pour les offrandes au Bouddha. À la fête du premier mois, dite anniversaire du Bouddha de Lumière, temples et boutiques conservent le beurre dans des coupes, disposées comme dix mille points d’étoiles dont l’éclat égale le plein jour.
Aperçu de l’Ü-Tsang
一色拉寺,此寺又名黄金寺,为宗喀巴弟子沙克迦伊喜所建。在拉萨之。北十里,其地名曰色拉山,因山势建造金殿三座,层楼高耸,达赖喇嘛亦岁至其地讲经焉。其寺内所供之佛,为释迦佛、十八罗汉及诸佛像等。其所有佛像,全系檀香木所雕刻而成,并系沙克迦伊喜携自内地,因该师当明朝时入内。地为禅师也。庙内又有魔铁杵,藏语谓之多尔济,一枚长。近二尺,一端如三棱锏,一端如人头状。相传谓造该寺时,自大西天飞来。是物也,不特其寺之堪布珍宝之,而藏人亦每岁为一礼供云。
Premièrement, le monastère de Sera. Ce monastère, également appelé le temple de l’Or, fut fondé par Shakya Yeshe, disciple de Tsongkhapa. Il se trouve à dix li au nord de Lhassa, en un lieu nommé mont Sera ; suivant le relief de la montagne, trois salles dorées y furent construites, aux étages élevés, et le dalaï-lama vient lui aussi chaque année y enseigner les écritures. Les bouddhas vénérés dans le temple sont le Bouddha Shakyamuni, les dix-huit arhats et diverses images de bouddhas. Toutes ces images furent sculptées en bois de santal et furent rapportées de l’intérieur de la Chine par Shakya Yeshe, qui, sous les Ming, était entré dans l’Empire du milieu comme maître chan. Le temple possède aussi un vajra de fer dompteur de démons, appelé dorjé en tibétain, long de près de deux chi, dont une extrémité évoque une masse à trois arêtes et l’autre des têtes humaines. La tradition rapporte qu’il s’envola du Grand paradis occidental lors de la construction de ce monastère. Non seulement le khenpo du monastère le tient pour un trésor, mais les Tibétains lui rendent aussi chaque année un hommage rituel.
万历四十四年,示寂于色拉寺,年二十八也。
En la quarante-quatrième année de l’ère Wanli, il entra en extinction au monastère de Sera, à l’âge de vingt-huit ans.
Ébauche de l’histoire des Qing
八辈罗布藏降白嘉穆错摆桑布,于乾隆二十三年在后藏拖结热拉冈出世。二十七年,迎至布达拉坐床。三十年,由班禅班垫伊喜传授小戒。三十三年,亲至前藏攒招,随登色拉、布赉绷、噶勒丹三大寺讲经之座。四十二年,由班禅传授格隆大戒。四十六年,颁给敕书、金册、金印,赏达赖之兄索诺木达什辅国公。四十八年,颁玉册、玉印,凡遇国家庆典准其钤用,其寻常奏书文移仍用原印。
Le huitième, Lobsang Jampel Gyatso Beisangbu, naquit à Tuojie Relagang, dans le Tsang, en la vingt-troisième année de l’ère Qianlong. En la vingt-septième année, il fut conduit au Potala pour son intronisation. En la trentième année, le Panchen Palden Yeshe lui transmit les vœux mineurs. En la trente-troisième année, il se rendit en personne au Tibet antérieur pour la grande assemblée de la Prière, puis monta sur le siège d’enseignement des trois grands monastères de Sera, Drepung et Ganden. En la quarante-deuxième année, le Panchen lui transmit les grands vœux de gelong. En la quarante-sixième année, lui furent remises des lettres patentes, un registre d’or et un sceau d’or, et le frère aîné du dalaï-lama, Sonam Dashi, reçut le titre de duc soutien de l’État. En la quarante-huitième année, lui furent remis un registre et un sceau de jade, qu’il était autorisé à employer lors des célébrations nationales, tandis que ses adresses et communications ordinaires continuaient d’utiliser le sceau d’origine.
Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet
Le 7 septembre 1904, les représentants des monastères de Sera, Drepung et Ganden figurèrent parmi les négociateurs tibétains, et les sceaux des trois monastères furent apposés à la fin de la convention. Ces deux passages témoignent de la participation institutionnelle des monastères aux négociations ; la convention ne portait pas sur leurs bâtiments.
大英国政府特派边务全权大臣荣赫鹏与噶尔丹寺长罗生戛尔曾暨噶布伦并色拉别蚌、噶尔丹三大寺之呼图克图,兼与西藏民教诸首领,代表西藏议定条款,开列于后。
Le gouvernement britannique dépêcha spécialement Younghusband comme plénipotentiaire aux frontières. Losang Gyaltsen, supérieur du monastère de Ganden, le kalön, les khutuktus des trois grands monastères de Sera, Drepung et Ganden, ainsi que les chefs civils et religieux du Tibet représentèrent le Tibet. Les articles convenus sont énoncés ci-dessous.
第十款,
Article 10.
此约共缮五分,由商定之员在拉萨于光绪甲辰年七月二十八日,即西历一千九百零四年九月初七日画押,盖印为凭。
Cinq exemplaires de cette convention furent établis ; les négociateurs désignés y apposèrent leurs signatures et leurs sceaux à Lhassa le vingt-huitième jour du septième mois de l’année jiachen de l’ère Guangxu, soit le 7 septembre 1904 du calendrier occidental, pour servir de preuve.
大英国边务大臣荣赫鹏印
Sceau de Younghusband, ministre britannique aux frontières
达赖喇嘛印、此印乃噶尔丹寺长所钤。
Sceau du dalaï-lama ; ce sceau fut apposé par le supérieur du monastère de Ganden.
噶布伦印、
Sceau du kalön,
别蚌寺印、
sceau du monastère de Drepung,
色拉寺印、
sceau du monastère de Sera,
噶尔丹寺印、
sceau du monastère de Ganden,
西藏首领印。
sceau des chefs du Tibet.
Photographies anciennes
1904
La Curzon Collection de la British Library conserve une vue rapprochée du monastère de Sera prise par John Claude White vers septembre 1904. La photographie regarde, depuis un chemin intérieur du monastère, les bâtiments adossés à la montagne ; la British Library en a également publié une version haute résolution dans une présentation de ses collections.
1920–1921
Parmi les photographies de la mission de Sir Charles Bell à Lhassa figurent une vue d’ensemble du monastère de Sera au pied de la montagne, qui regarde depuis la plaine ouverte l’ensemble monastique déployé le long des contreforts, et une grande salle d’assemblée du collège Sera Jé qui montre sa façade principale, ses marches et les moines rassemblés devant elle.
vers 1922
The Tibet Album conserve aussi une entrée du monastère de Sera datée d’environ 1922 : quatre moines se tiennent sous le passage de la porte, les deux du centre tenant des bâtons de fer de fonction, et des bâtiments monastiques sont visibles derrière eux.
1936
The Tibet Album, projet commun du British Museum et du Pitt Rivers Museum, conserve des vues de Sera prises par Frederick Spencer Chapman en 1936 : un panorama du monastère photographié le 25 octobre depuis un versant voisin, ainsi que, prises le 18 octobre, l’extérieur de la grande salle d’assemblée du collège Sera Jé, l’intérieur de la grande salle d’assemblée et le passage menant à la grande salle d’assemblée. Une autre photographie, prise entre le 18 et le 21 octobre, montre l’emblème bouddhique doré sur le toit de la grande salle d’assemblée.
Le 18 octobre de la même année, une cour du monastère de Sera photographiée par Evan Yorke Nepean conserve les bâtiments de la cour, ses marches de pierre, de jeunes moines et le grand récipient métallique utilisé pour faire bouillir le thé pendant les cérémonies religieuses.
1937
La même collection conserve deux panoramas de Sera pris par Chapman en janvier 1937 depuis la montagne. Le premier domine le monastère de Sera et la vallée de Lhassa ; le second montre, depuis un autre versant, le monastère, la vallée et les montagnes lointaines.
1936–1950
Parmi les photographies couleur anciennes prises par Hugh E. Richardson entre 1936 et 1950, deux montrent le monastère de Sera et les sables au nord de Lhassa ainsi que une vue frontale d’ensemble du monastère ; elles conservent un témoignage en couleur de l’ensemble monastique et du paysage des contreforts.
Références
- The Treasury of Lives : « Sera Monastery », qui consigne la fondation de Sera Tekchen Ling en 1419 et ses trois collèges monastiques.
- José Cabezón : « An Introduction to the Hermitages of Sera », qui traite de l’agrandissement de Sera au XVIIIe siècle, de Lhabzang Khan et de l’évolution de l’usage des ancienne et nouvelle salles d’assemblée.
- Tibetan and Himalayan Library : « Sera Ngakpa College Information », qui retrace le passage de l’ancienne salle d’assemblée à l’usage de la communauté rituelle puis du collège tantrique.
- Geshé Rabten : « The Life of a Sera Monk », souvenirs d’étude, de débats dialectiques et de discussions nocturnes d’un moine du collège Sera Jé.
- Oxford Research Encyclopedia of Asian History : « The Sino-Tibetan Borderlands », qui éclaire le gouvernement du Ganden Podrang de 1642, le soutien militaire des Mongols Qoshot et les relations politiques à plusieurs niveaux du Tibet sous les Qing.
- 《英国与中国关于哲孟雄和西藏的条约》 (Traité entre la Grande-Bretagne et la Chine concernant le Sikkim et le Tibet), 1890, consulté pour la signature à Calcutta, la frontière entre le Sikkim et le Tibet et les arrangements commerciaux de Yadong.
- Archives des traités du Foreign Office britannique : 《中英续订藏印条约》 (Convention complémentaire sino-britannique sur le Tibet et l’Inde) et la 《英藏条约》 (Convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet) de 1904 qui y est annexée, consultées pour les ports de commerce, l’indemnité, la garnison de Chumbi, les restrictions des droits extérieurs, les représentants des trois grands monastères et la déclaration de réduction faite par la Grande-Bretagne lors de la ratification.